Journal du Golf n°81 octobre 2012
Journal du Golf n°81 octobre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°81 de octobre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Journal du Golf SAS

  • Format : (260 x 360) mm

  • Nombre de pages : 82

  • Taille du fichier PDF : 16,7 Mo

  • Dans ce numéro : Arriba Ochoa, spécial Ryder Cup.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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54 Architecture difficulté à laquelle nous sommes confrontés. Si le golf en XXL peut contribuer à rendre le jeu plus rapide et moins stressant, force est de constater qu’il peut aussi s’avérer très amusant. D’abord, en multipliant les pars et les birdies, le golf passerait d’un jeu où l’on gère ses échecs et ses frustrations à un jeu où l’on réussit. Selon certaines hypothèses, cela réduirait le nombre de débutants découragés dès leurs premiers mois de pratique. Sur le parcours, cela permettrait d’expérimenter des positions de drapeaux impensables avec des trous standard, soit dans des pentes importantes, soit en périphérie des greens, encore plus près des obstacles. Avec un peu d’imagination, pourquoi ne pas varier les diamètres d’un trou à l’autre et proposer une plus grande variété de challenges ? Sur un court par 3 avec un trou de 40 centimètres, objectif trou en 1 ! Au trou suivant en revanche, difficulté maximale sur un long par 4 avec un trou de taille standard. Et pourquoi ne pas aller encore plus loin en proposant deux ou trois drapeaux par green, chacun jouant celui qu’il souhaite à condition bien sûr d’avoir annoncé son choix au préalable ? Si on ajoute à cela la possibilité de choisir ses boules de départ, on s’aperçoit qu’un seul tracé peut en réalité proposer des centaines de parcours différents. Du golf à la carte pour davantage de plaisir, qui trouverait à y redire ? LA TAILLE DES TROUS : LA SEULE MESURE FIGÉE EN GOLF Par habitude, le diamètre des trous semble gravé dans le marbre et on sourit à l’idée de toucher un jour à cette sacro-sainte mesure. Tout cela ressemble à de la science-fiction, et la généralisation d’un nouveau format à l’ensemble de la planète golf reste pour le moment très improbable. Mais l’affaire mérite considération, car pourquoi la taille des trous serait-elle la seule règle immuable dans un sport qui offre en réalité beaucoup de flexibilité ? Tous les parcours sont différents, le par n’est pas une notion figée, pas plus que la longueur des trous ni leur forme ou leur dénivelé. Plusieurs formules de jeu sont possibles, le matériel évolue, et les règles elles-mêmes sont moins rigides qu’elles n’y paraissent puisqu’elles font l’objet de révisions régulières. Un parcours de golf peut mesurer 5 000 mètres comme 7 000, il peut se trouver en plaine comme en forêt, en altitude comme au niveau de la mer, plat ou chahuté, large ou étroit, avec ou sans bunkers, etc. Alors pourquoi ne pas aussi jouer sur le diamètre des trous ? Pourquoi s’interdire de faire évoluer notre sport selon les contraintes et les aspirations de notre époque ? LE PLAISIR NAÎT DE LA DIFFICULTÉ Répondre à cette question suppose d’explorer en profondeur la dimension psychique du jeu de golf et d’examiner comment, paradoxalement, la difficulté est au cœur de notre passion. Beaucoup pensent que jouer au golf se résume à travailler son swing, mais notre jeu ne serait pas le plus grand sport individuel au monde s’il se résumait à ce seul exercice physique. En réalité, la magie du golf repose sur sa difficulté : le sentiment de réussite est si rare et difficile à atteindre que, lorsque nous l’éprouvons ne serait-ce que le temps d’un coup ou d’un trou, la sensation d’absolu que nous ressentons est inégalable. Du golf « facile » s’apparenterait à du croquet : un loisir amusant et convivial mais plutôt insipide et certainement pas digne qu’on y consacre sa vie. On compare souvent
le golfeur au pauvre Sisyphe condamné à rouler sa pierre pour l’éternité : 95% du temps, ce parallèle est juste mais la beauté du golf repose dans ces derniers 5%, ces moments de grâce où la balle parfaitement touchée se dirige tout droit vers un trou minuscule. À la différence de Sisyphe, le tourment du golfeur s’éclipse parfois pour laisser place à un bref moment de bonheur, fragile mais bien réel. Le golf est un jeu spécial parce qu’il peut faire défiler le temps d’un parcours toute la panoplie de nos espoirs et de nos illusions. Il est le théâtre de nos désirs et de nos doutes, le moment où nos rêves de grandeur percutent la réalité de nos limites. De manière quasi certaine, faciliter le golf reviendrait à en diminuer la saveur. On peut supposer que sans le charme « so British » de sa difficulté, nombre de pratiquants passionnés s’en détourneraient et, de la même manière, rien ne prouve que les débutants accrocheraient davantage au jeu s’ils rentraient plus de putts. Même s’il faut tout faire pour proposer notre sport au plus grand nombre, le golf est un jeu exigeant et il est normal qu’une certaine proportion de ceux qui s’y essayent n’y prennent pas goût. N’allons pas changer un diamètre qui a fait ses preuves et sur lequel s’est bâti tout le succès de notre sport depuis plus d’un siècle ! Qui penserait à reculer les lignes des courts de tennis ? Les 10,8 centimètres de nos trous sont difficiles à atteindre mais ils restent malgré tout accessibles, ce qui fait toute la justesse de leur format. Statistiquement, lorsqu’un joueur de très haut niveau se présente au départ d’un par 3, il a en moyenne 1 chance sur 3 000 de réaliser un trou en un. Avec un trou de 20 centimètres, l’exploit serait nettement plus fréquent mais encore assez rare pour être savouré. Avec un trou de 40 centimètres, on peut imaginer que les professionnels réussiraient pratiquement un « ace » par semaine ! Où serait alors la jouissance de l’exploit ? Même avec seulement quelques millimètres de plus, nous rentrerions beaucoup plus de putts, et tout le fragile équilibre de notre jeu se trouverait menacé. LE SECRET DE L’ARCHITECTURE : FABRIQUER LA JUSTE DIFFICULTÉ Le juste dosage des difficultés reste sans doute le plus grand enjeu auquel sont confrontés les architectes. Un parcours trop facile n’obtiendra pas la reconnaissance nécessaire à son succès tandis qu’un tracé trop difficile risquerait de décourager les joueurs et limiter sa fréquentation. Sur un golf facile, on ne peut pas donner le meilleur de soi-même, faute de motivation et d’inspiration. Même constat lorsque le parcours est trop dur : pourquoi lutter si le combat est inégal ? Tout ceci est heureusement assez théorique et on ne connaît pratiquement pas de golf auquel des golfeurs refuseraient de se confronter. Pour un architecte, il n’y a rien de plus facile que de concevoir un parcours difficile. Avec des drapeaux plantés sur des greens à fortes pentes, on peut même aisément flirter avec l’injouable, ce qui n’aurait évidemment aucun sens. Un bon parcours doit avant tout être amusant, donc jouable, et stimulant, c’est-à-dire qu’il doit proposer des défis nombreux, variés, et adaptés au niveau de chaque joueur. Chaque coup doit être la tentative de relever un défi dont le résultat déterminera Patrice Boissonnas journaldugolf.fr octobre 2012 la nature et la difficulté du suivant. Les plus grands parcours proposent les défis les plus exaltants ainsi que le meilleur équilibre entre les peines et les récompenses. Les parcours les plus difficiles comme Pine Valley dans le New Jersey ou Royal Hague aux Pays-Bas versent davantage dans la punition, mais ceci est compensé par l’excitation hors norme que propose leur tracé. Toute l’architecture de golf, qu’elle date d’hier ou d’aujourd’hui, a été pensée autour de trous de 10,8 centimètres. Avec le temps, les designers ont appris à régler les difficultés en fonction de ce diamètre pour que tous les trous de tous les tracés testent les joueurs tout en restant jouables. Dans les années récentes, on a pu voir de nombreux parcours devenir obsolètes suite à l’allongement des distances au drive. Évitons qu’un phénomène similaire ne se produise si on touchait au diamètre des trous. Le projet n’est heureusement pas vraiment à l’ordre du jour, mais restons vigilants : qui aurait cru il y a 50 ans que certains clubs imposeraient l’usage de voiturettes ? Modifier le format des trous provoquerait un séisme inimaginable. Ce ne serait tout simplement plus le même jeu. Toute son histoire, ses palmarès et ses statistiques seraient subitement effacés. Nos index seraient à recalculer et tous nos souvenirs soudainement frappés d’obsolescence. Mais surtout, que vaudrait le golf s’il cessait d’être une vaine recherche de perfection ? Que serait-il sans l’effort et l’ascèse qui l’accompagnent ? Plutôt que de jouer avec des trous plus grands, les golfeurs gagneraient davantage à étudier l’architecture des parcours. Une connaissance même superficielle des grands principes de cette discipline permet de « lire » la stratégie des trous et de comprendre les pièges tendus par l’architecte. Lorsqu’un bunker se trouve au milieu du fairway à la retombée du drive, combien de golfeurs se plaignent que cet obstacle pénalise le coup parfait ? Or c’est précisément l’inverse qu’il faut comprendre : un bunker au milieu du fairway force le joueur à choisir une voie pour le contourner. Sur un parcours bien pensé, chaque route aura ses avantages et ses inconvénients. De la même manière, trop peu de joueurs réalisent combien le jeu est plus amusant lorsqu’on évite les pièges par la ruse ou lorsqu’on prend un risque calculé en vraie connaissance de cause. Observer l’architecture des golfs est un plaisir sans fin qui, à défaut de nous faire mieux jouer, peut nous permettre de mieux scorer, et surtout de savourer encore plus nos parties de golf, y compris quand il pleut ou quand notre swing nous a laissés tomber. Pour contacter Patrice Boissonnas : pb@patriceboissonnas.com



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