L'1visible n°14 avril 2011
L'1visible n°14 avril 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de avril 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 12,7 Mo

  • Dans ce numéro : 24 heures avec les Bâtisseurs d'espérance.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 PSYCHOLOGIE xw n°14 avril 2011 Bienvenue sur la planète ado DRFP/Odile Jacob Aldo Naouri Ce pédiatre passionné exerce la médecine d'enfants depuis 40 ans. Il s'intéresse tant à leur santé physique qu'à leur équilibre psycho-affectif, ainsi qu'à la famille qui les fait grandir et à la société dans laquelle ils vivent. Il a écrit de nombreux articles et ouvrages très appréciés du grand public. À la retraite depuis 2002, il donne des conférences et participe à des colloques. PAROLE DE SAGESSE Crise d'ado ? « Un homme avait deux fils. le plus jeune dit à son père : "Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient." Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. » (Luc 15, 11-15) À l'adolescence, les jeunes sont souvent tentés de vivre par anticipation une vie d'adulte, en jouissant de tous les avantages qu'elle présente, sans avoir suffisamment de maturité pour y faire face. a Éducation. Avoir un adolescent à la maison n’est souvent pas une étape très confortable. Pourtant, cette période tumultueuse est essentielle dans la croissance vers l’âge adulte. Pour bien la vivre, il faut en comprendre les racines et les clés. Portes qui claquent, violence, susceptibilité, imprévisibilité des comportements, éclats de voix, bouderie, etc. L’adolescence est souvent une période inconfortable pour l’entourage. L’adolescent vit en effet dans un état d’« entredeux » : entre l’enfance - dont il est chassé - et l’âge adulte - auquel il n’a pas envie d’accéder. Il se déclare incompris et récuse la compétence ou les positions des adultes, parce qu’il prétend savoir tout sur tout et avoir droit à tout. Au point que ses parents ne le comprennent ni ne savent comment le prendre. Pourtant il est bien leur ancien enfant. Or, c’est dans l’enfance que se trouvent les racines, les bases et les clés de l’adolescence : ce qui n’a pas été réglé dans la petite enfance revient en force à cet âge-là et demande à être définitivement résolu. En effet le processus d’éducation est achevé à trois ans et se parachève les trois années suivantes. Les choses restent ensuite en sommeil et rejaillissent… à l’adolescence. Si cette période est parfois si violente, c’est qu’elle produit l’effet de l’huile jetée sur le feu des lacunes de l’enfance ! Les adolescents sans problème que j’ai rencontrés ont bénéficié dans leur petite enfance d’une éducation de qualité, alors que le plus grand nombre, qui erre à la recherche d’une solution à son état, a été mal sinon pas éduqué. Cette éducation doit apprendre très tôt à l’enfant à maîtriser la violence des pulsions naturelles qui l’assaillent, à gérer du mieux possible l’angoisse de mort qui le saisit vers la fin de la première année et à renoncer à l’exercice de la toute-puissance qu’il croit devoir opposer à celle qu’il attribue à sa mère. Mais cette éducation ne peut se mettre en place que lorsque sont respectées la différence générationnelle - l’enfant étant mis à sa place et non pas au sommet de la pyramide familiale, ainsi que la différence sexuelle, les places, et les fonctions de la mère et du père. FRUSTRATION Ce processus d’éducation repose essentiellement sur la frustration : il s’agit de faire admettre à l’enfant que « Dans la vie, on ne peut pas tout avoir », au lieu de le laisser croire qu’il « a droit à tout ». Cette frustration se met en place par le père : il est le tiers séparateur. C’est lui qui brise en effet la connivence fusionnelle du duo mère-enfant, en faisant de la mère, sa femme. Ce qui revient à faire d’elle une mère à 50% et une femme à 50%. Ce qui n’est pas si simple car la mère concèderait bien 10% à sa féminité tant elle préférerait être à 90% dans la maternité. La frustration, mise en place par l’initiative égoïste du père, va permettre à l’enfant de repérer sa place dans l’espace et dans le temps. Ce qui va très progressivement l’accoutumer à son sort de mortel. En acceptant de se priver de la satisfaction immédiate de ses besoins en les fantasmant, l’enfant peut accepter la réalité du monde : il sait qu’il n’en est pas le centre, il s’habitue à la hiérarchie, aux limites à respecter, ce qui le rassure et lui fait comprendre qu’il a sa place à conquérir. Cela développe son sens de l’effort. Si ce processus éducatif est bien mis en place, cela le rassure et l’aide à se construire. Il devient un adolescent serein. Au contraire, celui dont la toute-puissance infantile n’a pas été jugulée, risque de vivre à l’adolescence, et LEXIQUE Violence Ce mot signifie force (vis, en latin). C’est une force nouvelle qui naît à l’adolescence. Elle a une fonction précise : des jambes immenses et un torse haut sont des réminiscences de nos ancêtres, à l’époque lointaine où le jeune hominien avait besoin de courir vite pour traverser les distances et affronter les forces hostiles, afin de survivre et de trouver sa partenaire sexuelle. Cela explique l’intensité et la brutalité de la survenue de la violence adolescente. Elle manifeste un processus de défense qui n’a plus de raison d’être aujourd’hui. encore plus à l’âge adulte, dans l’angoisse, l’individualisme et l’obsession. Or depuis quatre décennies on est dans le contraire d’un processus éducatif. Les parents vivent dans le mythe du parent parfait. Ils ont peur que leur enfant ne les aime pas, ils compensent leur manque de disponibilité et font tout pour qu’il n’ait rien à leur reprocher. Au point qu’ils installent une relation horizontale et démocratique parentsenfants, au lieu de l’indispensable relation transgénérationnelle et verticale. Ils font de l’enfant le centre du monde, ne lui mettent pas de limites et acceptent tout. L’enfant développe alors un sentiment de toute puissance auquel il ne renoncera plus et qui, dans la
n°14 avril 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 Le marketing a très bien compris le fonctionnement de la planète ado. mesure où il le sait illusoire, va développer en lui une grande angoisse. Éduquer ainsi ses enfants revient, selon moi, à de la maltraitance. En effet, j’en constate les dégâts : violence, sens de l’effort perdu entraînant de graves retards (40% des enfants de 6 e ne maîtrisent ni le français ni le calcul). Ce que confirme la multiplication des disciplines de rattrapage : orthophonie, psychomotricité, etc. Par ailleurs, cela retarde l’accès de l’adolescent à l’autonomie. Au début du XX e siècle, après une enfance longue, on était adolescent vers 16-17 ans pour les filles et 17-19 ans pour les garçons. À peine les jeunes gens ressentaient-ils la violence de leurs pulsions, en particulier génitales, qu'ils avaient à leur portée tous les moyens de l’assumer : ils entraient sur le marché du travail, se mariaient et devenaient autonomes très vite. a a a TÉMOIGNAGE « Chez vous, j'étais rassuré » De nombreux adolescents sont venus voir le docteur Aldo Naouri en consultation. Les fruits de ces entretiens étaient parfois inattendus. MonsieurC. mesure 1m95 et doit peser dans les 90 kilos. C’est dire combien il est imposant. Et plus encore, dans la mesure où, n’ayant pas un poil sur le crâne, ses grands yeux bleu foncé ajoutent à l’impression de force et de détermination qui se dégagent de ses traits. Lesquels, je ne savais pas encore pourquoi, me semblent familiers. C’est lui qui me met sur la voie, me demandant avec un sourire timide si je me souviens de lui. Tout me Les adolescents combattent l’angoisse de l'entrée dans l'âge adulte par le phénomène du groupe revient alors. Je le connais en effet depuis sa naissance. Mais je ne l’ai pas revu depuis 28 ans ! J’apprends qu’il a une très belle situation, qu’il est marié et père de deux grands enfants. Il a un souci dont il ne sait pas quoi faire. Alors, il s’est souvenu que nous nous étions vus quelques temps au cours de son adolescence et que ça lui avait fait beaucoup de bien. Je m’en souviens aussi. Mais pas pour les mêmes raisons. Moi, il me désespérait. Parce que les séances se renouvelaient sans qu'il n’ouvre jamais la bouche. Si bien qu’un jour, ne supportant plus son silence, je les ai arrêtées. Très étonné par ce que j’apprends, je lui demande de m’en dire plus : « J’attendais nos rencontres avec impatience. Et de fait, ce que j’attendais, c’est votre sérénité. Elle a dû finir par me contaminer. Chez vous, j’étais rassuré. » J'ai compris qu'il suffisait de peu. a Getty



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