L'1visible n°11 janvier 2011
L'1visible n°11 janvier 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de janvier 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : Roland Giraud... confession théâtrale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
10 PSYCHOLOGIE xw n°11 Janvier 2011 « Maman, ne me quitte pas ! » D.R. Bernadette Lemoine Psychologue, elle anime de nombreuses conférences en France et en Belgique pour mieux faire connaître l’angoisse de séparation. Elle a créé une association : Mieux connaître l’angoisse de séparation (MCAdS), qui forme des thérapeutes chrétiens prenant en compte l’angoisse de séparation dans la pratique de leur thérapie et organise à Paris et en province des formations pour les parents désireux d’apprendre à mieux aimer leurs enfants. PAROLE DE SAGESSE Prendre de la distance Dès les origines, la création a été réalisée par des séparations successives : la lumière des ténèbres, la terre ferme de la mer, le luminaire du jour des luminaires de la nuit, etc. Du tohu-bohu initial sont sortis vie, ordre et différentiation. Ainsi dans chacune de nos histoires personnelles, si nous commençons à grandir à partir de nos attachements, il nous faut prendre ensuite de la distance, nous séparer pour devenir adulte, savoir qui nous sommes et suivre notre chemin propre. La Bible nous le dit : « L’homme quittera son père et sa mère » (Gen 2, 24) et « Yahvé dit à Abram : ‘quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai. » (Gen 12, 1). Prendre possession de « son pays » permet la fécondité. a Éducation. Beaucoup d’enfants souffrent de troubles : mauvais sommeil, problèmes de comportement, énurésie, etc. Ils ne sont souvent que les signes d’un mal plus profond : l’angoisse de séparation. Celle-ci provient d’une séparation mal vécue. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille dans le monde merveilleux des enfants. Beaucoup d’entre eux souffrent de troubles qui peuvent parfois devenir de vrais handicaps à une vie normale : pour eux et pour leurs parents. Les plus fréquents sont les troubles du sommeil et du comportement (mauvaises relations familiales avec les parents, la fratrie ou les personnes extérieures). Mais l’enfant peut aussi ressentir tristesse, grande insatisfaction permanente, manque d’envie de grandir et régression, mal-être, passivité ou incapacité à se séparer des parents (il ne peut pas aller dormir chez des amis ou dans la famille, partir en classe verte, etc.). Dans la plupart des cas, ces troubles ont une cause commune : je l’ai nommée « l’angoisse de séparation ». La petite enfance est jalonnée de séparations, depuis la première, celle de la naissance. Elles sont normales et nous paraissent, à nous adultes, anodines et sans conséquences. Pourtant, de manière irrationnelle, certaines de ces séparations - même brèves - peuvent être vécues de manière dramatique par l’enfant jusqu’à trois ou quatre ans, et même audelà. Il ressent une véritable angoisse de mort. Cette séparation, vécue trop tôt, mal préparée ou trop longue, est perçue par l’enfant comme un abandon. Abandon qui lui fait croire à une menace de mort. À partir du moment où l’enfant a éprouvé cette peur, il vit avec la crainte qu’un tel événement se repro- duise. Cette angoisse est bien sûr une réaction irrationnelle et disproportionnée. Mais l’enfant en garde une trace profonde et a peur ensuite de toute nouvelle séparation, si normale soit-elle. LES SÉPARATIONS QUI BLESSENT L’enfant peut être blessé par de nombreuses formes de séparations. Par exemple : séparation par nécessité médicale après la naissance (enfant mis en couveuse, en particulier) ; nourrisson confié trop tôt à une garde ; enfant confié ou laissé seul pendant son sommeil sans avoir été prévenu ; hospitalisation de l’enfant ou d’un parent (surtout si c’est la mère), absence prolongée de celle-ci avant un an ; brusque changement de garde, etc. La naissance de l’enfant suivant est aussi souvent vécue comme une séparation d’avec la mère, et peut également entraîner des troubles du comportement ou du sommeil, voire une régression de l’enfant. Jusqu’à trois ans, c’est l’absence de la mère qui comporte le plus de risques, en raison de son importance primordiale dans la construction de l’enfant. Ensuite, les troubles liés à l’absence du père peuvent davantage survenir. L’ÂGE DE RAISON À partir de l’âge de raison (vers sept ans), l’enfant peut souffrir d’une séparation mais il est désormais capable de mieux la comprendre et si les séparations précédentes ont été bien vécues, cela ne risque pas de provoquer une angoisse de mort. LEXIQUE La conscience d’amour En même temps que nous recevons la vie, nous faisons l’expérience d’un Amour parfait qui s’imprime profondément et définitivement en nous, quelles que soient les circonstances de notre conception. Grâce à cette expérience primordiale, nous devenons sensibles à tout ce qui est dans l’ordre de l’amour et conscients de l’amour que nous recevons de nos proches. Nous nous sentons bien quand nous nous sentons aimés. Nous souffrons lorsque nous ne sommes pas ou mal aimés. Nous gardons la nostalgie d’un « toujours plus » d’amour. Déjà inutero l’enfant peut ressentir de l’angoisse. Il ne s’agit pas d’une angoisse de séparation, puisqu’il est en symbiose avec sa mère. Mais de ce fait, il ressent tout ce qu’elle vit, donc tout manque vécu par elle : manque de repos, de sérénité, de joie, d’amour, etc. Or parce que sa première et unique expérience, faite au tout début de sa vie, est celle de l’Amour, le fœtus décode les manques importants vécus par sa mère comme étant des manques d’amour. Et ces manques supposés le fragilisent déjà. Les enfants dont l’angoisse de séparation n’est pas soignée, gran-
n°11 Janvier 2011 xw PSYCHOLOGIE 11 « Une séparation mal préparée peut faire croire à l’enfant qu’il a été abandonné » À partir du moment où il a éprouvé cette peur de l’abandon, l’enfant vit dans la crainte qu’un tel événement ne se reproduise. dissent avec et construisent des moyens de défense contre la souffrance. Les conséquences se retrouvent chez de nombreux adultes : en général, ce sont des personnes partiellement immatures sur le plan affectif, incapables de s’attacher, de construire des relations stables et de s’engager ; ou au contraire, des personnes qui ne supportent pas la solitude et qui la comblent de toutes les manières. Pour éviter d’en arriver là, il est important d’être à l’écoute des signes de l’angoisse de séparation chez l’enfant. Et quand ils sont décelés, de l’aider à guérir. DES MOTS SUR UN MAL Pour ce faire, le thérapeute reçoit l’enfant en entretien - toujours avec ses parents - et passe en revue toute l’histoire de sa vie, à la a a a TÉMOIGNAGE La nuit, tout le monde peut disparaître... Les parents de Bénédicte sont partis en vacances sans la prévenir pendant qu’elle dormait. Elle en a gardé un lourd traumatisme. Bénédicte, âgée de deux ans, est la petite dernière d’une famille nombreuse. Ses parents sont partis presque une semaine, avec le reste de la famille, quittant la maison à l’aube, et la laissant à la garde d’une jeune fille arrivée la veille, mais après le coucher de la petite. Quand Bénédicte s’est réveillée le matin, toute sa famille avait disparu. Elle n’avait pas été prévenue de cette absence et personne ne lui avait dit au revoir. Elle a souffert d’une terrible angoisse de séparation. À partir de ce moment-là, son sommeil a été très perturbé. Impossible de la coucher le soir. Chaque nuit, elle se réveillait cinq à six fois, se promenait dans toute la maison, se relevait après avoir été recouchée. Son entourage était épuisé. Il n’est pas difficile de comprendre la réaction de Bénédicte : c’est dangereux de dormir, puisque la nuit tout le monde peut disparaître, mieux vaut rester éveillée pour éviter tout abandon. Bien entendu, je lui ai expliqué les événements angoissants qu’elle avait vécus, en la rassurant sur la qualité de l’amour de ses parents, même s’ils avaient fait l’erreur de ne pas la prévenir. Elle pouvait désormais leur faire de nouveau confiance et dormir en toute sécurité. De leur côté, ses parents lui ont demandé pardon de l’avoir blessée. Son sommeil est très vite redevenu normal et Bénédicte a retrouvé la joie de vivre et de grandir. a CHARON P.E./URBA IMAGES SERVER



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :