L'1visible n°13 mars 2011
L'1visible n°13 mars 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de mars 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 12,7 Mo

  • Dans ce numéro : Ganagobie, une abbaye en Proence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 PSYCHOLOGIE xw n°13 mars 2011 Les émotions : amies ou ennemies ? D.R. Christophe André Médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne (Paris) où il dirige une unité spécialisée dans le traitement des troubles anxieux et phobiques. Il enseigne à l'université ParisX. Il a rédigé de nombreux articles et ouvrages scientifiques. Il est aussi l’auteur de plusieurs livres à destination du grand public. Il est marié et père de trois filles. PAROLE DE SAGESSE Et Dieu s’est ému Toute la palette des émotions humaines, le Christ - vrai Dieu et vrai homme - les a vécues. La tristesse : « Quand il vit qu’elle pleurait (…) Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : ‘Où l’avez-vous déposé ?’Ils lui répondirent : ‘Viens-voir Seigneur.’Alors Jésus pleura. » (Jean 11, 35). « Il leur dit : ‘Mon âme est triste à en mourir’. » (Marc 14,32-34). La joie : « À ce moment, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » » (Luc 10,21). La colère : « Jésus entra dans le Temple, et il expulsa tous ceux qui vendaient (...) » (Matthieu 21, 12). L’angoisse : « Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean et commence à ressentir frayeur et angoisse. » (Mt 26, 37). a Connaissance de soi. Sans nos émotions, pas d’intuition, de motivation, ni d’impulsion pour agir. Mais sous leur emprise, peu de lucidité, de légéreté, de liberté. Si elles sont indispensables, elles nécessitent que nous les apprivoisions. Impossible de ne pas ressentir d’émotions. Tous les humains disposent d’une gamme d’émotions dites « fondamentales », innées et universelles. Elles remplissent chacune une fonction précise : la peur pour nous mobiliser, la colère pour intimider, la tristesse pour réfléchir… Seules leur expression et leur modulation dépendent de nous, pas leur survenue. Par ailleurs, les émotions fondamentales, intenses et brèves, ne sont pas ce que nous ressentons le plus fréquemment dans notre quotidien : les grandes frayeurs ou les grosses colères sont finalement (et heureusement) plutôt rares, et nous sommes plus souvent habités par des états émotionnels plus complexes mais non moins influents, comme les humeurs (bonnes ou mauvaises) ou les états d’âme (se sentir à la fois triste et heureux, par exemple, comme dans la nostalgie). « FAIRE SORTIR » SES ÉMOTIONS ? Il existe un mythe majeur en matière de gestion des émotions, celui de la vidange émotionnelle : il y aurait une nécessité d’exprimer ses émotions, selon le modèle de la cocotte-minute qui doit pouvoir évacuer le trop-plein de vapeur, faute de quoi elle explose. Cette « théorie naïve » est par exemple à la source des innombrables thérapies plus ou moins sauvages, encourageant les patients à exprimer de manière parfois violente (comme dans le cri primal) leurs émotions présentes, ou autrefois refoulées (et qui seraient à l’origine de leurs maux actuels). L’efficacité de ces thérapies de la « vidange émotionnelle » est loin d’être démontrée… Elle a aussi longtemps alimenté les thèses dites « cathartiques » : on pourrait faire baisser sa colère en se défoulant, de manière verbale (en criant) ou physique (en frappant). Toutes les données de la recherche montrent que les stratégies cathartiques entraînent en général l’effet inverse : une personne encouragée à frapper des objets après une frustration, se montrera plus encline à la violence lors d’une seconde frustration… De même, et bien que la parole soit une forme de vidange émotionnelle plus subtile, parler de sa tristesse peut, à la longue, écarter nos proches de nous (Des patients déprimés, l’entourage se met peu à peu à les éviter), après avoir au départ permis de recueillir de l’écoute et de la sollicitude. En réalité, les bénéfices de l'expression émotionnelle ne sont obtenus que dans des circonstances précises : être modulés, ponctuels, s’adresser à des interlocuteurs disponibles, partageant les mêmes références culturelles que nous, etc. PEUT-ON CONTRÔLER SES ÉMOTIONS ? Bien évidemment, pas de contrôle possible (ni souhaitable…) à 100%. Mais on peut canaliser leur expression : les spécialistes parlent de « régulation ». Un courant récent en psychothérapie insiste, en matière de régulation émotionnelle, sur la notion d’acceptation. Plutôt que de refuser l’expérience émotionnelle (chercher à chasser la tristesse, à nier la frustration ou l’envie, voire à ne LEXIQUE Ruminer Il y a deux grands risques avec nos émotions : l’explosion et la rumination. On se méfie souvent de l’explosion (les excès de colère, les bouffées de panique, les crises de désespoir) et pas assez de la rumination. Ruminer, c’est ressasser très -trop- longtemps, ce qui nous a déstabilisé et fait souffrir. C’est s’enliser dans la souffrance et la faire durer. Exemples : le ressentiment ou la rancune qui suivent un conflit, les inquiétudes à l’approche d’une situation délicate, l’auto-dévalorisation après un échec, etc. Nous croyons réfléchir alors que nous ressassons, de manière circulaire et stérile. pas savourer le bonheur), accepter pleinement ces expériences, qu’elles soient agréables ou non. Leur permettre d’être là, sans nous résumer à elles. Exemple : si je me sens triste à la suite d’un revers, accepter et accueillir cette tristesse, en prenant soin de ne pas plonger dans les deux écueils qui seraient, d’une part, d’en faire le socle de ruminations sans fin (me mettre à généraliser sur mon incompétence, mon sombre avenir, etc.) et, d’autre part, de vouloir l’écarter de ma conscience (en me changeant les idées dans le sport,
n°13 mars 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 Les émotions sont des signaux d’alarme efficaces L’intelligence émotionnelle, c’est faire un bon usage de nos émotions. l’alcool, les échanges sociaux, etc.). L’acceptation d’une émotion permet de la connecter à mes besoins : que me dit cette émotion de la satisfaction ou de la non-satisfaction de besoins importants pour moi ? Cela me permet aussi de réfléchir à ce que je peux faire : si je suis triste, c’est que quelque chose ne va pas, que je peux peut-être améliorer, soit la situation, soit ma sensibilité à la situation… De même, les bénéfices des émotions positives dans la régulation globale des émotions commencent à être assez largement étudiés. On sait que ressentir fréquemment des émotions positives est un facilitateur de bonne santé physique, de créativité, d’altruisme, d’auto-contrôle, et évidemment une composante importante du sentiment de bonheur. Toute la question est de savoir s’il est pos- a a a TÉMOIGNAGE « Ce qui se cachait sous ma colère… » Un jour, après une dispute avec sa femme, Pierre a réussi à changer sa colère contre elle… en tristesse. Une petite victoire sur ses émotions. « J’étais parti au bureau très en colère contre ma femme. Nous nous disputions beaucoup ces temps-ci, et je commençais à ruminer des idées de divorce. Après tout, je n’allais pas passer ma vie à supporter quelqu’un d’autoritaire et d’aussi mauvaise foi ! Alors je suis allé réfléchir et prier dans une église, sur le chemin de mon travail. J’ai essayé de réfléchir différemment. Et doucement, j’ai compris ce qui se cachait sous ma colère : de la tristesse. Ces disputes me rendaient triste au fond, même si je les recouvrais d’un manteau de colère, pour ne pas perdre la face (bizarrement, je trouvais que se sentir triste après une dispute, ce n’était pas viril) et pour moins souffrir. En acceptant de me sentir triste, je me tournais vers d’autres décisions que celles dictées par la colère : au lieu de vouloir une rupture, des excuses, au lieu de vouloir punir et gagner, je voulais me soulager et me réparer en empêchant que ça ne recommence. Et je pouvais comprendre le point de vue de ma femme, qui devait elle aussi être malheureuse dans son coin. La tristesse me rendait compréhensif, alors que la colère me rendait rigide et égoïste. Après avoir observé et démonté tous ces états d'âme, je ne les éprouvais plus. Je me sentais triste mais soulagé d’y voir plus clair. J’ai téléphoné à ma femme pour lui dire que j’étais désolé de notre dispute… » a Getty



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