L'1visible n°15 mai 2011
L'1visible n°15 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 12 Mo

  • Dans ce numéro : 24 heures avec le curé des loubards.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 PSYCHOLOGIE xw n°15 mai 2011 La culpabilité : comment en sortir ? DR Bernard Dubois Ce pédiatre est le fondateur des sessions de guérison intérieure Agapè. Il est l’auteur de Guérir en famille et La libération intérieure. PAROLE DE SAGESSE « Ne livre pas ton âme à la tristesse, et ne t’afflige pas toi-même avec tes pensées. La gaieté du cœur, voilà la vie de l’homme » (Si 30, 21-22). « Venez et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine » (Es 1, 18). a Bien vivre. Vraie ou fausse culpabilité : celui qui se sait ou qui se sent coupable a besoin de retrouver la paix du cœur. Passer de la culpabilité au pardon est essentiel dans nos vies pour vivre de bonnes relations avec nos proches. François, 65 ans, se reproche le suicide de sa femme parce qu’il s’est disputé la veille avec elle. Julie, 32 ans, ne réussit plus à vivre en paix après un avortement. Christiane, 49 ans, ne se pardonne pas l’échec de sa vie conjugale... Être coupable ou se sentir coupable : qui n’a pas tour à tour vécu l’un ou l’autre état ? Le sentiment de culpabilité est la honte de ce que je suis. Il se manifeste de manières très diverses, selon les personnes. Certains éprouvent des difficultés à prendre du temps pour eux ; transforment le bonheur en malheur ; s’accablent de reproches, se croient responsables des conflits de leurs proches ; n’acceptent pas les compliments ; se sentent insécurisés face aux autres ; font preuve d’un altruisme sans borne en s’oubliant eux-mêmes, etc. Ce sentiment semble souvent bénin vu de l’extérieur. Pourtant, il peut altérer la joie de vivre de celui qui l’éprouve. Pour s’en libérer, il est nécessaire de bien le comprendre. En effet, ce sentiment est le plus souvent sans lien avec la conscience d’une faute objective. Il porte davantage sur la valeur même de notre être. Comment se manifeste-t-il ? Par un ressenti de honte, d’indignité, qui traduit l’impression désagréable de ne pas être aimable, de ne pas être comme il faut. Nous nous sentons coupables, sans savoir pourquoi. C’est ce qu’on appelle la fausse culpabilité. Elle se traduit par une auto-dévalorisation, un complexe d’infériorité, une timidité, un manque de confiance en soi. D’où vient ce sentiment ? Des premières années de la vie, avant l’émer- gence de la conscience. Il est survenu à la suite de traumatismes ou de séparations trop brutales pour l’enfant. Il est d’autant plus intense que le lien affectif en cause était fort et que la blessure a été précoce, répétée, durable. Il est renforcé par les épreuves de la vie (rejet, chômage, humiliation, agression, divorce, etc.). MANQUE DE CONFIANCE Pour faire face au manque de confiance en soi provoqué par ce sentiment de culpabilité latent, l’individu provoque certains comportements défensifs qui tentent d’améliorer l’image de soi. Objectif : être plus aimable et attirer l’affection de l’entourage. Ainsi, se mettra en place une tendance au légalisme (pour être irréprochable devant la loi) ou au perfectionnisme (pour être parfait aux yeux des autres), etc. Prendre conscience à l’âge adulte de cette tendance de fond qui guide inconsciemment les comportements permet de devenir vraiment acteur de sa vie : la personne peut désormais choisir de continuer à se positionner comme victime des autres ou, au contraire, assumer ses actes. Mais cela n’est possible qu’en exprimant notre souffrance, notre honte et notre angoisse, qui sèment un doute perfide sur la valeur inaltérable de notre personne. Il est fondamental de se rappeler aussi que nos actes, s’ils nous culpabilisent, ne résument jamais notre personne. Ce que je fais ne peut pas définir ce que je suis. Il faut dissocier la personne de ses actes, la déculpabiliser dans ce qu’elle est tout en la responsabilisant dans ce qu’elle fait (par l’aveu). De cette manière, elle grandit dans la vérité et LEXIQUE Le scrupule est un doute, une hésitation par crainte de commettre une faute. Il est inspiré par une conscience très délicate ou mal éclairée qui exagère le mal ou le fait voir là où il n’est pas. Le remords (« se mordre à nouveau ») est une vive douleur morale causée par la conscience d’avoir mal agi, qui accuse et condamne. Le repentir est un sentiment de vif regret d’avoir fait (ou de n’avoir pas fait) une chose, avec le désir de la réparer, de s’en corriger et de ne plus la commettre. Le péché est une transgression consciente et volontaire de la loi divine. la liberté. Elle retrouve sa dignité humaine. En travaillant à une juste estime de soi-même et de sa valeur. Cela sous-entend une certaine réconciliation intérieure, un pardon envers soi-même, par lequel nous renonçons à casser nos élans de vie, à nous complaire dans l’échec. PLAIDER COUPABLE La vraie culpabilité, quant à elle, est la honte de ce que j’ai fait objectivement. C’est notre conscience qui peut nous éclairer sur la valeur de nos actes, distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est bon de ce qui est mau-
Petrified Collection/Getty n°15 mai 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 Le sentiment de culpabilité est le plus souvent sans lien avec la conscience d’une faute objective. vais, ce qui donne vie ou mort, ce qui est bien ou mal, ce qui est juste ou injuste, permis ou interdit. C’est la « conscience de raison ». Elle s’appuie sur notre intelligence et nous permet de juger des situations, de discerner. Si nous passons outre ses conseils et commettons volontairement une injustice, elle nous aiguillonne, nous inquiète en nous faisant des reproches parce que notre action n’a pas été dans le sens de la loi intérieure inscrite dans notre cœur et explicitée dans la plupart des grandes traditions humaines. Par exemple : tu ne feras pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu quitteras ton père et ta mère (interdit de l’inceste). Cette loi intérieure est influencée pour une part par notre milieu éducatif et socioculturel. Elle peut aussi être obscurcie par de mauvaises habitudes, voire a a a TÉMOIGNAGE « Elle m’a tuée ! » Claire a été adoptée. Elle porte en elle un fort sentiment de culpabilité lié à son histoire. Elle en a gardé un regard très négatif sur elle-même. Claire, abandonnée à la naissance, a été adoptée à l’âge de deux ans. Un jour, à 4 ans, elle montre un dessin à sa mère en lui donnant l’explication suivante : « C’est une maman ! Elle a un bébé dans son ventre. Il est tout couvert de sang. La maman est vilaine. Elle lui donne des coups de pieds. Elle le tape et lui crache dessus. Mais le bébé, il est très gentil, tu sais ! » Et elle frappe le dessin en répétant : « Elle est vilaine ! elle est vilaine ! » Sa mère intervient : Être coupable ou se sentir coupable ? « Et le bébé ? on le frappe aussi ? » - « Ah non ! Il n’a rien fait de mal ! » dit-elle en protégeant l’enfant de la main. Claire ne savait pas qu’elle avait été conçue dans la violence et non désirée. Ses parents le savaient par la DASS mais ne lui avaient rien dit en dehors de son adoption. Or, Claire semblait manifester par ce dessin qu’elle savait tout, comme si elle avait perçu, inutero, le drame qu’elle avait vécu avec sa maman naturelle. Elle en gardait l’impression d’être souillée. Huit jours plus tard, devant un autre dessin, tandis que sa mère lui demande : « Crois-tu que le petit bébé peut pardonner à sa maman ? », elle répond immédiatement : « Ah non ! » – « Pourquoi ? » – « Parce qu’elle m’a tuée ! » Elle venait d’exprimer, à la première personne, ce qu’elle allait progressivement conscientiser grâce au langage symbolique du dessin. Aujourd’hui, cette jeune fille a 26 ans et s’est libérée de ce sentiment de culpabilité diffus. a Getty



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