L'1visible n°25 avril 2012
L'1visible n°25 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 14,9 Mo

  • Dans ce numéro : dossier sur les belles-mères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 PSYCHOLOGIE xw n°25 avril 2012 Belle-mère, mon amour, mon ennemie DR Aldo Naouri Ce pédiatre passionné exerce la médecine d’enfants depuis 40 ans. Il s’intéresse tant à leur santé physique qu’à leur équilibre psycho-affectif, ainsi qu’à la famille qui les fait grandir et à la société dans laquelle ils vivent. Il a écrit de nombreux articles et ouvrages très appréciés du grand public. À la retraite depuis 2002, il donne des conférences et participe à des colloques. PAROLE DE SAGESSE Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit de la chair dans son côté, puis il le referma. Avec ce qu’il avait pris à l’homme, il forma une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera : femme. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Genèse 2, 22-24 Famille. S’il est une relation d’alliance complexe, c’est bien celle qui unit brus et gendres à leurs belles-mères. Pourquoi les tensions peuvent-elles être si fortes alors que ces deux êtres aiment la même personne ? Enquête au cœur d’un profond mystère. Quelle est la différence entre une belle-mère et un bulldog ? Le rouge à lèvres ! » Difficile d’évoquer le sujet des belles-mères sans une certaine dose d’ironie, de tension, voire de franche hostilité. Si les relations avec bellemaman ne sont pas toujours tendues, pour certains elles sont source d’incompréhension, voire de conflits graves au sein du couple. Comment comprendre alors qu’une mère qui s’est épuisée sans compter pour son enfant puisse ne pas supporter celui (ou celle) qu’il a choisi d’aimer ? Et pourquoi, à l’inverse, une femme qui aime un homme, ou un homme qui aime une femme, ont-ils parfois tant de mal à aimer celle qui a pris soin de l’autre toute son enfance ? Nous sommes là devant un grand paradoxe. Et même un profond mystère. Dans le cas des belles-mères et des brus, la première hypothèse est de penser qu’il s’agit d’une rivalité entre deux femmes pour le même homme. Pourtant, cette tension ne se retrouve pas entre le beau-père et son gendre, qui aiment eux aussi la même femme. Donc la réponse n’est pas là. LE PREMIER LIEN HUMAIN Il faut faire un grand détour, du côté de l’anthropologie et la paléontologie, pour trouver des explications. En effet, les liens familiaux se sont construits très progressivement. Pendant fort longtemps, les femmes mettaient au monde des enfants dont le géniteur n’avait pas le statut social de père. Elles étaient seules responsables de leur petit. Ce lien mère enfant a été le tout premier de l’espèce humaine. Et le seul pendant longtemps. C’est le lien de la nature. Les hommes ne connaissent aucun lien de cette sorte. L’anthropologie postule que, peu à peu, ils se sont lassés de vivre en hordes violentes, au sein desquelles l’accès sexuel aux femmes suscitait une grande violence. Ils auraient donc instauré l’échange des femmes entre groupes, s’interdisant les rapports sexuels à l’intérieur de leur clan. Ainsi serait née la loi de l’interdit de l’inceste. LA LIMITE DU PÈRE Cette toute première limite dans les rapports humains correspond à l’introduction de la culture (la loi de protection de l’espèce), par opposition à la nature (relation fusionnelle de la mère avec l’enfant). De cette organisation sociale sont nés progressivement le couple, puis la famille. Les hommes ont lentement appris à accepter les enfants que leurs femmes portaient. En contrepartie, les femmes ont appris à tolérer la limite que ce père mettait entre elles et leurs petits. Ainsi, dès l’origine, le père est celui qui empêche la mère et l’enfant d’avoir un lien exclusif. Il introduit une limite dans cette relation fusionnelle. Longtemps après, avec la sédentarisation et le développement de l’agriculture (donc très récemment à l’échelle de l’espèce), un lien nouveau se dessine, entre le partenaire sexuel de la mère et l’enfant dont il est le géniteur : il le reconnaît enfin comme son enfant. Se met alors en place un processus social de soutien au père : la Loi lui permet d’intervenir dans cette relation mère enfant, qui résiste toujours naturellement de toute sa force à cette intrusion. Et jusqu’à récemment, toute la société était construite pour soutenir ce patriarcat et l’aider à tenir bon face à cette LEXIQUE Origine du mariage Le mariage était déjà pratiqué dans les peuplades nomades les plus primitives. Il a toujours été, pour les contractants, non seulement le moyen de signaler la nature de l’alliance qu’ils nouent dans le respect des règles imposées par la Loi de l’espèce, mais de prendre à témoin l’environnement social pour signaler implicitement leur changement de référentiels et de statut. L’un et l’autre ne se définiront plus désormais comme les enfants de leurs parents respectifs, mais comme le conjoint de cet autre auquel ils s’unissent. Ce qui, par voie de conséquence, fait des parents de chacun les beaux-parents de l’autre et permet donc à chacun de récuser dans son couple l’intervention des parents de l’autre. toute-puissance maternelle. On retrouve toute cette anthropologie dans les relations d’alliance au sein des familles. En effet, le ressentiment de la belle-mère contre sa bru prend racine dans cette lutte entre nature et culture. Car il se passe dans cette femme qui devient belle-mère quelque chose qui la transforme. Elle qui était jusqu’à présent, en tant que mère, dans le camp des femmes, rétive à l’ordre du pouvoir, passe soudain dans le camp des hommes. Pourquoi ? Pour prendre le parti de son fils contre sa femme : elle
n°25 avril 2012 xw PSYCHOLOGIE Difficile pour les belles-mères de trouver leur juste place La belle-mère de bru tend à prendre la défense de son fils face à sa femme et la belle-mère de gendre a du mal à quitter la fusion avec sa fille. veut soutenir son pouvoir et combattre la toute-puissance de sa belle-fille, qu’elle connaît, par expérience. Ainsi, pour sauver son fils, elle trahit sa condition féminine et adhère à la culture, à la Loi mise en place par le masculin pour ordonner l’univers. Elle est la gardienne de la place de son fils. RELATION FUSIONNELLE Pour le gendre, la difficulté des relations avec sa belle-mère réside dans la conscience qu’il a, lui, de la toute-puissance de la mère de sa femme et de son refus de se voir imposer des limites dans sa relation fusionnelle avec sa fille. Il sait qu’elle sera prête à tout pour pouvoir vivre cet amour maternel librement, surtout quand il s’agit de sa fille « élue ». Il sent qu’il ne fait pas le poids face à elle et qu’il ne peut pas compter sur son beau-père, qui n’osera pas raisonner sa femme… Il sait qu’il a a a TÉMOIGNAGE « Ta mère peut dormir dans notre lit » Le patient du docteur Naouri était prêt à faire tous les efforts de la terre pour avoir une bonne relation avec sa belle-mère. Sauf un. « Je n’ai rien contre ta mère », déclarait devant moi cet homme à sa femme. « Ta mère, outre qu’elle est un être humain et que, comme tu le sais, j’aime tous les êtres humains, ta mère est gentille. C’est une bonne personne. Elle est même charmante. Je n’ai rien, vraiment rien, contre elle. LES CLÉS DE CHEZ NOUS Je te le répète et je peux te le prouver. Si tu le veux, je le dis devant le docteur, elle peut venir quand elle veut chez nous. Tu peux lui donner les clés de chez nous et lui dire qu’elle n’a pas besoin de nous prévenir de sa venue ou de n ou s de m a n de r une autorisation. Je vais aller encore plus loin : elle peut même venir s’installer chez nous, habiter définitivement chez nous. Si tu le veux, elle peut même dormir avec nous, elle peut être toutes les nuits dans le lit avec nous. Tu vois, je n’ai rien contre elle. Je l’admets partout dans notre vie. En réalité, le seul endroit d’où je voudrais la chasser, c’est de là. » LA QUÊTE DU GRAAL 11 Et cet homme d’accompagner son « là » de son index touchant la tête de sa femme. Il ne semblait pas savoir que sa quête, à la formulation si simple et si imagée, n’était rien d’autre que la quête du Graal. a Corbis



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