Junk Page n°29 déc 15/jan-fév 2016
Junk Page n°29 déc 15/jan-fév 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de déc 15/jan-fév 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Évidence Éditions

  • Format : (245 x 360) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : Eagles of Death Metal, vendredi 13 novembre 2015...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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I EXPOSITIONS Sous le titre générique de « Peintres femmes », l’Institut culturel Bernard Magrez met à l’honneur le travail des plasticiennes Claire Tabouret, Muriel Rodolosse, Marion Bataillard, Li Chevalier et Leslie Wayne. Installée dans le grand salon, Muriel Rodolosse propose un accrochage de ses œuvres pensé autour d’un tableau monumental intitulé Centralia, la grande faille. Elle offre ici un regard lucide et inquiet sur l’état de la nature, sur l’action de l’homme, sa responsabilité et son impuissance face à ce legs irréparable. Propos recueillis par Anne Clark DE TERRE, DE CHARBON ET DE FEU Comment avez-vous abordé l’espace spectaculaire du grand salon du Château Labottière ? Ce salon classé est un salon bourgeois du xviii e siècle. J’ai choisi de ne pas nier ce lieu et de mettre en tension ses caractéristiques avec une proposition ultra-contemporaine qui concerne l’actualité et notre futur. L’exposition intègre l’idée du salon littéraire du siècle des Lumières où l’on aimait discuter et débattre des idées, terreau de la Révolution française, propice à l’élaboration d’une pensée de la modernité. Aujourd’hui, le tableau Centralia, la grande faille remplace la cheminée comme un immense brasier où se consument les utopies modernistes. Quelle est l’histoire de ce tableau très grand format ? Que représente-t-il ? L’abandon de l’exploitation des mines de charbon de la ville Centralia fit d’une de ses entrées une décharge publique. Pour des raisons encore incertaines, elle prit feu en 1962. Le taux de monoxyde de carbone augmentant, les habitants durent abandonner leurs maisons. Malgré d’importants efforts pour stopper le feu, la ville fut peu à peu détruite. Les géologues estiment que le feu des galeries souterraines devrait encore polluer pendant plus de deux cents ans. Ce tableau, créé en 2014, a été produit par le centre d’art contemporain Maison des arts Georges Pompidou. Il représente un cul-de-sac en feu. La terre, béante, se pose en constat et montre l’incapacité du pouvoir et de l’argent à enrayer la catastrophe. Impossible à attiser ou à éteindre, il est un lieu où flambent nos illusions. 16 JUNKPAGE 29/décembre 2015 « L’écologie comme l’art nous permettent de penser toutes les sciences, sans séparation, au cœur de la société. » Centralia, la grande faille comme le tableau Nature moderniste posent tous deux un regard critique sur l’action de l’homme sur la nature, sur son inquiétante irréversibilité ? Grâce à la technique, la modernité a lancé le projet de la domination de la nature par l’homme, il l’a exploitée. Aujourd’hui, la nature n’effraye plus par ce qu’elle est, par ses mystères ou ses dangers, mais parce que l’action humaine a perturbé ses équilibres. Nos conceptions ont changé. Nous sommes passés d’une permanence de la nature à une situation en constante perturbation. Cette instabilité montre que l’homme est piégé par sa propre puissance. L’exposition place Centralia, la grande faille face à l’entrée dans l’espace d’exposition au fond comme une voie sans issue. Le regardeur qui fait face à cette peinture ne peut que rebrousser chemin. Dans un autre tableau, vous faites référence à la sculpture de Jean de Bologne mettant en scène Hercule qui terrasse un centaure. Mais dans votre version les deux combattants ne font plus qu’un. La représentation de l’hybridité des êtres est une récurrence dans votre travail. Quel sens portet-elle ici ? Le monde est désenchanté. La figure de Hercule terrassant le centaure est la mise à mal des mythes fondateurs de notre civilisation. Dans ce tableau, la tête du centaure a été dissoute et Hercule prend sa place, le vainqueur devenant le vaincu. Ce n’est plus l’homme autocentré. Situant mes recherches dans un présent critique, au-delà d’une égalité des genres postmodernes, ce qui m’intéresse c’est de dire l’interdépendance. L’hybridation permet de dire combien la classification est autoritaire, arbitraire et théocratique. En déplaçant les genres, la nature des êtres et des éléments, les rapports d’échelle, je qualifie ma peinture de « non-taxinomiste ». Quelle place occupe la question écologique dans votre travail ? C’est mon terreau à la fois sensible et philosophique. En pensant une interdépendance des êtres vivants, nous nous débarrassons de l’environnement comme externalité. L’environnement est en nous, la nature est partout. L’écologie comme l’art nous permettent de penser toutes les sciences, sans séparation, au cœur de la société. Plus loin, le tableau Planque indécise, donnant à voir un fragment d’architecture dont l’épure moderniste contraste avec la présence à ses côtés de l’ombre du lustre central. Pourquoi avoir ainsi théâtralisé sa présence ? Chaque tableau est un argument d’une réflexion portée sur l’écologie. J’ai choisi de tendre temporellement l’exposition des temps modernes jusqu’à aujourd’hui. L’ombre portée du lustre du xviii e s’intègre au dispositif en affirmant sa présence et le mirage des images. La peinture affirme sa physicalité. « Peintres femmes », jusqu’au dimanche 6 mars 2016, Institut culturel Bernard Magrez. institut-bernard-magrez.com Muriel Rodolosse, Centralia, 2014.
À l’invitation de María Inés Rodríguez, l’artiste portugaise Leonor Antunes s’empare de la Nef du CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux. MÉTISSAGES VERNACULAIRES On le sait. L’invitation est aussi grisante que perfide. Beaucoup s’y sont d’ailleurs brisé les dents. S’emparer de la Nef du CAPC, c’est jongler avec l’amplitude d’un lieu emblématique, son imposante architecture et son histoire, celui d’un entrepôt exploité autrefois pour le stockage de denrées coloniales (sucre, café, cacao, coton, épices, oléagineux mais aussi certaines plantes utilisées pour le colorant et la teinture). Avec sa superficie de plusieurs centaines de mètres carrés, l’espace se positionne à mille lieues de la sobriété d’un white cube bâti expressément pour s’effacer et laisser aux œuvres le soin de se manifester par elles-mêmes. Leonor Antunes, elle, n’a pas pris le parti de la surenchère ou de l’amnésie, deux stratégies tout aussi vaines. Elle a plutôt fait le choix d’emmener ses volumes imposants vers quelques dimensions plus humaines qui ne chercheraient pas à s’absoudre des sombres heures de son passé. Une photo d’archive à la main, l’artiste née à Lisbonne en 1972 commente  : « J’ai beaucoup travaillé sur le Brésil, cette ancienne colonie portugaise qui s’est construite par le biais d’influences plurielles. C’est aussi pour ça que cette image m’a interpellée. On voit l’entrepôt tel qu’il l’était à l’époque avec des sacs de denrées ici et là, des rampes pour les faire descendre. Au plafond, un rideau est accroché avec une corde pour l’ouvrir ou le fermer. » Cette réalité pragmatique se réverbère dans la proposition réalisée par la plasticienne, établie aujourd’hui à Berlin, dont le travail était dernièrement présenté au Perez Art Museum de Miami comme l’été dernier au New Museum de New York. Le tissu épais manié alors pour filtrer la lumière se réincarne ici dans une étoffe de vingt-trois mètres de long constituée de milliers de petits tubes de laiton. Ce voilage de couleur jaune dévoile un réseau de motifs géométriques inspirés d’un travail d’Anni Albers, une artiste d’origine allemande qui participa au mouvement du Bauhaus et dont l’esthétique moderniste contribua à faire du textile un art à part entière. Ses pièces abstraites se répercutent également sur le revêtement du sol. Il faudra prendre un peu de hauteur, depuis les coursives surplombant la Nef, pour découvrir le labyrinthe graphique que dessine ce mélange de lignes régulières faites de liège et de plaques de cuivre, matériaux fétiches de Leonor Antunes. Avec tout autant de délicatesse se partagent dans l’espace des filets de pêche ainsi que des éléments de mobilier, lampes d’intérieur disséminant une lueur intime, chaleureuse et seize tables basses en ciment qui portent l’empreinte de tapis mexicains (« petates ») et dont l’anatomie renvoie aux fenêtres d’un bâtiment de São Paulo (Sesc Pompeia) de l’architecte brésilienne Lina Bo Bardi, une autre figure majeure et pourtant méconnue du xx e siècle. Anna Maisonneuve « Le plan flexible », Leonor Antunes, jusqu’au dimanche 17 avril 2016, CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux. www.capc-bordeaux.fr Leonor Antunes Nick Ash Offrez du rêve et de l’émotion Places de spectacles, Billets cadeaux, Pass Jeunes, articles de La Boutique... opera-bordeaux.com 05 56 00 85 95 Création graphique  : Marion Maisonnave - Photographie danseurs  : S. Colomyès - Opéra National de Bordeaux N os de licence  : 1-1073174 ; DOS201137810 - Novembre 2015



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