L'Eau Magazine n°16 nov 10 à mai 2011
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106 Métiers et formations Zoom sur un métier  : foreur d’eau Dans chaque numéro, L’Eau magazine se propose de faire le point sur un métier de l’eau. Parce que, quel que soit le rôle de la technologie, ce sont d’abord des hommes et des femmes qui sont les acteurs indispensables de cette industrie. Dans ce numéro, portrait d’un foreur. Mardi 31 août, 8 heures Sur une friche désaffectée de la RATP, en banlieue ouest de Paris, Daniel Renard est déjà au travail, avec son aide Bruno Béhal. Ils mettent un point final au travail de la veille, un forage de recherche d’eau de 45m. Sur le chantier, il ne reste plus de trace des travaux, à part une vanne qui sort du sol, levier fermé, prête à l’emploi. Sans prendre le temps de s’arrêter, Daniel emmène déjà sa pelleteuse une centaine de mètres plus loin, où va démarrer ce matin le second forage. Daniel est parfaitement à l’aise aux commandes du petit engin  : avant d’être foreur, il a – entre autres – été pelleur. Mais pas seulement  : « J’ai commencé comme métallier. Je voulais faire de la serrurerie d’art, être ferronnier. Mais il n’y avait pas beaucoup de travail, et si c’était pour passer ma vie à poser des fenêtres en alu, non merci ! Moi, j’ai besoin de bouger. J’ai ensuite fait de la mécanique, j’ai été nacellier. Et puis je suis entré comme aide foreur dans l’entreprise. J’ai été formé par mon chef foreur. Il m’a tout appris, jusqu’à ce que je connaisse assez le métier pour devenir responsable à mon tour. » Cette polyvalence est semble-t-il une qualité essentielle pour exercer ce métier  : avoir tous les permis – poids lourds, conducteur d’engins – et bien connaître la mécanique permet de faire face aux aléas des chantiers. « En cas de problème, c’est souvent moi qui répare la foreuse, sur place », explique Daniel. L’entreprise a bien sûr des spécialistes de la maintenance, hydrauliciens en particulier, pour régler les pannes graves. Mais la maintenance quotidienne est faite par le foreur luimême. Et c’est une des choses qui le séduit dans son métier, dont il assure qu’il compte bien l’exercer « jusqu’à la retraite »  : la polyvalence, le fait que deux chantiers ne soient jamais semblables, qu’il faille être réactif et faire preuve d’initiative. « Et puis, on bouge ! On ne reste jamais très longtemps au même endroit, pas comme sur des chantiers du bâtiment où on peut rester coincé deux ou trois ans. » Daniel et son équipier se déplacent dans toute France – même si en ce moment, la plupart des chantiers se déroulent en Île-de-France. La géothermie a le vent en poupe, et, suite aux décisions du Grenelle de l’Environnement, nombre d’entreprises qui font construire des immeubles de bureaux font faire des forages pour utiliser cette source d’énergie renouvelable et propre. La préparation du chantier, élément essentiel « Bien organiser son chantier, cela peut permettre de gagner jusqu’à 20% de temps au moment du forage lui-même », explique le foreur. À l’endroit précis où les travaux vont démarrer, l’énorme machine est déjà en place et calée. Daniel se met aux commandes et le mât d’une dizaine de mètres de haut, jusque-là en position horizontale pour le transport, s’érige lentement. À deux mètres devant le point de forage sont bien alignées les tiges de forage de trois mètres – des tubes de 110 kg. À droite de la machine, groupe électrogène et bac dans lequel sera préparé le mélange eau-polymère qui servira non seulement à refroidir le tricône, mais aussi à consolider le sol au fur et mesure de la progression de l’outil. DR Daniel Renard. Aux commandes de sa pelleteuse, Daniel s’est mis au travail  : en moins d’une heure, il va creuser dans le sol, à gauche de la foreuse, les bacs de décantation et de reprise. Pendant le forage, le premier bac recueillera l’eau mêlée de cuttings (la matière broyée par le foret). Puis, après décantation, l’eau partira vers le bassin de reprise pour être renvoyée vers la foreuse. « Tout cela fonctionne en circuit fermé, explique Daniel. Une fois que c’est démarré, on réutilise la même eau. Et quand le forage est fini, il n’y a plus qu’à boucher les trous et évacuer les déblais, et tout est propre ! » Une fois son circuit aménagé, Daniel va vérifier avec un soin particulièrement minutieux la verticalité de son mât de forage. Il pose un niveau à bulle aimanté sur le mât, et règle, avec une précision millimétrique, l’énorme machine. Un décalage infime au départ risque en effet, au bout de quarante mètres, de se transformer en une déviation catastrophique. Une fois la bulle bien coincée au centre du niveau, tout est prêt, le chantier peut démarrer. « Sentir le terrain » Les deux hommes ouvrent les vannes d’eau et ajoutent le produit L’eau magazine novembre 2010 N°16
DR La tête de forage, ou tricône. destiné à consolider le terrain. Daniel se met au pupitre et lance la foreuse. Lentement, le tricône, c’est-à-dire la tête de forage, se met à tourner et s’enfonce dans le sol, sous les dix tonnes de poussée de la foreuse. L’eau qui est injectée à 40 m 3/h ressort du sol et se met à couler dans le bac de décantation. Daniel note soigneusement la nature et la couleur des cuttings  : elles lui permettent de définir le terrain qui est traversé. En effet, les géologues lui ont fourni une coupe du terrain qui va être traversé – effectuée grâce à des carottages préliminaires  : théoriquement, il va falloir traverser une dizaine de mètres de remblai, puis des marnes, avant d’atteindre la nappe de la craie. Mais le forage lui-même amène parfois quelques surprises inattendues, et toute l’attention du foreur est requise pour observer les cuttings qui ressortent, vérifier que la machine ne se bloque pas parce que l’on a atteint un terrain difficile. Pour l’instant, tout se passe bien. En moins de cinq minutes, la première tige est enfoncée dans le sol. Daniel relève et redescend son train de tiges plusieurs fois, « pour bien nettoyer tout ça », puis entreprend, avec l’aide de son coéquipier, de changer de tige. Les deux hommes se connaissent aussi bien qu’ils connaissent leur travail et l’opération se fait très vite, sans accroc, sans un geste de trop. Daniel dévisse la première tige, puis actionne un treuil  : Bruno, entre-temps, avait L’eau magazine novembre 2010 N°16 DR déjà accroché la tige suivante posée au sol. Le treuil soulève lentement la tige, Bruno l’accompagne et la positionne. Un coup de manette  : la tige est vissée sur l’axe. Et le forage reprend. Si tout va bien, toutes les cinq à dix minutes environ, l’opération recommence, et elle se poursuivra jusqu’à ce que la quinzaine de tiges soit enfoncée dans le sol. Si cette partie du travail peut sembler monotone, elle n’en requiert pas moins toute l’attention du foreur. Car tout peut arriver  : une couche trop dure qui ne peut plus être attaquée par le tricône installé – « ça, c’est l’enfer  : il faut remonter toutes les tiges, une par une, changer le tricône, et recommencer tout à zéro. » Ou bien un terrain qui ne « tient pas bien », c’est-à-dire qui s’effondre au fur et à mesure du forage. C’est ce qui se produit à un moment  : Daniel constate que de plus en plus de sable et de gravier sont en train de s’accumuler au fond du trou, et il ralentit son engin. « Le problème, c’est que si on se retrouve avec trop de poids de matière au-dessus de l’outil, on ne peut plus le remonter, ça fait trop de poids et ça coince. Dans ce cas-là, on a des techniques pour remonter très doucement, sans forcer… tellement Métiers et formations DR Installation d’une nouvelle tige de forage. doucement que cela prend parfois une journée pour remonter une tige de trois mètres ! » Toute sorte d’autres problèmes peuvent surgir sur un forage, auxquels le foreur doit être prêt à faire face. Si le terrain est vraiment trop mou et La couleur de l’eau rejetée indique au foreur la nature du terrain traversé. 107



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