L'1visible n°4 mai 2010
L'1visible n°4 mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de mai 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 11 Mo

  • Dans ce numéro : 9 clés pour ajuster sa colère.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 PSYCHOLOGIE xw n°04 Mai 2010 La colère : une émotion vitale Luc Adrian Pascal Ide Ce prêtre est médecin, docteur en philosophie et en théologie, auteur d’ouvrages, notamment en spiritualité et en développement personnel. Il travaille actuellement à la Congrégation pour l’éducation catholique au Vatican. PAROLE DE SAGESSE Des paroles qui font du bien La Bible a des paroles très claires sur la colère. « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; il ne faut pas donner prise au diable. De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. Aigreur, emportement, colère, tout cela doit être extirpé de chez vous. Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » a Saint Paul aux Éphésiens (4,26-32) Avec elle, je peux blesser. Sans elle, je me laisse piétiner. Cette émotion dépasse parfois la mesure : à cause de nos blessures ou par manque de contrôle de soi. Bien intégrée, elle peut devenir une expression de l’amour. Laissons-nous enseigner par la nature. Celle-ci a inventé l’agressivité pour protéger les animaux de leurs prédateurs. Il n’est pas conseillé de s’approcher même de la plus pacifique des vaches, lorsqu’elle vient d’accoucher d’un veau ! Même le monde végétal a inventé l’équivalent. Pas de rose sans épines. Ainsi, la colère apparaît comme une réaction naturelle face à une agression. Quand je me sens agressé, j’ai deux réactions spontanées à ma disposition : fight or flight, « l’attaque ou la fuite », comme dit le physiologiste américain Walter B. Cannon. Ces comportements sont dictés par deux émotions : la peur et la colère. En général, nous avons davantage d’affinité avec l’une de ces attitudes. Pourtant, elles présentent toutes deux leurs avantages et leurs limites. Si, visà-vis d’un voisin intrusif, une ferme menace peut être efficace, face à un chien agressif, la fuite est sans doute préférable. L'ÉMOTION EST D'ABORD UNE INFORMATION Comme toute émotion, la colère n’est pas seulement naturelle (c’est-à-dire spontanée), elle est bonne (au sens psychologique : neutre). Pour deux raisons. L’émotion est d’abord une information. Le courroux nous signale une injustice (ou plutôt, ce que nous ressentons comme une injustice). « Souvent, lorsque je me sens bouillir – dit Emilie –, cela signifie que j’ai besoin de me sentir respec- tée. » L’émotion est aussi une motion, c’est-à-dire une énergie : « Colero, ergo sum. » Sans colère (certes mesurée), la plaidoirie de l’avocat convaincra moins et la semonce du parent ne rejoindra pas son enfant turbulent. « Je ne me souviens que d’une colère de mon père – explique Hervé, 37 ans. J'étais âgé de 16 ans et j'avais manifestement dépassé les bornes. Il m'a pris par le revers de ma chemise et m'a collé au mur. J'ai senti sa force, plus encore intérieure que physique. Paradoxalement, de sentir la colère de mon père, cela m'a rassuré et permis de comprendre que j'étais allé trop loin. » Si je ne sais pas détecter la présence ni déchiffrer le sens de la colère (ce que l’on appelle l’intelligence émotionnelle), je risque fort de ne pas me laisser respecter ou de la projeter contre un innocent. Les personnes qui ne repoussent pas à temps les agresseurs entrant dans leur espace de proximité se laissent plus facilement dominer. RÉACTION À L'AGRESSION La colère est donc un affect vital. Pourtant, souvent, elle nous dépasse et fait des dégâts. L’agressivité se transforme alors en violence. Comment les différencier ? Le courroux mesuré répond à trois critères. Tout d’abord, son objet doit être conforme à la justice. Dans La femme du boulanger, le drame de Marcel Pagnol (1938), il est légitime qu’Aimable, le boulanger, soit en colère contre l’adultère notoire de sa femme. Ensuite, l’intention qui le dicte doit être droite : tel est le cas d’Aimable LEXIQUE Un péché pas mignon ? La colère est un péché capital (cf. Catéchisme de l’Église catholique,n. 1866). Capital vient du latin caput, « la tête ». Un péché capital est à la tête d’autres péchés. Ici, en pensée (le jugement contre autrui, contre soi, la rumination de la vengeance, etc.), en parole (la médisance qui est une parole vraie mais destructrice de la réputation ; pire, la calomnie qui est un mensonge, etc.) et en action (les « voies de fait », les procès iniques, jusqu’au meurtre, etc.). Le traitement de la cause est plus efficace que celui des signes. Nous attaquer à la racine qu’est la colère nous coupe de toutes les conséquences qu’elle engendre. qui, en grondant Pomponette, la chatte, désire seulement signifier sa souffrance face à la trahison du lien conjugal. Enfin, la réaction de l’irascible doit être proportionnée à l’agression : faire des reproches à Pomponette plutôt qu’à sa femme, permet à Aimable d’adoucir ses paroles qui, trop directes, deviendraient violentes. LES DEUX SOURCES DE LA COLÈRE La violence est la colère qui a dépassé ses limites. Elle a deux sources, souvent étroitement entrelacées : la blessure (involontaire) et
n°04 Mai 2010 xw PSYCHOLOGIE 11 Hulk est la figure colérique par excellence. Dans ses crises de rage incontrôlées, son corps devient vert. le péché (coupable) (cf. encadré sur Douze hommes en colère). Superhéros de bandes dessinées passé au cinéma, Hulk est la figure colérique par excellence. Dans ses crises de rage incontrôlées, son corps devient vert. Or, sa fureur naît d’une double blessure enfouie dans son enfance et son inconscient : il fut abandonné par sa mère et instrumentalisé par les expériences génétiques d’un père mégalomane. Pourtant, Hulk n’estil qu’une victime ? Il avoue luimême au détour d’une de ses fureurs spectaculaires : « Qu’est-ce que j’aime cela ! » Et tel est le second sens classique du mot colère : il désigne un péché (et même un péché capital). La colère pécheresse est alors une colère démesurée voulue (qu’on en prenne l’initiative ou qu’on l’entretienne). Si souvent hors-piste, la colère doit- a a a CINÉMA Le courroux de l’homme blessé Non guérie, la souffrance peut se transformer en colère. Douze hommes en colère, le film américain de Sidney Lumet (1956), raconte l’histoire d’un jury chargé de délibérer sur le sort d’un jeune homme accusé du meurtre de son père. Les preuves sont accablantes, l’affaire semble réglée. Cependant, l’un des jurés, Davis (Henry Fonda), met en doute l’irréfutabilité même de la mécanique trop bien huilée et démonte chacun des arguments. Peu à peu, les jurés sont convaincus. Seul l'un d'eux, La violence est la colère qui a dépassé ses limites violent et grossier (Lee J. Cobb), résiste, parlant avec amertume de ces « vauriens et de ces ingrats ». Mais cette colère tenace en vient à être suspecte. Seul contre tous, il continue à nier ce qui est maintenant une évidence. Avec douceur et fermeté, Davis insiste : « Quels sont vos arguments ? » L’homme sort une photo de famille, précieusement rangée dans son portefeuille : on le voit avec un jeune homme dont on devine qu’il est son fils. Une souffrance fait grimacer son visage, il froisse le papier et le spectateur comprend que son enfant est parti. « Ce gamin pourri… il paiera de sa vie », s’exclamet-il, avant de s’écrouler en pleurant. Il prend soudain conscience de la connexion entre son histoire et son attitude présente. Acceptant de renoncer à l’image d’un fils parfait qui n’a pas le droit de devenir ce qu’il est, le père rendu à lui-même prononce les mots doublement libérateurs : « Non coupable. » a Christophel



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