L'1visible n°25 avril 2012
L'1visible n°25 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les belles-mères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 UNE VIE QUI BASCULE xw n°25 avril 2012 pour L’1visible La femme aux 20 000 enfants Je suis née à Ruyigi, au Burundi. Jeune fille, je rêvais de construire des villages pour les enfants livrés à eux-mêmes. J’ai perdu mon père très jeune et j’ai grandi avec ma mère, mon frère, mes grands-parents et mes oncles, dans un esprit de partage. Ma mère a adopté huit enfants. Tous les jours, je faisais à Dieu cette prière : « Seigneur, fais éclater tes merveilles et que je n’y mette aucun obstacle. » Je suis devenue enseignante. À 23 ans, j’ai adopté Chloé, une de mes élèves orphelines. Elle était de l’ethnie Hutu et protestante, alors que moi je suis catholique et Tutsi. Dans les années qui ont suivi, j’ai adopté quatre autres enfants. Je suis devenue secrétaire à l’évêché. UN MASSACRE SOUS MES YEUX Le 24 octobre 1993, un événement a bouleversé le cours de ma vie… Tout a commencé le 21 octobre, quand le président du Burundi a été assassiné. Dans les jours qui ont suivi, des massacres ont eu lieu dans tout le pays entre les Tutsis et les Hutus. Le 23 octobre, j’ai caché des amis à l’évêché. Mais le 24 au matin, un groupe d’hommes - des Tutsis - sont entrés, armés de gourdins, de machettes, de pierres… J’en connaissais certains et j’ai essayé de m’interposer. Alors ces hommes m’ont frappée pour me punir de vouloir défendre des Hutus. Ils m’ont arraché mes vêtements et attachée sur une chaise. Et sous mes yeux, ils ont assassiné un à un tous les Hutus. Puis ils en ont cherché d’autres, dans les maisons autour. Ils les ont tous découpés à la machette ou IL EST VIVANT décapités… Avant de mourir, mon amie Lisette m’a confié ses deux filles, en me demandant de m’occuper d’elles. Ensuite les meurtriers sont partis. Mais les massacres ont continué en ville. À la nuit tombée, j’ai miraculeusement retrouvé tous mes enfants et d’autres qui avaient réussi à se cacher : vingt-cinq au total. Nous nous sommes réfugiés dans la maison d’un délégué humanitaire allemand et nous y sommes restés sept mois. Le pardon libère celui qui le donne Comme les massacres continuaient dans tous le pays, de plus en plus d’orphelins sont venus chercher secours. Je les accueillais tous. Je sentais que c’était ma mission de lutter contre la violence qui ravageait mon pays, en donnant à ces enfants une alternative à la haine. J’ai compris que je devais créer une maison de paix et d’amour, où la vie de tout être humain et sa dignité seraient respectées. Je voulais élever une nouvelle génération de Burundais qui dirait non à la violence et à la haine… C’était la seule réponse que je pouvais apporter aux horreurs inexplicables des massacres. Cela m’a entraînée vers une vie que je n’avais pas prévue. Au bout de trois ans, j’avais recueilli 3 000 enfants. Peu à peu, aidée par des ONG internationales et Ascension du Christ dans l’église Saint-Nicolas de Véroce en Haute-Savoie. Mensuel catholique pour tous - www.ilestvivant.com Maggy Barankitse a vécu sous ses yeux, au Burundi, l’horreur des massacres entre Tutsis et Hutus. Elle n’a pas cédé à la haine. En 2011, elle a reçu le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits. des amis du monde entier, j’ai développé des infrastructures pour accueillir tous les orphelins. C’est ainsi que sont nées les Maisons Shalom au Burundi. Les enfants y trouvent la chaleur et la stabilité d’une famille. L’AMOUR EST INVENTIF Aujourd’hui, ils sont 20 000 à grandir là et beaucoup, devenus adultes, y travaillent. Nous leur avons construit des maisons, un hôpital, une maternité, un garage pour les faire travailler, une ferme, des écoles pour les petits et les grands… Nous nous occupons aussi des enfants soldats et en prison. L’amour est inventif. Dans mon pays, on m’appelle « Maman nationale » et le Président m’a donné un passeport diplomatique ! J’ai toujours eu confiance en la Providence. Dieu m’a montré que, sur la croix, ses bras sont grands ouverts pour porter le monde. Les enfants m’ont appris que la vie prend toujours le dessus et que le pardon libère celui qui le donne… On ne peut jamais dire « J’ai assez aimé. » a Propos recueillis par Émilie Pourbaix LIVRE LA HAINE N’AURA PAS LE DERNIER MOT Claire Martin, éd. Albin Michel, 2005 JOEL SAGET/AFP
n°25 avril 2012 xw COUP DE CHAPEAU 15 LES SŒURS DU DÉPÔT www.soeursmariejosephetmisericorde.org LE TÉLÉPHONE DU DIMANCHE Chaque dimanche, à 9 heures, les familles de détenus se groupent derrière le téléphone pour raconter leur vie au jour le jour à leurs mères, pères, fils ou filles qui les écoutent derrière les barreaux, sur les ondes de Radio Notre-Dame. www.radionotredame.net Vous pouvez participer à l’émission en appelant au 0892 68 80 30 LA FRATERNITÉ DU BON LARRON Créée par le Père Aubry, elle a pour objectif de soutenir les détenus moralement et spirituellement. Tél. : 01 34 84 13 08 www.bonlarron.org LE COURRIER DE BEAUVAIS Il propose une correspondance avec les détenus : 65, rue de Boissière 75016 Paris Tél. : 01 40 67 11 98 LE SECOURS CATHOLIQUE Il organise une fois par semaine un accueil vestiaire pour les détenus les plus démunis. Pour rejoindre une délégation du Secours catholique sur ce terrain : Tél. : 01 53 82 12 98 L’ASSOCIATION LÉONARD Elle aide les détenus à leur sortie de prison. Un travail d’accompagnement et de soutien matériel est proposé aux anciens détenus. Tél. : 01 42 81 18 40 Justice Gardiennes de la paix Société. Au cœur du Palais de Justice de Paris, depuis 150 ans, vit une communauté religieuse. Sa mission : accueillir les personnes détenues. Quartier des femmes. La porte s’ouvre sur une image saisissante. Au bureau d’accueil, assises côte à côte, une fonctionnaire de police et… une religieuse en habit, tout sourire. L’image, insolite, résume la vie du Dépôt de la préfecture de police. Depuis 1864, les religieuses se sont relayées ici, de génération en génération, aux côtés des policiers. C’est la communauté des Sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde. « On ne fait rien, note avec humour sœur Dominique. On est là, c’est tout ! » Derrière la boutade, se cache une vocation immense : accueillir chaque personne avec amour, à un moment critique de son existence. À Paris, le Dépôt de la Préfecture de police est un des maillons de la chaîne judiciaire. Lorsqu’on est soupçonné d’un acte répréhensible, on en franchit le seuil après avoir été arrêté, placé en garde à vue, puis soumis aux premiers interrogatoires. Dans ce contexte incertain, la présence des sœurs rassure. « TANT D’HUMANITÉ DANS CE LIEU » Autre versant de la mission des religieuses, l’accueil. « Un regard bienveillant, la façon d’ouvrir ou de fermer la porte de leur cellule, rien n’est anodin, note sœur Dominique. Un soir, je vois arriver trois jeunes, très remontées. Je les laisse exprimer leur colère. Lors de leur garde à vue, elles avaient dormi sur des planches… « Ici, vous allez dormir dans un lit ! » J’accompagne la première jusqu’à sa cellule, lui remets du linge de toilette et lui propose une boisson chaude. « Tant d’humanité dans un tel lieu ! » me dit-elle étonnée. Trois semaines plus tard, une jeune fille nous rend visite. C’est l’une d’elles. « Mon passage au Dépôt et votre accueil m’ont donné l’envie de ‘faire quelque chose pour les autres’. », me confie-t-elle. » En sous-sol, s’étend la Souricière : une suite de couloirs et de cellules réservées aux détenus transférés au Palais de justice au moment de leur jugement. Les religieuses en ont eu longtemps la responsabilité. « Parfois, je voyais les détenues à genoux dans leurs cellules, certaines même décidaient de jeûner », témoigne sœur Asumpta. Par mesure de sécurité, la Souricière est désormais confiée à des surveillantes. Mais les religieuses continuent à y rendre visite aux prisonnières. Une fois le Dépôt traversé, une autre porte s’ouvre. C’est le lieu de vie de la communauté. Des chants s’élèvent de la chapelle. Les « sœurs du Dépôt » confient à Dieu la vie de chaque personne accueillie depuis 24 heures. « C’est le cœur de notre appel. Ici, nous venons puiser l’amour, à la Source, pour le répandre dans les cœurs blessés. » On perçoit, à l’extérieur, un va-et-vient continuel : certaines détenues sont transférées en prison, d’autres retrouvent le chemin de la liberté… a Laurence Meurville Devant les cellules du Palais de Justice de Paris, une responsable de police et sœur Bénédicte. Ils célèbreront Pâques dans la peur : Quand des chrétiens sont dans l’incertitude de leur avenir, au cœur d’un conflit sanglant, et sans savoir s’ils devront quitter leur patrie, comme en Syrie Quand des chrétiens vivent la semaine sainte dans l’angoisse d’être victimes de violences et d’attentats, comme dans le nord du Nigeria … alors on peut dire que l’Église est en détresse. informer - Prier - Partager www.aed-france.org Suivez l’aeD sur et à la page aeDenfrance Lien vers notre site Lien vers notre site P.RAZZO/CIRIC POUR L’1VISIBLE



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