L'Eau Magazine n°21 jun à oct 2013
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Dossier - Reuse total, 11 golfs sur les 264 existants en France ont recours à cette pratique, soit seulement 3%. « À Pornic, le golf dont la gestion a été confiée à Blue Green 1 réutilise ainsi 60 000 m 3 par an d’eaux usées traitées provenant de la station avoisinante équipée d’un traitement tertiaire avec désinfection UV », précise Fabrice Nauleau, directeur de recherches de Saur. En 2008, la Fédération française de golf a par ailleurs signé une convention avec Veolia Eau visant à développer des méthodes alternatives d’entretien et la reuse pour l’irrigation. Une charte intitulée « Golf et Environnement », signée pour la première fois en 2005 et reconduite en 2010, associe également la fédération au ministère de l’Ecologie. Un arrêté et un arrêt de la filière En l’absence d’une réglementation nationale réellement fixée, ces projets de réutilisation se sont appuyés sur les recommandations émanant du CSHPF 2 qui définissaient différentes catégories de qualité d’eau correspondant à des usages adaptés, ainsi qu’un certain nombre de contraintes. « Pendant plus de trente ans, la reuse s’est développée au compte-gouttes en fonction des prescriptions des polices de l’eau ou des Agences régionales de santé (ARS), anciennement les directions départementales des Affaires sanitaires et sociales », précise la direction de l’Eau et de la Biodiversité du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Il aura fallu en effet attendre près de seize ans pour que soit publié, à la suite du décret de 1994 3, un arrêté d’application. Signé le 2 août 2010, ce dernier – qui porte uniquement sur l’irrigation de cultures ou d’espaces verts – a renforcé les normes en vigueur et a limité l’usage de l’aspersion à un cadre uniquement expérimental. Jugé par la grande majorité des acteurs de l’eau comme trop contraignant au niveau de la procédure, cet arrêté a constitué un vrai frein à l’émergence de nouveaux projets sur le territoire français. « Mais depuis août 2010, le nouvel arrêté a durci les possibilités de reuse, voire a totalement stoppé la réalisation de cette pratique pour de nouveaux projets », indique Jean-François Commaille, directeur activité infra eau et assainissement chez SCE. « La commune de Bourg-le-Roi, qui avait auparavant réalisé des tests sur cette pratique et même lancé une consultation pour une demande d’autorisation, a préféré abandonner devant les contraintes techniques et financières de ce texte », appuie Daniel Villessot, directeur scientifique de Lyonnaise des Eaux. En cause, l’obligation de mettre en place un cadre expérimental 1 Filiale du pôle Loisir de Saur. 2 Conseil supérieur d’hygiène publique de France. 3 L’article 24 du décret n°94-469 du 3 juin 1994 fonde le statut réglementaire de la réutilisation des eaux usées urbaines. 66 En attendant la publication du nouvel arrêté, l’aspersion des eaux usées traitées en agriculture est limitée pour l’instant à un cadre expérimental. d’au moins six mois pour l’aspersion, qui est pourtant le système le plus utilisé pour irriguer les cultures et les golfs. Outre la mise en place de nombreuses analyses physico-chimiques et microbiologiques, « les collectivités doivent respecter également un certain nombre de contraintes limitant aussi cet usage  : distance d’habitations, pente du terrain, force du vent, système d’aspersion, qualité du sol ou de l’eau », énumère Jean-Marie Lesueur, Directeur Ingénierie OTV France. Le principe de précaution privilégié Pour Charles Saout, de la direction générale de la Santé (DGS), les dispositions de l’arrêté élaborées par des experts nationaux sont des règles suffisamment mûries et adaptées aux risques sanitaires liées à la pratique de l’aspersion. En effet, les eaux usées traitées réutilisées contenant de faibles concentrations de bactéries pathogènes peuvent représenter un risque sanitaire. En raison du manque de données sur la reuse pour l’irrigation par aspersion, les ministères de la Santé, de l’Agriculture et L’eau magazine juin juin 2011 2013 N°17 N°21 DR
de l’Écologie ont donc préféré imposer le principe de précaution en interdisant cet usage ou en le limitant à un cadre expérimental. Pourtant, les nombreux retours d’expériences sur des projets menés en France ou dans d’autres pays développés (Espagne, Etats-Unis) utilisant l’aspersion d’eaux usées traitées n’ont jamais révélé un véritable problème sanitaire. En fonctionnement depuis plus de trente ans, l’installation sur Noirmoutier a même été suivie par plusieurs programmes européens et études françaises pour évaluer la qualité de l’eau – sans relever d’incident. À Clermont-Ferrand, près de 700 hectares de maïs et de betteraves sont irrigués par aspersion depuis 1996 par des eaux usées traitées. Pendant les cinq premières années, un suivi épidémiologique qui s’appuyait sur deux réseaux sentinelles (quinze médecins et sept pharmaciens) de Clermont a été organisé et n’a constaté aucun événement en particulier. « Pour la production de maïs, il y a des opérations de castration qui se font à la main en arrachant les feuilles mâles. Malgré la présence de personnes au plus près des champs et des parcelles, aucun dommage n’a été mis en évidence », détaille Bruno Molle, chercheur à Irstea. Le suivi expérimental et son lot de contraintes Depuis la parution de l’arrêté, une seule commune, Dax, a amorcé un projet de reuse pour son futur golf. Souhaitant utiliser le principe de l’aspersion, la collectivité a dû mettre en place un cadre expérimental de six mois, après avoir constitué un comité de pilotage avec la participation de l’ARS. En premier lieu, Dax a dû concevoir, avec l’aide de la société SCE, un pilote de traitement tertiaire à l’échelle 1/10e, composé de filtres à sable et d’une désinfection UV. « Ces procédés simples et éprouvés garantissent une fiabilité de traitement et une certaine maîtrise des coûts », souligne Jean-Luc Gibert, directeur de la régie des eaux de Dax, précisant qu’« une étape de chloration ajustable avait été ajoutée dans la bâche de stockage ». La qualité de l’eau a été observée sur toute la chaîne de traitement ainsi qu’au niveau de l’asperseur installé en bout du pilote industriel. Sur les six mois d’expérimentation menée entre mai et novembre 2011, plus de deux cent analyses, uniquement sur la qualité physico-chimique et microbiologique de l’eau, ont été effectuées. Un certain nombre d’autres paramètres ont été suivis à la demande du législateur. « Il nous a été imposé de faire des recherches sur la présence de parasites comme les légionelles, amibes, giardia et cryptosporidium, alors qu’aucune norme n’a pour L’eau magazine juin 2011 N°17 Dossier – Reuse Les différentes techniques de traitement Pour éviter la transmission de maladies d’origine hydrique, l’objectif est de réduire considérablement les risques sanitaires, voire de les éliminer totalement. Aujourd’hui, les techniques de traitement qui offrent la possibilité de réutiliser les eaux usées traitées sont nombreuses et matures. Les filières conventionnelles sont généralement équipées d’un système de filtration (mécanique ou sur média) combiné à une désinfection (chlore, UV), et permettent une réutilisation des eaux usées traitées à des fins d’irrigation. Des systèmes extensifs tels que le lagunage peuvent également être utilisés seuls ou couplés à ces traitements traditionnels. Plus performants, les procédés membranaires et d’osmose inverse fournissent une eau pratiquement dépourvue de microorganismes, envisagée pour des usages de recharge de nappe ou de lutte contre l’intrusion saline. La qualité de cette eau répond également aux exigences du secteur industriel. D’autres traitements associant par exemple ozonation et filtration sur charbon actif peuvent aussi être mis en œuvre. l’instant été définie », s’étonne Jean-Luc Gibert. Ce type d’analyse coûte par ailleurs cher car de grandes quantités d’eau à prélever sont nécessaires pour obtenir au final un petit échantillon. Au niveau des paramètres physicochimiques, des mesures pour évaluer la concentration de métaux lourds, pesticides, micropolluants et polluants émergents ont aussi été réalisées. Ces substances se retrouvant généralement dans les boues d’épuration, la question de la fréquence de ces analyses peut se poser. « De plus, il nous était demandé de mettre en place ces tests physico-chimiques tous les jours alors que c’était de façon hebdomadaire pour la microbiologie. Cette fréquence d’analyse a considérablement augmenté les coûts de ce suivi expérimental », estime le directeur de la régie des eaux de Dax. Au final, Dax a dépensé un peu moins de 300 000 euros pour la construction du pilote et la réalisation de toutes ces analyses, ce qui représente à peu près 30% du coût global du projet. Cette somme conséquente et ce suivi continu de l’installation apparaissent donc comme de véritables freins pour des collectivités impactées par la conjoncture économique. Une fois la faisabilité technique du traitement acquise à la mi-2012, un descriptif du système d’irrigation projeté ainsi que de son mode L’eau magazine juin 2013 N°21 67



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