Journal du Golf n°81 octobre 2012
Journal du Golf n°81 octobre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°81 de octobre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Journal du Golf SAS

  • Format : (260 x 360) mm

  • Nombre de pages : 82

  • Taille du fichier PDF : 16,7 Mo

  • Dans ce numéro : Arriba Ochoa, spécial Ryder Cup.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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82 Le coup du chapeau Monsieur le Capitaine des jeux du Royal and Ancient de Saint Andrews,onsieur le Président de l’USGA, Je vous prie par avance de bien vouloir excuser l’audace qui me pousse à vous solliciter aujourd’hui. Mais golfeurs vous-mêmes, et des plus avertis, vous comprendrez, j’en suis persuadé, ce qui m’y pousse. Tout commence, je m’en souviens comme si c’était hier, lors de la Médaille de juin 1972 du Old Fart GC, au trou n°17, un joli par 3 de 142 mètres milieu au green en surplomb. Sans ce jour béni, sans doute serais-je demeuré un golfeur ordinaire, doté d’un mental de gaufrette et d’un swing d’inspiration médiévale, passionné bien entendu et honnête autant que le permet un livre des lois aussi lumineusement simple dans l’esprit que diaboliquement complexe dans sa jurisprudence. Seulement, ce coup de fer 6, monsieur le Capitaine des jeux, monsieur le Président, était si parfaitement touché, si rectiligne – « droit comme une charge de cavalerie », s’est même exclamé le colonel Molle – si facile et si puissant à la fois… que la raison m’a abandonné lorsque, parvenu au green, je n’y ai pas trouvé ma balle. Et pour la première fois, moi qui n’avais jamais triché, ou alors par pure ignorance, j’ai déclaré mienne la balle qui traînait à quelques mètres de là, dans le petit rough, et sur laquelle j’avais failli marcher. Malgré le poids du remords, j’ai réussi un chip potable pour me mettre à distance de par, puis Matt Camisol, qui complétait la partie, a rentré son putt pour birdie. Et ressorti deux balles du trou ! La sienne et celle du premier trou en un de ma courte carrière ! Un trou en un dont je ne pourrais jamais me vanter, le trou en un de la honte ! Le pauvre Camisol éberlué n’avait pas encore réalisé l’ampleur de mon forfait et la cruelle ironie du foudroyant châtiment qui venait de me frapper, que j’avais déjà ramassé mon sac, dévalé le fairway du 18, sauté dans ma voiture et quitté à jamais le Old Fart GC. Une vocation était née ! Puisque cet instant d’égarement m’avait privé d’une des grandes émotions placées sur la route d’un golfeur, puisque cette première tache, indélébile, sur un plastron de probité soigneusement amidonnée de candeur naïve, m’interdisait de refranchir un jour les portes du club-house du Old Fart GC, je serais donc tricheur, et le meilleur de l’Histoire du golf, tout simplement ! Ah, ce ne fut pas facile, croyez-le, c’est même le labeur de toute une vie que je viens vous narrer ici. Mais si les cancres savaient le temps qu’il faut pour confectionner des antisèches parfaites, ils apprendraient leur leçon, c’est tellement plus vite fait ! Tout d’abord j’entrepris de m’imprégner des règles du jeu de golf. De toutes les règles, du plus petit alinéa, du moindre jugement rendu par le très sage comité des règles du Royal and Ancient. Car vous aurez noté, Monsieur le Capitaine des jeux, Monsieur le Président, à quel point les tricheurs ordinaires sont limités par une connaissance sommaire de la loi. À croire même qu’ils trichent par ignorance ! Ils devraient pourtant savoir qu’en sport « tout se joue sur des détails », les champions de toutes disciplines ne cessent de le rabâcher ! Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler le profit qu’on peut tirer d’un arbre tuteuré ou d’un tas d’herbe destiné à être enlevé, d’autant que cela n’est pas tricher. Mais pour ne vous donner qu’un exemple, afin d’embobiner un importun qui se piquait de connaître la règle dans le moindre détail, j’appris à distinguer les crottes de lapins de garenne de celles des lapins domestiques, malheureuses victimes d’un univers carcéral qui les prive de développer leur naturel d’animaux fouisseurs et, après en avoir subrepticement parsemé à une sortie de terrier où le maladroit s’était égaré, je lui refusai le « free drop », arguant que la « fouisserie » était par définition impossible et qu’il devait s’agir en somme d’une planque pour lapin de clapier en cavale. Je sais, c’était tordu. N’empêche que lors d’une partie suivante, je parvins à convaincre le ratiocineur défait, que ma balle, entrée dans le même terrier, avait suivi quelque facétieuse galerie avant de ressortir directement dans le trou, et qu’il y avait bien birdie ! Ben si, pourquoi pas ? De l’aplomb, encore de l’aplomb, toujours de l’aplomb, tout est là. Pas celui dont se servent encore certains vétérans pour juger de la pente des greens, non, cette absolue conviction que « ça va passer » qui vous permet d’affronter sans ciller le regard du plus inquisiteur des scoreurs. Car le tricheur ordinaire, lesté par ce fond de mauvaise conscience qui plombe chacun de ses gestes, semble tout faire pour se trahir lui-même. Crispé, fébrile, il Chronique Pierre-Michel Bonnot Journaliste golf et rugby au journal L’équipe a généralement le coup de Jarnac mesquin et la tricherie honteuse. Pour vous dire, j’en ai même vu glisser leur marqueur sous la balle pour gagner un demi-centimètre au putting ! Franchement… Mais moi, Messieurs, quand je décide de me donner du confort dans le secteur, je me débrouille pour arriver le premier sur le green et, tout en ramassant ma balle d’une main, j’expédie de l’autre mon marque-balle d’un geste précis un petit mètre plus près du trou. Et croyez-moi, il faut une sérieuse pratique pour lancer le marque-balle façon frisbee sans jamais dévier de la ligne ! Écraser d’un pied aussi furtif que précis le rough derrière sa balle tout en regardant dans la direction opposée, élaguer distraitement les arbustes alentour avant d’armer son swing, ramasser sa balle « dans le mouvement » au pied d’un arbre pour la laisser choir 50 mètres plus avant sans attraper un tour de rein, tout cela demande également un entraînement inlassable. Mais l’antijeu en vaut la chandelle. « Practice makes perfect », comme on dit par chez vous, pas vrai ? La répétition inlassable de ces félonies de base donne seule ce vernis de naturel qui distingue le tricheur de classe de l’impulsif qui, submergé par la perspective du triple bogey honteux, met des coups de pied dans le rough pour en extraire sa balle avec la véhémente discrétion du traqueur de haute brousse. Comme il y a une justice, même pour les malhonnêtes, tous ces efforts finirent par connaître leur juste récompense, et ma haute connaissance des règles associée à une espèce de hauteur sereine devant les hasards des fairways ne tarda pas à me valoir une réputation de grande probité au Golden Pidgeon Golf and Country Club au sein duquel j’avais trouvé refuge. J’en profitai naturellement pour semer le poison de la suspicion dans les esprits alentour, prévenant tour à tour en aparté les deux joueurs qui m’accompagnaient d’avoir à se méfier de l’autre qui avait la fâcheuse réputation d’avoir toutes les peines du monde à compter jusqu’à sept en compétition. Oh, j’eus bien quelques frayeurs, notez ! Comme cette fois où, ayant égaré ma balle dans le même secteur qu’un de mes partenaires, je m’empressai de m’approprier la sienne – une balle marquée d’un point d’interrogation ainsi qu’il l’avait annoncé au départ du tournoi – tandis qu’il devait se résoudre à biffer le trou d’une croix. Mais quand le troisième larron de la partie scrutant ma balle sur le green un trou plus loin fit lourdement remarquer : « Tiens, tu as des balles marquées d’un point d’interrogation, toi aussi ? », j’eus le cran de répondre : « Oui, j’en ai aussi » sur ce ton sans appel qu’enseigne une vie tout entière suspendue sur le fil du mensonge. Je pourrais, Monsieur le Capitaine des jeux, Monsieur le Président, continuer pendant des pages à vous compter par le menu une carrière exempte de toute disqualification. Pour vous situer le niveau de performance auquel je suis parvenu dans ma partie, sachez seulement que je suis l’inventeur du coup du chapeau. Vous le connaissez ? Non ? C’est normal. Il n’a jamais été percé à jour. Le secret, c’est que tout le monde regarde par terre quand une balle est égarée dans un rough. J’en profite pour en dissimuler une sous mon chapeau et je laisse tomber l’une et l’autre au premier lie à peu près présentable en lâchant négligemment : « C’est bon, je l’ai trouvée. » Et personne ne s’étonne que j’aie mis mon chapeau par-dessus pour ne pas risquer de la reperdre en allant chercher un club dans mon sac ! Tout ceci pour vous expliquer, Messieurs, pourquoi « le plus grand tricheur de l’histoire du golf » s’en vient solliciter aujourd’hui l’honneur d’accéder, sous l’effet conjugué de vos très hautes influences, au Hall of Fame of Golf de Ponte Vedra Beach où l’on rend hommage aux figures les plus marquantes de notre sport. Et si d’aventure l’on s’étonne de vous voir encourager ainsi le crime, Monsieur le Capitaine des jeux, Monsieur le Président, répondez que je suis bien le plus grand dans ma partie et que s’il n’y avait pas de tricheurs, l’honnêteté ne serait pas une vertu. Et la première du monde du golf, comme chacun sait. Dans l’attente, veuillez croire, Monsieur le Capitaine des jeux, Monsieur le Président, à ma très sincère et très dévouée malhonnêteté. Note à tous mes partenaires de jeu passés et à venir : inutile de me regarder ainsi de travers, il s’agit bien entendu d’un courrier de pure fiction.
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