L'1visible n°18 septembre 2011
L'1visible n°18 septembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de septembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 13,9 Mo

  • Dans ce numéro : communiquer sans violence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 PSYCHOLOGIE xw n°18 septembre 2011 La Communication non violente DR Thomas d’Ansembourg Il a été avocat, puis consultant juridique en entreprise pendant 15 ans et responsable d’une association de jeunes en difficulté pendant 10 ans. Depuis 1994, il travaille comme psychothérapeute, consultant en relations humaines et formateur certifié en Communication Consciente et Non Violente. Il anime des conférences illustrées de jeux de rôle et des ateliers de transformation et d’éveil. PAROLE DE SAGESSE « Aime ton prochain comme toi-même. » (Marc 12, 31) Pour tenter de prendre soin de l’humain devant nous, nous avons besoin de connaître et d’aimer l’humain en nous. Si nous prenons soin de l’autre en nous négligeant ou en nous divisant, nous ajoutons à la négligence et à la division qui sévissent dans le monde. a Art de vivre. La Communication non violente est un outil qui nous aide à créer des relations harmonieuses et constructives. En nous apprenant à être en vérité, elle nous permet d’être bienveillants avec les autres et de leur inspirer de faire de même avec nous. Il y a plus de 17 ans, j’ai été bien surpris lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de « communication non violente ». Je m’occupais alors de jeunes de la rue comme bénévole dans une association, parallèlement à mon métier d’avocat. Pour moi la violence s’enclenchait quand il n’y avait plus de communication. Cette appellation, la Communication non violente (CNV), me faisait tout à coup réaliser combien nos modes de communication les plus habituels sont truffés de mécanismes violents. Mais nous ne les voyons pas parce qu’ils sont imbriqués dans nos automatismes. La CNV m’a ouvert les yeux, en m’apprenant à ne plus confondre ma nature avec ma culture et mes habitudes. TOUS LES MÊMES BESOINS Le fondateur de la CNV, le docteur en psychologie clinique Marshall Rosenberg - avec qui je me suis formé –, a consacré sa vie à l’accompagnement des personnes. La CNV s’ancre dans plusieurs constats. Tous les humains tentent de prendre soin de leurs besoins fondamentaux, en commençant par la base (survie, sécurité, appartenance, reconnaissance, etc.) jusqu’au sommet (liberté, responsabilité, sens, transcendance, sacré, etc.). Nous avons tous, par nature, les mêmes besoins fondamentaux. Ce qui nous différencie, c’est notre culture : nous n’avons pas forcément les mêmes priorités et ne recourons pas aux mêmes stratégies pour prendre soin de nos besoins. Aussi, lorsque nous ne parvenons pas à comprendre nos besoins, à les reconnaître et à les exprimer, ni à comprendre les besoins des autres, à les reconnaître et à chercher une solution négociée, nous sommes déçus, découragés ou en rage. Ce qui amène, tôt ou tard, la violence envers soi ou envers l’autre. En effet, nos éducations nous ont rarement donné les clés de la vie intérieure : écoute et empathie pour soi, présence à soi, conscience et discernement. Elles nous ont souvent tirés hors de nous en privilégiant notre formation intellectuelle et les choses à faire. PRATIQUER LA CNV La Communication non violente est un processus – et non une recette – qui demande de la rigueur, de la patience et de la détermination. Il s’ancre dans les quatre étapes suivantes. - L’observation : nous réagissons toujours à quelque chose qui est dit ou pas dit, fait ou pas fait, qui arrive ou qui n’arrive pas. C’est la situation ou l’observation. Dans notre culture nous sommes prompts à juger, à interpréter et catégoriser en fonction du peu que nous avons vu ou entendu. Ce faisant, nous sommes en rapport avec la réalité non pas telle qu’elle est mais telle que nous craignons qu’elle soit. Nous aurons plus de chance d’obtenir écoute et collaboration si nous observons la situation sans la juger ni juger la personne, juste en nommant les faits. - Les sentiments : par nature les humains sont des êtres de ressentis. Toutefois, par leur culture, beaucoup se sont coupés de leur ressenti, ce qui est largement le cas dans la nôtre, très rationnelle et cartésienne, attachée à l’analyse et à l’argumentation : qui a tort-qui a raison. Beaucoup diront plus facilement : « Le problème avec toi, c’est qu’on ne peut pas compter sur toi », au lieu de dire : « Je me sens en colère et épuisé parce que j’ai besoin d’aide. » LEXIQUE Écoute active C’est un art que d’écouter l’autre « au bon endroit », là où il est et non là où nous aimerions qu’il soit, sans nous mélanger à lui. L’écoute active consiste à nous désencombrer un moment de nous-même pour rester présent à ce que l’autre vit, en le rejoignant bien sûr par le regard et l’attention et par une reformulation verbale qui témoigne de l’empathie, c’est-à-dire de la présence. Cette qualité d’écoute a deux intentions : vérifier si je comprends bien l’autre (et ne suis pas parti dans mes interprétations personnelles) et vérifier si l’autre se sent bien compris. Elle ne comporte ni jugement, ni conseil, ni tentative de solution, et se fonde sur la confiance dans le discernement de l’autre et le pouvoir de la présence partagée. Or il y a bien plus de chance que l’autre entende et prenne soin de mon besoin d’aide si je l’exprime clairement que si je le traite d’égoïste. Les sentiments sont utiles : agréables, ils informent des besoins satisfaits ; désagréables, ils informent des besoins insatisfaits. Ils sont donc des clignotants sur notre tableau de bord intérieur. Aucun sentiment n’est négatif - pas même la colère ou l’impuissance - puisqu’en
n°18 septembre 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 Nos modes de communication sont pleins de mécanismes violents Lorsque nous ne parvenons pas à comprendre nos besoins ni ceux des autres et à chercher une solution négociée, nous sommes déçus, découragés ou en rage. nous informant sur nos besoins, ils nous permettent d’agir, de demander plus clairement (et en vérifiant ce que l’autre a compris de ma demande), de transformer, d’accepter ou de lâcher. - Les besoins : si nous sommes déjà bien coupés de nos sentiments, nous le sommes la plupart du temps encore plus de nos besoins. Nos éducations nous ont fait croire qu’il ne faut pas s’occuper de ses besoins mais de ceux des autres. L’intention est généreuse, mais l’effet désastreux : comment puis-je mesurer le besoin d’écoute de l’autre si je ne m’écoute jamais ? Comment puis-je être attentif aux besoins d’attention ou de reconnaissance de l’autre, si je ne m’apporte à moi-même ni attention ni reconnaissance ? Comment puis-je écouter l’autre dans sa colère ou sa tristesse avec empathie si je ne suis pas moi-même capable de sonder ma tristesse et ma colère ? a a a TÉMOIGNAGE « Je ne m’appelle pas dépêche-toi ! » Catherine a 42 ans, elle est mère de 3 enfants. En apprenant la Communication non violente, sa relation avec eux a changé. Il y a quelques mois, mon fils de 7 ans s’est retourné et planté devant moi et m’a lâché : « Maman, je ne m’appelle pas dépêche-toi ! » Devant un tel aplombet une telle lucidité, je me suis effondrée. Je croyais tout bien faire pour être une bonne mère. Je ne voyais pas combien, hébétée par une course à tout bien faire, j’avais oublié d’être, et d’être en relation. La logistique et l’intendance de la vie quotidienne avaient pris le pas sur la qualité de la relation. Une session de CNV consacrée à notre rapport au temps m’a ouvert les yeux et particulièrement ce thèmeci : la relation d’abord, l’intendance suivra. Cette session m’a fait comprendre qu’il était vain d’espérer une relation non violente avec moi-même et avec l’autre tant que j’entretenais une relation violente avec le temps, puisque celui-ci est une condition de base de mon existence… Avant, je n’avais aucune clé pour comprendre que je générais le contraire même de ce que je voulais. En me croyant « pressée par le temps », je mettais la pression sur mon garçon et j’obtenais sa fuite ou son opposition systématique. J’ai enfin appris à être en relation vraie avec lui, et non plus dans un jeu de rôle épuisant et souvent infernal. Et pour ça j’ai dû apprendre à être en relation vraie avec moi, c’est dire si j’ai dû me remettre en question, moi qui étais si coincée dans mon personnage. a 20 les éditions Albert René/Goscinny - Uderzo



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