Junk Page n°29 déc 15/jan-fév 2016
Junk Page n°29 déc 15/jan-fév 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de déc 15/jan-fév 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Évidence Éditions

  • Format : (245 x 360) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : Eagles of Death Metal, vendredi 13 novembre 2015...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EXPOSITIONS Musicien, chanteur, peintre, Ablaye Thiossane a réalisé, depuis les années 1950, plus de deux mille dessins inspirés d’affiches de films. L’Artothèque de Pessac présente soixante-dix dessins et peintures issus de cette série qui se caractérise par une liberté tonifiante, condition indispensable à l’essor d’un enchantement poétique. CETTE ÉMOTION QUI FAIT LA DIFFÉRENCE Ablaye Thiossane est un passionné de cinéma. Connaisseur des multiples facettes d’une production cosmopolite, il voue une reconnaissance particulière aux classiques français  : « Le septième art m’a appris à lire, à écrire et à parler le français. » Né le 3 février 1936, à Thiès, son enfance est bercée par les airs traditionnels chantés par sa mère, Marinella de Tino Rossi, mais encore les standards américains, les chansons africaines, arabes et cubaines écoutés par son père, mélomane et peintre. Il pratique aussi le dessin dès l’adolescence. À quatorze ans, il commence à copier les affiches des films projetés au cinéma Le Palace, à Thiès, et constitue ainsi, au fil d’une vie, un ensemble d’une surprenante richesse  : « J’ai copié toute la série des Tarzan avec Johnny Weissmuller, Tarzan trouve un fils, Tarzan et la femmeléopard, Le Trésor de Tarzan… Puis, il y a eu Jean Gabin dans La Bandera, Michèle Morgan dans Fabiola, des films arabes avec Farid El Atrache, Samia Gamal et Nour El Houda, et aussi des affiches de films hindous comme Mangala, fille des Indes, des films japonais comme Godzilla avec Hiko Tani… » Il entame sa carrière de musicien en 1952, puis entre à l’École des Arts de Dakar en 1962. Deux ans plus tard, il monte le Thiossane Club, orchestre dont l’option est de valoriser le patrimoine musical sénégalais. Son titre Talene Lampe Yi est retenu en 1966 comme hymne radiophonique du Festival des Arts Nègres, organisé par Léopold Sédar Senghor, à Dakar. C’est le début de la reconnaissance. Pourtant, l’aventure s’arrête là  : Thiossane rejoint alors la manufacture de tapisserie de Thiès pour y être 18 JUNKPAGE 29/décembre 2015 peintre cartonnier et quitte la scène musicale. Après une longue traversée du désert, son premier album sort en 2011. L’exposition présentée à l’Artothèque de Pessac rassemble plusieurs dizaines de dessins et peintures appartenant à la série des affiches de films et prêtés par le collectionneur Florent Mazzoleni. Ce qui frappe, c’est d’abord l’abondance des sollicitations. Ablaye Thiossane ne semble pouvoir faire autrement que de tout collecter, tout conserver, avec une vigueur toujours plus vive. Il s’intéresse à tout et traite tout de manière identique  : séries B, nanars, navets, films cultes, de prestige, d’auteur, à budget important et réduit. Mais rien, chez lui, d’un besoin encyclopédique d’étiqueter et de classer ni du jeu enfantin de la collecte et du catalogue. Rien non plus de ressemblant à un système d’appropriation et de recyclage qui lancerait son fil dans une tapisserie infiniment complexe. Tout, ici, coule de source et se range sous le signe d’une poésie dont le jaillissement revigore par sa fraîcheur, sa candeur et son allégresse. Il suffit de s’y abandonner pour, d’emblée, se sentir en parfait accord avec elle. Plus que toute autre, cette poésie ignore non seulement la distinction entre culture populaire et culture savante, mais encore la distance qui sépare la réalité de l’imaginaire, le naturel de l’artificiel, l’évidence de l’énigme. Thiossane se fraye habilement un chemin à travers cette mémoire arborescente du cinéma et ce qu’elle apporte à la singulière modestie d’une vie ordinaire. Il reste d’une certaine manière fidèle à l’âge d’or de l’affiche de cinéma, ce temps où l’affiche entretenait encore la magie du cinéma. Elle n’était pas là pour annoncer, faire désirer le film, mais pour être à son image. Serge Daney dit que c’était le temps « des exploits graphiques, des tours de force stylistiques », et qu’il a duré « tant que les affichistes étaient aussi des dessinateurs et des portraitistes qui faisaient comme si la photographie n’était pas inventée ». Chez Thiossane, dessins et peintures sont avant tout des hommages. Il ne se situe donc ni dans la reproduction appliquée ni dans l’interprétation étincelante. Son image ne peut être dissociée de l’affiche, mais ne lui ressemble pas. Elle a quelque chose de plus et donc apporte une dimension supplémentaire, celle de l’émotion du spectateur. Et c’est cette émotion qui fait la différence. Il n’est pas inutile, pour en saisir toute la force, de rapprocher, sans pour autant vouloir les confondre, cette attitude de celle de Pierre Reverdy  : « Le propre du poète est de penser et de se penser en images […]. Sa faculté majeure est de discerner, dans les choses, des rapports justes mais non évidents qui, dans un rapprochement violent, seront susceptibles de produire, par un accord imprévu, une émotion que le spectacle des choses elles-mêmes serait incapable de nous donner. Et c’est par cette révélation d’un lien secret entre les choses, dont nous constatons que nous n’avions jusque-là qu’une connaissance imparfaite, que l’émotion spécifiquement poétique est obtenue. » Didier Arnaudet « Dessins », Ablaye Thiossane, jusqu’au samedi 5 mars 2016, Les arts au mur Artothèque, Pessac. www.lesartsaumur.com Ablaye Thiossane, A Thiossane Tarzan
II41.1 jr-i. Illeiellre -.. « à.. ii il 1 g II Ill ru Iii 10 1.11 e ill 10 I Imi ma II BI i i ad Mi mi 111 I. in Il el -Ir me I g Situées au cœur du secteur sauvegardé de la ville de Bordeaux, deux vitrines dédiées à l’art et à la recherche offrent une halte bienvenue sur le chemin tracé par les interminables linéaires de magasins de l’hypercentre. Crystal Palace, place du Parlement, et l’exposition « Stop City » aux Galeries Lafayette invitent badauds et consommateurs à la décélération, à la contemplation ou à la rencontre de la pensée en marche d’étudiants en art soucieux du devenir des villes contemporaines. L’ART EN DIRECT « La propriétaire du local de Crystal Palace, Anne-Marie Civilise, a voulu réserver cet espace à la diffusion de propositions artistiques contemporaines dans un contexte urbain environnant marqué par la patrimonialisation et l’omniprésence de commerces en tous genres » raconte Candice Pétrillo, directrice de projet pour l’association Zébra3, qui assure depuis juillet 2012 la direction artistique du lieu. D’emblée, le parti pris a été de garder l’espace clos pour donner à voir les œuvres uniquement depuis la rue et jouer ainsi avec les codes de la vitrine, espace hybride de monstration et de théâtralisation par excellence. « L’idée, ici, est de présenter des pièces qui entrent en résonnance avec l’espace public, qui interpellent. Il faut des œuvres faciles d’accès. » En deux ans et demi d’activité, le défi semble relevé avec dix-neuf expositions qui ont mis en avant des artistes confirmés ou émergents, nationaux ou internationaux, et donné à voir à chaque fois une œuvre unique, sculpture ou installation, jouant le plus souvent sur des effets visuels spectaculaires. Parmi les pièces qui ont su marquer les esprits, on se souvient de l’immense néon multicolore La réalité n’existe pas du collectif À la plage, du paysage sombre et tourmenté d’Irwin Marchal ou encore des champignons de Cyprien Chabert. Pour la dernière exposition de l’année, Zébra3 a souhaité proposer une œuvre forte et marquante. Ils ont invité pour cela en résidence la plasticienne américaine Adela Andea afin de produire une nouvelle pièce issue de son travail sculptural qui mêle le plus souvent néons et matériaux synthétiques dans des assemblages d’écosystèmes futuristes proliférant et hypercolorés. Quelques rues plus loin, à deux pas du tout nouveau mall à ciel ouvert inauguré en octobre dernier, les Galeries Lafayette quittent un temps leurs habits mercantiles, l’espace de quelques mètres carrés de vitrine rue Porte-Dijeaux et du deuxième étage du magasin, pour accueillir une exposition conçue dans le cadre du master Designs Mixtes/Mixted Designs de l’École d’enseignement supérieur d’art de Bordeaux. Intitulée « Stop City », en référence au célèbre projet « No Stop City » du mouvement radical italien Archizoom, cette exposition offre une restitution d’un programme de recherche éponyme qui s’intéresse à des modèles de « villes qui s’arrêtent ». La contamination, le conflit, l’argent, le séisme, l’incendie ou l’enceinte sont autant de notions autour desquelles ont été guidées les recherches des étudiants pour tenter d’analyser les transformations des villes contemporaines en proie à des phénomènes violents. Sortant du circuit possiblement fermé de l’École pour venir confronter le bilan de ces recherches à un flux urbain aléatoire, cette exposition propose une forme de rupture assez claire avec le rayonnage du magasin. Elle invite à un suspens actif, le temps d’un détour pour suivre des signes, des textes ou des images qui se heurtent aux données du présent, et nous rappellent à notre position au monde, à la ville et à son déploiement. AC « Lux Aeterna », Adela Andea, Crystal Palace, du jeudi 17 décembre au lundi 15 février 2016. www.zebra3.org « Stop City 4 — L’incendie et l’enceinte », Le Labo, Galeries Lafayette, jusqu’au mardi 5 janvier 2016. D. R. DANIEL BUREN AGNES VARDA INVADER XAVIER VEILHAN LESLIE WAYNE FAILE CLAIRE TABOURET ANDY WARHOL JACQUES MONORY I Institut Culturel eAernaetie_W,arej Bordeaux Exposition d'Automne Jusqu’au 6 mars 2016 ERMMMEPWWWIENWRE\*. D D LI CHEVALIER CLAUDE LÉVÊQUE H BENOIT MAIRE FERNAND LEGER MISS.TIC rer. r$, }$}}1,m, féss, Ouvert de 13h00 à 18h00 Nocturne le mardi jusqu’à 21h00 Fermé le mercredi et jeudi On ne vit pas à Bordeaux sans visiter les expositions du Château Labottière ! CHÂTEAU LABOTTIERE - 16 rue de Tivoli - 33000 Bordeaux www.institut-bernard-magrez.com - 05 56 81 72 77 Sous le mécénat du château Pape-Clément



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