L'1visible n°8 octobre 2010
L'1visible n°8 octobre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de octobre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 12,6 Mo

  • Dans ce numéro : Marseille, Notre-Dame de la Garde

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 PSYCHOLOGIE xw n°08 Octobre 2010 « Cessez d’être gentils, soyez vrais ! » D.R. Thomas d’Ansembourg Il a été avocat, puis consultant juridique en entreprise pendant 15 ans et responsable d’une association de jeunes en difficulté pendant 10 ans. Depuis 1994, il travaille comme psychothérapeute, consultant en relations humaines et formateur certifié en Communication Consciente et Non Violente. Il anime des conférences illustrées de jeux de rôle et des ateliers de transformation et d’éveil. PAROLE DE SAGESSE Amour et vérité « La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. (…) Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. (…) La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité. » a Extrait de La charité dans la vérité, troisième encyclique du pape Benoît XVI, publiée en 2009. Analyse. Gentillesse ne rime pas toujours avec franchise... Nous cachons souvent ce que nous pensons vraiment, pour ne pas risquer de déplaire, de décevoir ou d’entrer en conflit. La vraie gentillesse, c’est choisir de vivre des relations en vérité. Agis avec gentillesse, mais n’attends pas de la r e c on n ai s s a n c e », conseillait déjà au VI e siècle le philosophe chinois Confucius. En effet, la vraie gentillesse est la disposition profonde de notre être à prendre soin, à veiller au bien-être des autres pour la simple joie de donner, sans attente. Elle fait la richesse, la finesse et la fidélité des liens. La fausse gentillesse est notre vieille et tragique habitude de porter un masque par peur du regard de l’autre, de dire oui quand nous pensons non, de prétendre « Tout va bien » quand intérieurement nous savons parfaitement que « Rien ne va plus », et ce, non pour donner joyeusement de nous-mêmes, mais pour éviter les conflits ou pour obtenir de façon indirecte et souvent inconsciente la satisfaction de certains besoins humains fondamentaux (reconnaissance, intégration, valorisation, etc.), faute d’avoir appris à en prendre soin en conscience. Elle entraîne l’appauvrissement, la complication et la précarité des liens. Depuis plus de quinze ans que j’accompagne des êtres humains de toutes conditions à travers les cycles et saisons de la vie, j’ai acquis la conviction que la vraie gentillesse est l’expression de notre nature profonde, un élan d’amour. Regardez la tendresse spontanée des enfants, regardez les trésors de générosité retrouvée lors des catastrophes humaines, mais également vécue quotidiennement dans certaines communautés : famille, quartiers, villages. Les gens n’attendent qu’une chose, c’est d’être gentils et qu’on le soit avec eux. Je ne suis pas dans l’angélisme pour autant. Pour m’être notamment occupé de jeunes de la rue pendant dix ans (puis, comme thérapeute, de bien des gens qui exprimaient leur souffrance par l’agressivité en actes, paroles et silences), j’ai simplement appris que la violence n’est pas l’expression de notre nature profonde mais l’expression de la frustration de notre nature profonde. D’où l’importance d’apprendre à connaître et à respecter celle-ci. Il s’agit bien d’un apprentissage à faire : nos écoles et nos systèmes d’éducation nous apprennent à bien faire, pas à bien être. PEURS D’ENFANCE D’où vient alors la fausse gentillesse ? Elle est une manifestation de la peur (de soi et de l’autre) qui résulte inévitablement – tout comme l’agressivité d’ailleurs – du fait de ne pas bien se connaître, de ne pas bien discerner son centre ni ses limites, et donc de ne pas se sentir en sécurité à l’intime de soi. J’observe que, pour beaucoup, ce climat de peur s’installe dès l’enfance, du fait de cette autre vieille et tragique habitude qui consiste à vivre les rapports humains comme des rapports de force (domination/soumission/compétition). Celle-ci résulte elle-même de l’habitude qui a longtemps prévalu d’éduquer nos enfants – malgré nos plus belles intentions – dans un climat où l’amour est vécu comme conditionnel. Rappelons nous : nous avons (presque) tous entendu des phrases comme « Tu serais gentil de ranger ta chambre ; tu serais gentil de travailler un peu plus à l’école ; tu serais gentil de venir déjeuner chez ta grand-mère, LEXIQUE Célébrer Célébrer, c’est fêter la vie sous toutes ses formes, ses états et saisons ; c’est être présent, à la bonne heure, en toute chose, les naissances et arrivées comme les deuils et les départs et témoigner de la gratitude pour tout ce qui est. Dans les relations, c’est notamment être attentif à témoigner de la reconnaissance autour de nous. La reconnaissance est la vitamine de la relation : elle apporte une bûche sur le feu de l’amitié. Remerciez donc et, lorsque l’on vous remercie, ne vous contentez pas d’annuler l’hommage en répondant « De rien ! », comme si vous n’existiez pas : goûtez le merci, en célébrant l’échange avec l’autre : « Je suis heureux que mon attention t’ai plu, c’était l’occasion pour moi de mesurer et aussi de te dire combien je tiens à toi et à notre relation. » Célébrer, c’est se sentir vivant dans l’univers vivant. etc. » Cela, nous l’avons entendu avec nos oreilles. mais ce que nous avons inconsciemment encodé à l’intime de nous-mêmes, dans notre propre disque dur – et qui risque de nous télécommander notre vie durant – est d’un tout autre ordre. Dans notre inconscient, la phrase est devenue : « Je t’aime si tu ranges ta chambre, je
n°08 Octobre 2010 xw PSYCHOLOGIE 11 « Je t’aime si tu es gentil... » Notre gentillesse est souvent faussée car elle repose sur notre besoin vital d’être aimé et reconnu. t’aime si tu performes à l’école, je t’aime si tu fais plaisir… » Il en résulte, pour nombre de gens, un profond et inévitable sentiment d’insécurité affective ancré dans la croyance : « Si je ne fais pas tout bien, si je dis non, on ne m’aimera pas, donc je tente désespérément de tout bien faire et de dire oui à tout. » PAS DE RELATIONS SAINES Si cette croyance n’est pas démantelée par un travail de conscience, elle peut compromettre la capacité à vivre des relations authentiques et saines car elle empêche autant l’estime et l’expression justes de soi que l’écoute et l’accueil de l’autre. Elle rend impossible la traversée lucide et constructive des conflits et peut finalement anesthésier complètement la capacité d’abandon dans la confiance, la créativité et même l’élan de vie. a a a TÉMOIGNAGE « On s’engueule à l’entracte ! » À vouloir être gentils pour se faire plaisir, Maud et son mari se disputent à chaque fois qu’ils vont au théâtre. J’adore aller au théâtre et à l’opéra, j’y retrouve des copines, je me laisse prendre par le spectacle et l’émotion, je verse toujours une petite larme et j’adore papoter à l’entracte. Mon mari, lui, déteste cela ; il s’impatiente, commente à haute voix la performance des acteurs, ne s’émeut de rien et se retourne vingt fois dans son fauteuil en soupirant. Alors je m’énerve, cela me gâche la soirée et on s’engueule à l’entracte et dans la voiture. Seulement, chaque fois que je réserve une place de spectacle, il a peur que je n’attrape pas le dernier métro ou que je ne trouve pas de taxi, alors, pour être gentil, il m’accompagne. Et moi, pour être gentille – puisqu’il est si gentil – j’accepte ! Et nous passons tous les deux une soirée infernale. Je ferais beaucoup mieux d’être vraie et de lui dire la prochaine fois : « Je suis très touchée que tu te fasses du souci pour mon retour ce soir, parce que j’aime sentir que tu tiens à ma sécurité et à mon confort, et en même temps, je ne suis pas assurée que cela te fasse vraiment plaisir de m’accompagner. Comme j’ai besoin que nous passions tous les deux une bonne soirée et particulièrement que je puisse savourer mon spectacle sans me faire de souci pour ton bien-être, je te propose de faire ce qui te plaît vraiment de ton côté, et je me débrouillerai pour rentrer. Comment te sens-tu par rapport à cela ? » a S.Olsson/Altopress/Di



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