L'1visible n°11 janvier 2011
L'1visible n°11 janvier 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de janvier 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : Roland Giraud... confession théâtrale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
8 D’ACCORD PAS D’ACCORD xw n°11 Janvier 2011 L’Église est-elle une invention des hommes ? Controverse. Pour beaucoup, L’Église est une gigantesque institution fondée par les premiers chrétiens, et non par le Christ. Mais pour les catholiques, c’est Jésus lui-même qui l’a voulue, afin de répandre son message. Depuis 2000 ans, les thèses s’affrontent. Débat entre Marc et le professeur Jean-Marie Salamito. 1 « Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Église qui est venue. » Cette phrase explique bien que l’Église est une invention humaine… Et pourtant c’est un prêtre qui l’a dite ! Vous faites allusion à Alfred Loisy (1857-1940), qui effectivement fut un prêtre et un savant. L’étonnant, c’est que cette fameuse phrase, dans le livre L’Évangile et l’Église (en 1902), signifie carrément le contraire de ce qu’on lui fait souvent dire ! Loisy affirmait la continuité entre le royaume et l’Église, il défendait le catholicisme avec des arguments historiques. Mais comme il a eu à l’époque des difficultés avec les autorités du Vatican, il a évolué vers une critique de l’Église. Et sa phrase, arrachée à son contexte, a pris a posteriori un sens opposé à son sens originel. 2Quand même, quand on lit les Évangiles, on voit bien que Jésus n’a jamais dit à Pierre : « Tu fonderas le Vatican, tu nommeras des cardinaux, etc. » ! En effet, les marbres du Vatican et la pourpre des cardinaux contrastent avec le personnage de Jésus, prédicateur itinérant. Mais celui-ci n’était pas un rêveur sans souci d’organisation. Il ne se contentait pas de parler aux foules et de laisser son message courir tout seul dans la tête des gens. Il s’est entouré de disciples et les a formés « en particulier » (Mc 4,34). Il les a choisis au nombre de douze, comme les douze tribus d’Israël, car il voulait rassembler autour de lui et d’eux tout le peuple juif. L’Église, c’est le rassemblement, l’assemblée de tous les croyants. Et le Christ en a confié la responsabilité à l’apôtre Simon-Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16,18). 3Oui, enfin, on sait bien que cette phrase a été ajoutée plus tard… Bien sûr, on peut discuter sans fin sur l’authenticité du « Tu es Pierre… » : il y a des arguments des deux côtés, et chaque spécialiste tranche selon ses préférences. En tout cas, une chose est sûre – parce que tous les textes du Nouveau Testament concordent sur ce point –, c’est que Jésus a donné à Simon le nom symbolique de Pierre. Il voulait dire par là que cet homme serait la pierre, le rocher sur lequel s’appuieraient les autres croyants. Jésus a créé une communauté structurée. « Voyez ce qu’est devenue l’Église avec ses ors et ses dogmes ! » Marc Plus habitué à lire Libé que la Bible, ce jeune retraité de la pub ne se reconnaît pas dans l’Église. Il trouve des réponses à ses questions dans toutes les émissions grand public de Mordillat et Prieur : Corpus Christi, L’origine du christianisme et L’Apocalypse. 4Une communauté, oui d’accord, mais regardez les premiers chrétiens, dont parlent les Actes des Apôtres : eux vivaient vraiment selon l’idéal du Christ, s’aimaient comme des frères… Aucun rapport avec ce qu’est devenue l’Église avec ses ors et ses dogmes ! Ne diabolisons pas l’Église et n’idéalisons pas les premiers chrétiens ! Dans la communauté initiale, il y avait déjà des fraudes (Ac 5,1-11) et des disputes (Ac 6,1). L’Église a toujours été composée de gens ordinaires, comme vous et moi d’ailleurs. Mais le plus frappant, à mes yeux d’historien, c’est qu’en quelques deux mille ans de christianisme il y a toujours eu des hommes et des femmes, éduqués dans l’Église, encouragés par l’Église, pour pratiquer la pauvreté volontaire et l’amour fraternel, à l’exemple de Jésus et des premiers croyants. Le message évangélique, relayé de génération en génération par cette Église institutionnelle – qui irrite tant notre époque avide d’indépendance – n’a jamais cessé de porter des fruits. Et, malgré tous leurs défauts, les papes ont su, le plus souvent, reconnaître la valeur de ces initiatives qui auraient pu les déranger. Par exemple, François d’Assise a été approuvé et encouragé dans sa vie de pauvreté par le pape Innocent III. Et de nos jours, qui défend la justice sociale plus fermement que Benoît XVI ? 5Les chrétiens ont peut-être gardé l’idéal du Christ, mais l’Église est devenue tellement importante qu’elle s’est liée au pouvoir politique. Après avoir été persécutée, elle s’est mise à persécuter à son tour. Ixene
Ixene n°11 Janvier 2011 xw D’ACCORD PAS D’ACCORD 9 L’ÉGLISE, UN GRAND PARADOXE ? La réalité de l’Église peut paraître de l’extérieur très paradoxale. Il est certain qu’elle est composée d’hommes qui commettent des péchés, malgré leur foi au Christ et qui souvent ne semblent pas à la hauteur de ce dont ils témoignent : l’amour absolu de Dieu. Mais dans le même temps, elle demeure sainte, en raison de sa mission : transmettre l’Évangile - la Parole de Dieu ; offrir les sacrements (baptême, mariage, etc.) qui perpétuent les gestes du Christ lui-même ; et conduire l’humanité vers cette vie éternelle que Dieu veut lui offrir. Ainsi sa sainteté ne lui vient pas d’elle-même mais de Dieu, quelles que soient les fautes des hommes qui la composent. a Oui, nous pouvons repérer dans l’histoire de nombreux exemples de compromissions des chrétiens et/ou des autorités ecclésiastiques avec des pouvoirs politiques en place. Remarquons toutefois deux choses : d’abord, nous pourrions trouver au moins autant d’exemples de papes, d’évêques, de prêtres et de laïcs, hommes et femmes, qui, pour défendre les pauvres et les faibles, ont résisté à des oppresseurs ; ensuite, c’est toujours le même Évangile qui a été annoncé, même quand ceux qui le proclamaient ne s’en montraient pas dignes. Il n’a jamais cessé de parvenir à celles et ceux qui voulaient bien le recevoir et le mettre en pratique. Et c’est exactement pour cela que ce message vous est connu, et qu’en son nom, vous pouvez critiquer l’Église. Parlerions-nous encore aujourd’hui de Jésus si, depuis deux millénaires, aucune institution ne s’était chargée de perpétuer son souvenir ? 6Il n’empêche. Jésus serait effaré, s’il revenait aujourd’hui, de voir comme son message a été récupéré et déformé. Lui, il prônait la liberté et l’amour. L’Église, quant à elle, s’est construite autour d’une morale castratrice. En clair : mieux vaut finalement suivre le Christ que l’Église. « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère. » Est-ce un pape qui a dit cela ? Non, c’est Jésus lui-même (Mt 5,28). Le prédicateur galiléen a-t-il donc inventé une « morale castratrice » ? Ne serait-ce pas plutôt que notre époque confond le bonheur et le plaisir, et ne sait plus très bien ce que c’est que l’amour ? Si l’Église dérange, c’est justement parce qu’elle empêche chacun de nous de se fabriquer une petite image individuelle de Jésus, sans rapport avec celui du Nouveau Testament – de ce Nouveau Testament dont l’Église, au cours des « Parlerions-nous encore de Jésus si aucune institution n’avait perpétué son souvenir ? » Jean-Marie Salamito Ancien élève de l’École normale supérieure, est professeur d’histoire du christianisme antique à la Sorbonne (Paris IV). Il est marié et père de trois filles. siècles, n’a jamais modifié le texte, et qu’il faut accepter de lire en entier. Oui, bien sûr, « mieux vaut suivre le Christ que l’Église » : l’Église n’est que la communauté de celles et ceux qui tentent de suivre le Christ. Un chrétien ne suit pas l’Église, il est dans l’Église. Et, en toute franchise, je pense que beaucoup de chrétiens d’aujourd’hui, comme aussi beaucoup de chrétiens d’hier, ressemblent beaucoup aux premiers chrétiens. L’histoire et l’actualité de l’Église regorgent de saints et de martyrs, célèbres ou obscurs. Au moment même où nous parlons, il y a dans le monde d’innombrables chrétiens qui aiment et imitent Jésus au milieu des brimades et des violences. Lorsque Jésus reviendra (permettez-moi de parler, cette fois, non plus en historien mais en croyant, et donc d’employer le futur), il trouvera beaucoup de gens qui, grâce au travail incessant de l’Église, auront gardé la pureté du message évangélique initial. a Cet article est réalisé à partir de vos questions et de vos objections ; écrivez-nous à redaction@l1visible.com - Les prochains thèmes seront : « Faut-il avoir peur de Dieu ? » et « L’Église est-elle machiste ? » Sommes-nous libres de croire ? rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde disponible en français, anglais, allemand, espagnol, italien, portugais AED, 29 rue du Louvre 78750 Mareil-Marly www.aed-france.org ALLER PLUS LOIN rapport au format numérique 15 € Commandez sur www.aed-france.org AED AIDE A L'ÉGLISE EN DÉTRESSE Partout où l’Église a besoin de nous LES CHEVALIERS DE L’APOCALYPSE : RÉPONSE À MM. PRIEUR ET MORDILLAT J.-M. Salamito, DDB/Lethielleux, 2009. LE DA VINCI CODE EXPLIQUÉ À SES LECTEURS Bernard Sesboué, Seuil, 2006.• tour d’horizon de 191 pays ouvrage de référence clair et exhaustif 6 langues• Incontournable ! Association catholique reconnue par le Saint-Siège. Membre associé du Conseil National de la Solidarité des Evêques de France



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :