Journal du Golf n°81 octobre 2012
Journal du Golf n°81 octobre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°81 de octobre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Journal du Golf SAS

  • Format : (260 x 360) mm

  • Nombre de pages : 82

  • Taille du fichier PDF : 16,7 Mo

  • Dans ce numéro : Arriba Ochoa, spécial Ryder Cup.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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50 Les grands duels Les deux sévères Texte d’andré-jean lafaurie - Photos Visionsingolf Masters US Open Op. Brit. PGA Ballesteros 80, 83 3e en 87 79, 84, 88 5e en 84 Langer 85, 93 4e en 87 2e en 81, 84 21e en 87
Pour l’un, c’est le prénom. Pour l’autre, c’est l’attitude. Ballesteros fut le feu. Langer reste de glace. journaldugolf.fr octobre 2012 Au jour où se jouait le Masters, début avril, naissait en 1957 un petit bonhomme tout brun, aux yeux noirs, dans le nord de l’Espagne. Il avait l’air malcommode. Les parents le baptisèrent Le Sévère (Severiano). Se penchait sur le berceau une troupe de golfeurs, dont le frère de sa mère, l’oncle Ramon Sota, champion d’Espagne qui terminera 6e du Masters huit ans plus tard. S’agitaient aussi d’autres enfants du couple Ballesteros, Baldomero, Vicente, Manuel. Tous seront professionnels un jour. Dans la ferme qui jouxtait le golf bourgeois de Pedreña s’alignaient les trophées gagnés par le père, colosse, excellent rameur d’aviron. Au fond, quelques clubs de golf rafistolés et vieux attendaient leur usage. C’étaient les pourboires laissés avec condescendance par des membres fortunés à ces employés, jardiniers, caddies, etc. L’oncle Ramon n’avait jamais pénétré dans le club-house où s’accumulaient les portraits des marquis et grands d’Espagne, présidents à répétition de ce club huppé. La mère avait cessé ses activités la veille, elle reprit le travail le lendemain. Toute la famille s’égaya, joyeuse de l’arrivée du nouveau bout de chou. Ils ignoraient que c’était un génie. Pour l’instant, il vagissait. Quatre mois et vingt jours plus tard, au fond de l’Allemagne, naissait un autre bébé, tout blond, aux yeux bleus. Les parents Langer le nommèrent Bernhard avec un « h ». Il semblait sévère. Personne ne se penchait sur son berceau. Le père, maçon et mécanicien, travaillait de l’aube à la nuit. Pour arrondir les fins de mois, la mère faisait office de cadette et employée du très sélect Golf Club d’Anhausen en Bavière. On se taisait. La guerre était achevée depuis dix ans à peine, dans d’épouvantables remous d’Europe centrale. Le père, d’origine tchèque, avait sauté en marche d’un train de prisonniers qui le conduisait en Sibérie, allant la nuit, se cachant le jour. Il avait parcouru deux cents kilomètres à pied, pour arriver en loques et frapper en pleine nuit à la porte d’une ferme. On lui ouvrit. On aurait pu le dénoncer, on l’accueillit. Il épousa plus tard la fille des fermiers. Bernhard naquit. Père et mère repartirent travailler sans tarder et le laissèrent vagir dans son couffin. Ils ignoraient que c’était un phénomène. Severiano Ballesteros apprit le golf avec son oncle, le champion, ainsi que ses frères doués et fit le caddy. Comme il n’avait pas accès au parcours, il partait sur la plage taper des heures avec un vieux fer 3. Et puis on rentrait, on racontait des histoires de golf autour de la tablée animée, aux mets épicés et chauds. Bernhard Langer fit de même, mais il apprit seul. Tout, tout seul. Personne ne jouait autour de lui. Il faisait le caddy lors des jours sans école, aidait sa mère à ranger les chariots, prenait un vieux club et, à l’arrière du club-house, tapait des balles sans se faire remarquer. Il s’initiait sur un vieux putting green désaffecté. Il le paiera cher. Ainsi s’éteint une légende : celle d’un Ballesteros très pauvre et solitaire, se forgeant seul, méprisé de tous, et se hissant dans la fleur du golf comme une orchidée crevant le bitume, de force. On s’est trompé de nom. C’est Bernhard Langer qui connut tout cela. Le vrai crève-faim, isolé, qui inventa son golf sans qu’on le lui inculque, c’est bien l’Allemand, pas l’Espagnol qui vécut, lui, dans un environnement, certes modeste mais pas désespéré, et dans une ambiance golfique riche et partagée. En vérité l’El Cordobés du golf, c’est Bernhard Langer. Il n’existe pas d’exemple plus fort de deux invraisemblables champions qui se livrèrent un duel incessant, pour l’un l’école chaude du golf et pour l’autre l’école froide. Ils en sont presque des caricatures. Ballesteros fut un inventeur de coups ; Langer est un répétiteur de trajectoires. Ballesteros parlait d’abondance, donnait des conférences de presse pleines d’humour et de grincements, se fâchait vite puis affichait un sourire à liquéfier un iceberg ; à l’inverse on se moquait de Bernhard Langer en l’imitant : « Tu n’as pas une heure, j’ai deux mots à te dire. » Personne ne peut parler plus lentement que lui. Ses conférences de presse se bornaient souvent à « oui » et « non ». Avec un « peut-être », il frôlait les affres métaphysiques. Et quand il écarte un peu les commissures des lèvres, on peut considérer qu’il est en plein fou rire. Ballesteros appliquait sans broncher l’adage de Ben Hogan : je ne sais jamais à quelle distance d’un drapeau je suis, mais je sais toujours à quel numéro de club. Bernhard Langer, lui, ne laissait même pas à son caddy le soin d’arpenter les parcours avec une roulette de géomètre au bout du bras. Il calculait une quarantaine de distances sur chaque trou, au centimètre près. Ses carnets de notes étaient épais comme des romans sans fin. Ballesteros, en revanche, regardait en souriant son caddy qui feuilletait le relevé du parcours puis choisissait son club tout seul. Souvent le soir, il licenciait ledit caddy. Il en changea si souvent que les victimes peuvent se constituer en club des Anciens. Bernhard Langer conserva le sien, Pete Coleman, pendant vingt-deux ans. Celui-ci expliquait : « On s’entend très bien. On discute : bonjour sur le tee du 1, bonsoir sur le green du 18. » Au bout d’une carrière débutée en 1974 (à peine 17 ans), et créditée de presque cent victoires dans le monde dont cinq tournois du Grand Chelem, Severiano Ballesteros fut une boule de feu qui se consuma d’un coup. Après une syncope le 6 octobre 2008 débuta un calvaire de plus de deux années, jusqu’à sa fin et ses cendres dispersées dans son jardin de Pedreña. Bernhard Langer débuta au même moment (en 1972, il disputait ses premiers challenges payés, donc pros, mais obtint le statut en 1976). On ne parle jamais de fin de carrière avec lui. Il continue de nos jours, ayant même remporté deux tournois du Grand Chelem senior en 2010, et terminé 2e de l’US Open en 2012. Après plus de 80 victoires dans le monde, il persiste à vivre comme un ascète, religieux jusqu’au bout des ongles, organisant des lectures de la Bible dans les tournois, au petit matin. Le feu a détruit l’un, la glace conserve l’autre. 51 Anita soutient les les femmes dans tous tous les les sports



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