L'1visible n°19 octobre 2011
L'1visible n°19 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de octobre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 14,1 Mo

  • Dans ce numéro : les étapes du deuil.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 PSYCHOLOGIE xw n°19 octobre 2011 Après la perte : les étapes du deuil DR Jean Monbourquette Auteur de livres importants en matière de développement personnel, Jean Monbourquette, prêtre des Oblats de Marie Immaculée et psychologue, conférencier recherché et animateur de groupes de deuil, est décédé le 28 août dernier à l’âge de 78 ans. Il nous a fait l’amitié de rédiger cet article sur le deuil quelques semaines avant sa mort. Nous sommes heureux de lui rendre hommage en publiant ce texte, sans doute un des derniers qu’il ait écrit. Il a été l’un des premiers à avoir voulu relier l’approche psychologique et l’approche spirituelle. PAROLE DE SAGESSE « Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort." Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : "Où l’avezvous déposé ? " Ils lui répondirent : "Viens voir Seigneur." Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : "Voyez comme il l’aimait ! " » Jean, 11, 32-37a Mort. Le deuil est une réaction saine, un état de souffrance à la suite du décès d’un être aimé. Il s’accomplit sur une durée plus ou moins longue selon les personnes. Ce processus se produit en plusieurs étapes qui permettent de ressortir mûri après la perte. Le deuil constitue une réalité individuelle et singulière… Nous utilisons le mot « étapes » comme « points de repère » dans l’évolution du deuil afin de déceler le progrès du deuil ou sa régression. Cette approche permet d’évaluer l’état du deuilleur et ce qu’il lui reste à accomplir pour résoudre son deuil. Cette liste d’étapes a été élaborée à partir de nos recherches sur le deuil, de notre expérience en thérapie et en sessions de deuil. Le choc. Le choc désigne l’effet d’un malheur soudain qui vient submerger la capacité d’un individu à y faire face. L’endeuillé ressent un sentiment intense d’effroi et de détresse à la nouvelle de la mort d’un proche. Il est abasourdi et troublé par des hallucinations : il croit voir le défunt, l’entendre et ressentir sa présence. Le déni. Le deuilleur essaie de ne pas s’imaginer la mort de son proche. « Ce n’est pas vrai ! » « Je l’ai rencontré cette semaine, il avait l’air bien ! » « Je ne peux pas le croire ! » Ces réactions spontanées illustrent bien l’étape du déni. L’idée de la mort nous effraie. Nous n’osons pas y penser d’une façon spontanée et fréquente. C’est là un des paradoxes les plus troublants de notre existence, et probablement la réalité la plus révoltante qui soit. Séduits par le déni social de notre temps, les endeuillés sombrent dans la négation de la mort et accomplissent rarement les rituels traditionnels afin d’honorer la mort d’un proche. Aujourd’hui les morts disparaissent au lieu d’être célébrés. L’expression des émotions et sentiments. Quand les résistances au deuil cèdent, apparaît toute une série d’émotions et de sentiments chez l’endeuillé. Celui-ci craint de perdre le contrôle de lui-même et d’être submergé par une déferlante émotionnelle. Les émotions et les sentiments sont à la source de changements tant physiologiques que psychologiques, par exemple, des palpitations cardiaques, des rougeurs sur la peau, une décharge d’adrénaline, etc. Les émotions sont passagères. Une fois qu’elles ont trouvé leur mode d’expression, elles ont tendance à disparaître. En revanche, si on ne les exprime pas, elles s’impriment dans le corps. Les émotions propres au deuil sont la tristesse, la peur de l’abandon, la colère et la culpabilité. Par ailleurs, les sentiments liés au deuil se présentent comme l’anxiété, l’impuissance, la culpabilité existentielle mais aussi la libération de n’avoir plus à s’occuper d’une personne malade. Ils ont tendance à perdurer. LEXIQUE Le deuil Le deuil est un processus normal et naturel. L’être humain est constamment confronté à la perte : passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte, perte de rêves, perte de facultés et de capacités due au vieillissement, etc. C’est comme un processus de cicatrisation et de guérison psychologique et spirituelle. Si on réussit à soigner cette blessure, en acceptant de vivre le processus de deuil, le souvenir du défunt cessera de provoquer une douleur intérieure. Le rappel de l’être perdu demeurera toujours précieux mais sans se trouver dans un état de souffrance. Faire son deuil, c’est lâcher prise, vivre avec la personne disparue une relation transformée. La réalisation des tâches concrètes reliées au deuil. En même temps que les endeuillés vivent toute une gamme d’émotions et de sentiments, plusieurs tâches concrètes reliées au défunt doivent être réalisées : par exemple, exécuter les dernières volontés du défunt, accomplir les promesses faites au défunt, exécuter les rituels funéraires prescrits par la coutume, ranger les photos du défunt dans l’album familial, se défaire de ses vêtements et de ses objets personnels, se donner un lieu défini pour visiter le défunt au cimetière ou au columbarium, disposer des cendres dans un lieu bien identifiable, etc. Toutes ces tâches à accomplir contribuent à faire progresser le travail du deuil. La quête du sens de l’événement de la mort L’expression des émotions et des sentiments et l’exécution des tâches requises par le deuil permettent au deuilleur de prendre ses distances à l’égard du décès de l’être cher et de voir la mort dans une nouvelle perspective. Afin de progresser dans la résolution de son deuil, il lui reste à découvrir le sens de cette mort pour lui et les orientations possibles qui se
n°19 octobre 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 Le deuil est comme un processus de cicatrisation et de guérison psychologique et spirituelle. présentent à lui. Partant de ce malheur, quelle raison fondamentale lui permettra de poursuivre sa vie et d’accéder à une croissance psychospirituelle ? Au lieu de demeurer démuni et écrasé, il sera désormais en mesure de profiter d’une plus grande sagesse. La séparation lui aura permis d’atteindre une plus grande maturité. L’échange des pardons. L’expérience nous a appris la nécessité de pardonner pour achever le processus du deuil. Le pardon s’avère une merveilleuse méthode de lâcher-prise. L’endeuillé qui sera parvenu à accorder son pardon au défunt pour ses faiblesses et surtout pour son départ impromptu se libérera des restes de colère que la blessure de l’absence aura pu lui infliger. Par ailleurs, en demandant au défunt de lui pardonner ses propres fautes et ses manques d’amour à son égard, a a a TÉMOIGNAGE À la mort de mon père, j’avais 17 ans. Avec mes deux sœurs infirmières, nous avons formé une équipe soignante à son chevet pendant un an. À sa mort, ma sœur Hélène et moi nous sommes occupés de tout. Je me montrais stoïque et je ne me permettais pas de pleurer en public. Je me sentais fort et « en contrôle ». Quelque vingt-deux ans plus tard, je faisais mes études de psychologie. J’ai participé à un week-end de jeu de rôle pour connaître cette forme Le deuil est un processus normal et naturel « Une chape de plombm’a quitté » Jean Monbourquette pensait avoir fait le deuil de son père. Il s’est aperçu des années plus tard qu’il n’en était rien... de thérapie. Appréciant le savoir-faire de l’animateur du groupe, j’ai décidé de jouer la période de la mort de mon père que j’avais mal vécue. J’ai choisi un père substitut et l’animateur m’a introduit dans le jeu de rôle en me disant que mon père allait mourir et il m’a invité à lui révéler tout ce j’aurais voulu lui dire avant sa mort. Je lui ai exprimé mon affection, dévoilé mon appel au sacerdoce, fais mes adieux en l’embrassant. Là, j’ai fondu en larmes, au point que l’animateur ne savait plus quoi faire avec moi. Ma tristesse et mes pleurs avaient une fraîcheur comme si mon père venait de mourir… Ma thérapie continua le lendemain ; j’étais moulu, exténué et bouleversé. Et puis, j’ai senti qu’une chape de plombme quittait, ma dépression s’envolait. J’étais libéré ! J’ai compris que je venais de découvrir mon champ d’action professionnel. C’était mon initiation à ma vocation d’accompagnement des endeuillés. a plainpicture/Design Pics



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