L'1visible n°1 février 2010
L'1visible n°1 février 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de février 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Prodeo

  • Format : (219 x 288) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 9,3 Mo

  • Dans ce numéro : interview Michael Lonsdale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 CARNET DE VOYAGE n°01 Février 2010 À quelques kilomètres du Mont-Blanc, le col du Grand-Saint-Bernard est une frontière entre la Suisse et l’Italie. Col du Grand-Saint-Bernard Là-haut dans la montagne… Un flot de véhicules s’engouffre sous le tunnel du Grand- Saint-Bernard. C’est le passage le plus simple pour se rendre de la Suisse à l’Italie. Quant à moi, je préfère laisser ma voiture au pied de la montagne, côté Suisse, et attaquer la grande montée à ski de randonnée. Objectif : atteindre l’hospice mythique du Grand-Saint-Bernard, perché, depuis mille ans, à 2473 mètres d’altitude. À peine un pied dehors, le froid me saisit. Mon regard découvre un univers majestueux. La montagne se dresse face à moi, infranchissable. Dans ma mémoire, défile l’ombre des milliers de personnes qui, des siècles durant, ont cherché à passer de l’autre côté. Sur l’autre versant. Commerçants, militaires ou religieux, beaucoup n’en ont pas réchappé. S’ils n’étaient arrêtés par des brigands, ils pouvaient succomber de froid ou de fatigue. Sans parler de ceux qui se laissaient surprendre par une avalanche. C’est par compassion pour ces passants mis à rude épreuve qu’au XI e siècle, un homme se leva. Bernard de Menthon posait les jalons d’une communauté qui, depuis lors, n’a jamais renoncé à sa légendaire vocation d’accueil. À toute heure du jour et de la nuit, la porte de son hospice reste ouverte à tous. UN OCÉAN DE BLANCHEUR Je chausse mes skis de randonnée, et m’engage dans cette montée, assez douce au début. Dès les premiers pas, je me laisse prendre par le désert de rochers et de neige qui m’entoure. Les bruits de la civilisation s’effacent peu à peu, laissant place à un grand silence cotonneux. Doucement, je glisse sur cet océan de blancheur. Aucune végétation ne s’offre au regard. J’échappe à l’épreuve du brouillard qui, certains jours, peut barrer la vue à moins de deux mètres. Les guides les plus expérimentés le redoutent. Et même les chanoines qui pourtant connaissent par cœur ce chemin mille et une fois emprunté. Depuis 1000 ans, les religieux accueillent sans distinction tous ceux qui passent. Car dans le brouillard, tout se transforme en obstacle. Le danger rôde à chaque pas. Perdu, sans repère, on peut errer longuement. Pour l’heure, seul le bruit de ma respiration haletante rythme la montée. L’effort m’impose le silence. Je me recentre sur l’essentiel. La montagne, somptueuse, m’inspire respect et admiration. Je quitte peu à peu le tracé de la route où les voitures ne peuvent ANDREA ALBORNO par Laurence Meurville circuler qu’en été, pour monter encore le long d’une combe. Au dernier tiers du parcours, la silhouette massive de l’hospice se devine enfin à l’horizon. La perspective de l’arrivée décuple mon énergie. En franchissant la porte de l’immense bâtiment, je laisse dehors le silence de la montée et rejoins la ruche chatoyante des marcheurs rassemblés dans « le poêle », la salle à manger de l’hospice. La tradition est bien respectée : c’est par un bol de thé brûlant que l’on m’accueille. Les langues se délient joyeusement, des contacts se nouent naturellement. La communauté qui vit là toute l’année est constituée de Jacqueline et Frédéric, religieux, et des deux jeunes prêtres, José et Joseph, de la congrégation des chanoines du Saint-Bernard. Depuis 1000 ans, la communauté veille sur ces lieux, fidèle à l’intuition du fondateur. Accueillir, réconforter et accompagner les hommes et les femmes de leur temps. Être sur leur chemin des passeurs d’éternité… a
D. R. n°01 Février 2010 CARNET DE VOYAGE 17 INTERVIEW « C’est un autre monde » Joseph Voutaz, 35 ans, est rentré chez les chanoines du Saint-Bernard il y a quinze ans. Depuis l’été 2009, il est responsable de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. La vie ici n’est-elle pas trop rude ? Beaucoup moins rude que celle de nos prédécesseurs ! L’arrivée du chauffage a rendu la maison plus confortable. Et la rudesse est encore atténuée par un cadre naturel grandiose, la richesse de la vie en communauté et des rencontres. Comment se rythme votre année ? L’été, de juin à octobre, le col est très vivant. Quatre hôtels sont ouverts. En 2009, nous avons même eu le INSOLITE Dans les siècles passés, deux chanoines partaient chaque matin, accompagnés d’un saint-bernard, afin d’aller à la rencontre des voyageurs épuisés ou égarés et parfois même ensevelis sous une avalanche. Les chiens étaient envoyés en avant pour « battre le chemin ». Leur flair leur permettait de retrouver des personnes sous plusieurs mètres de neige. Aujourd’hui, les saint-bernard rejoignent la vallée en hiver. Mais chaque été, ils remontent à l’hospice où les attendent les chanoines et les nombreux visiteurs de passage. Tour de France ! Le col du Grand- Saint-Bernard est situé sur la via francigena : c’est une importante voie de pèlerinage qui permettait, au Moyen Âge, d’aller de Canterbury (en Angleterre) à Rome. Elle a été récemment remise en valeur et draine de nombreux marcheurs. À partir de novembre et jusqu’en avril, la route qui monte au col est fermée : c’est un autre monde... Nous voyons arriver des skieurs de randonnée ou des marcheurs en raquette. À l’hospice, nous avons environ 6000 nuitées par hiver… C’est considérable ! Et votre journée ? Chaque jour est fait d’alternance de « Accueillir celui qui passe, sans distinction d’âge, de race, de religion, le faire au nom du Christ, telle est notre raison d’être. » QUELQUES DATES 47 apr. J.-C. La route du col est pavée par les Romains IX e siècle La présence d’un premier monastère est mentionnée vers 812-820 au pied du col Vers 940 Le premier monastère est détruit lors d’incursions de Sarrasins XI e siècle Bernard, archidiacre d’Aoste, fonde, au sommet du col, POUR EN SAVOIR+ www.l visible.com l’hospice qui portera plus tard son nom. Il rattache sa communauté à l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin 1800 Le général Bonaparte, alors premier consul, franchit le col avec son armée établissant son Q.G. au Grand-Saint-Bernard 1964 Ouverture du tunnel routier INFOS PRATIQUES Hospice du Grand-St-Bernard CH-1945 Liddes Tél 0041 (0)27 787 12 36 www.gsbernard.net prière et d’activités diverses. Mais l’essentiel, c’est que nous soyons toujours prêts à nous laisser déranger par ceux qui arrivent. Une vie… à double versant ? Notre devise le dit : « Ici, le Christ est adoré et nourri. » Notre vocation est de prier et d’accueillir. Accueillir celui qui passe, sans distinction d’âge, de race, de religion, sans aucun jugement. Le faire au nom du Christ, telle est notre raison d’être. À LIRE Que vient-on chercher au Grand- Saint-Bernard ? Dans cet environnement tout à la fois râpeux, splendide et sauvage, on ne peut pas se mentir à soi-même. On se découvre et on peut aussi découvrir Dieu. Beaucoup cherchent une écoute attentive, l’occasion de partager avec d’autres et la joie de pouvoir déposer des poids trop lourds à porter. Comme Moïse sur la montagne, nous intercédons pour eux. Il y a quelque chose qui nous dépasse… a UN CŒUR DANS LES PIERRES, L’HOSPICE DU GRAND-SAINT-BERNARD AUJOURD’HUI Photos, Andrea Alborno, Textes, Pierre Rouyer, Éditions du Midi et du Grand-Saint-Bernard, 2009. AED - 29 rue du Louvre, 78750 Mareil-Marly www.aed-france.org



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