Je Sais Tout n°50 mars 1909
Je Sais Tout n°50 mars 1909
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°50 de mars 1909

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Publications Pierre Lafitte

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 190

  • Taille du fichier PDF : 128 Mo

  • Dans ce numéro : un hors texte en trois couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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r'` de sais tout — Est-ce le moment'de t'abandonner, mon cher Guéro ! Tu es tout ce qui me reste d'un grand souvenir de fortune et de puissance. Allez, madame ! Allez-vous-en. Moi, en demeurant ici, je serai toujours, malgré ma pauvreté, le vicomte de Melee. Là-bas je me diminuerais à la taille d'un petit rentier. Cela ne me plaît pas. Anne et sa fille partirent. Alain voulut demeurer avec son père. Une année encore vêtit de neige, d'eau ou de soleil, le château, et, comme il dominait toujours la vallée, Mme de Melee, prise de remords et lasse peut-être de la promiscuité qu'elle subissait en sa métairie, revint au Guéro avec Yvonne. Son mari l'accueillit avec bonheur. Et l'hiver commença, très âpre, très venteux. Une à une les ardoises arrachées à leurs crochets rouillés, s'envolaient et venaient éclater sur le sol. Certains jours les châtelains n'osaient plus sortir. Ils voyaient passer comme des oiseaux de malheur les feuilles de schiste. La pluie commençait à traverser les plafonds devenus boueux. Dans les salles abandonnées des coups sourds résonnaient. L'étoupe et l'argile mêlées s'abattaient avec les lattes. La vicomtesse et Yvonne se réfugièrent dans le donjon du chérif qui, fondé sur son roc, semblait inébranlable. Les châtelains prenaient maintenant leurs repas dans l'ancien corps de garde, sinistre et glacé. Leur seul domestique, Jean, venait les y servir avec mauvaise humeur. Etles tempêtes hivernales se succédaient. Les bourrasques semblaient se concentrer dans la vallée et viser ce château malade. E TROUVE BON DE PERDRE MON SANG POUR LE CiUÉRO... Avec furie le vent s'acharnait contre le toit de la tour du duc Jean. 11 fut emporté etil alla choir sur un ormeau qu'il rompit. Des pierres cornières tombaient dans les douves. Les ardoises soulevées battaient comme des ailes d'oiseaux en agonie. Tout râlait, tout criait, tout grinçait. La dernière girouette aux armes de Melee lutta toute une semaine et culbuta en crevant la toiture des communs. Le vieux Guéro semblait un navire désemparé. Anne et Yvonne, serrées l'une contre l'autre, se rétrécissaient d'horreur dans leur chambre. Gildas, comme le capitaine de ce grand vaisseau, se trouvait partout au danger. Cent fois, des tuiles, des corni- Nouvelle ches, des solives ou des ferronneries le frôlèrent. Debout dans l'orage au sommet de la tour découronnée, bras croisés, il faisait front à la tourmente. Il considérait le ciel avec défi. Son fils le suivait. Quelquefois, sans un mot, ils s'étreignaient furieusement et ils se cachaient ensuite l'un de l'autre pour dissimuler leur douleur Un matin que le vicomte avait reçu au visage une ardoise et qu'il saignait, il dit à son enfant qui le plaignait  : — Je trouve bon de perdre mon sang pour le Guéro. Le jeune homme habitait le corps central avec son père. Accoutumé aux hurlements de la tempête au travers du colosse éventré, il y dormait. Cependant, une nuit, il fut réveillé par un fracas terrible. Un châssis de la fenêtre, ébranlé par des secousses répétées, venait de s'abîmer dans la place en émiettant les carreaux. Le vent s'engouffra. La foudre tonnait. Elle s'abattit sur le château. Le jeune homme eut la conscience de ce qui les menaçait. Il hurla en tapant du poing contre la porte  : — Père ! Père ! Réveillez-vous ! Holà ! Holà ! Mais quand il eut enfoncé la menuiserie il ne trouva pas M. de Melee dans sa chambre. Alors il descendit l'étage en criant  : — Sauvez-vous, père ! Sauvons-nous ! Le bâtiment vacillait. Un grincement profond et des soubresauts firent comprendre à Alain que le rocher de schiste glissait vers la vallée, entraînant le château à sa ruine. Il appela encore  : — Pour l'amour de Dieu, père, éloignezvous ! éloignez-vous ! Des éclairs successifs incendiaient le firmament. L'eau crachait. Une rumeur montait de la forêt et la campagne semblait se lamenter. Alain avait franchi le seuil du donjon écarté sur son plateau et s'était mis à l'abri, quand un vacarme égal à celui de cent canons éclatant ensemble retentit à ses oreilles. Sa mère et sa soeur vinrent l'enlacer en sanglotant  : — Et ton père ? ton père ? Pourquoi n'estil pas avec toi ?... A l'aube seulement ils purent sortir. Le château tout entier s'était couché et, sous ce tombeau, le plus prodigieux qu'on pût rêver, le vicomte de Melee était enseveli. CHARLES GÉNIAUX. Le Gérant ; CAMILLE LECBSTBE, G, DE MALHERBE, IMPRIMEUR, 12, PASSAGF, DES FAVORITES, PARIS (xV`)
r. Supplément au N" de Je sais tout, 15 Mars 1909 RÉVÉLATION Pièce inédite en 2 Actes ACTE I Chez M. Morin, gros négociant du Sentier. Lorsque le rideau se lève, M. Morin est seul assis devant son bureau. Ameublement vieux jeu. Sonnerie de téléphone. Un de ses employés vient le prévenir qu'on le demande personnellement à l'appareil. SCÈNE I M. MORIN, ALBERT MONSIEUR MORIN, ci l'appareil. - Allô, allô, parfaitement, Monsieur ! MONSIEUR MORIN. — Oui, oui, c'est bien le 999.00... MONSIEUR'MORIN. — Ah ! c'est vous, Clément. Eh bien, et cette affaire, marche-t-elle ? MONSIEUR MORIN. — Vous me demandez de vous lire la lettre du client ? MONSIEUR MOIRIN. — Une seconde... (Il appelle un de ses employés et lui demande le dossier de la maison Bernard.) MONSIEUR Monts, à l'appareil. Ne coupez pas, Mademoiselle, nous causons. (.4u bout de quelques minutes.) Vous dites, Clément ? Vous arriverez trop tard ? Que voulez-vous, cet Albert ne revient pas. Il s'impatiente contre ses employés qui le font pauser un quart d'heure au téléphone et il voit lui échapper l'affaire importante que son représentant est allé traiter. II appelle Albert.. MONSIEUR MORIN. — Allez-vous bientôt me donner ce dossier ? ALBERT, en nage. — Je le cherche, Monsieur ! ! MONSIEUR MORIN.— Comment, vous le cherchez ?... Voilà une heure que vous cherchez... (à l'appareil) Allô... allô, c'est vous Clément ? Allô, allô, ne coupez pas, Mademoiselle (il trépigne) laissez-nous donc, nous causons. Allô, allô... Vous m'avez coupé, Mademoiselle. Rétablissez la communication... Comment, vous ne pouvez pas... Furieux, il raccroche le récepteur et se précipite dans la pièce où son employé continue infructueusement ses recherches au milieu d'un monceau de dossiers éparpillés ci droite et à gauche. MONSIEUR Monts. — C'est inouï !... Quel désordre !... Si vous tenez à votre place, il faudra changer,mon garçon... ALBERT. Je vous assure, Monsieur, que je n'ai pas perdu de temps. (Et de fait le malheureux a l'air exténué.) MONSIEUR MORIN. — Enfin, m'expliquerez-vous pourquoi il vous est impossible de trouver une lettre. Si vos dossiers étaient bien rangés, il en serait autrement. ALBERT. — Mais, Monsieur, ils le sont ; seulement, j'ai beau les mettre à leur place, en cherchant un dossier les autres peuvent se déclasser ; c'est probablement ce qui est arrivé et cela m'oblige à les prendre un par un... Ah ! le voici... enfin !!! MONSIEUR MORIN. — Trop tard. Il retourne à son bureau tout en maugréant. Son agenda lui rappelle un rendez-vous chez M. Boor... (Il sort.) RIDEAU ACTE II Dans le cabinet de travail de M. Boor, mobilier de bureau américain. Avec ea dactylographe, M. Boor termine son courrier. On annonce M. Morin qui entre. SCÈNE I M. BOOK, M. MORIN, UNE DACTYLO... Salutations. MONSIEUR Boon. — Asseyez-vous, mon cher. Un instant, je suis à vous. MONSIEUR MORIN. — Faites, je vous prie. M.  : Morin, dans son fauteuil, reste surpris de la rapidité avec laquelle M. Boor obtient successivement les dossiers qu'iI demande. M. Morin ne peut s'empêcher de témoigner son admiration et de confier à M. Boor ses ennuis de la matinée. MONSIEUR Boon. — Cela ne me surprend nullement, ayant moi-même passé par là, mais depuis que j'ai adopté le « Vertical Cosmos » tous ces inconvénients n'existent plus. Au fait, venez vous en rendre compte. Ils passent dans une autre pièce. SCÈNE II M. Morin cherche des yeux le classeur rêvé. MONSIEUR Boots. — Voici le meuble en question. MONSIEUR Monts. - Pas possible ! Toute votre correspondance tient si peu de place ? MONSIEUR Boots. — Mais tel que vous le voyez, ce classeur contient vingt mille lettres et son système est des plus ingénieux. (11 ouvre un tiroir.) Voyez, les dossiers debout les uns derrière les autres et maintenus par un compresseur sont rigoureusement classés dans un ordre adopté une fois pour toutes, — ainsi on sait toujours exactement où l'etrouver le dossier dont on à besoin et il est impossible en le maniant d'en déclasser d'autres. MONSIEUR MORIN. — Admirable ! MONSIEUR Boon. — Comme vous pouvez vous en rendre compte, la fabrication du « Vertical Cosmos » est (les plus soignées  : ses coulisses extensibles montées sur galets permettent d'utiliser les tiroirs entièrement et de les manoeuvrer sans fatigue. MONSIEUR Mon IN, convaincu. — Très pratique ! ! Et oit trouve-t-on ce Vertical ? MONSIEUR BOOK. — A la Compagnie COSMOS, 3-5, rue de Grammont, qui se fera un plaisir de vous envoyer, sur votre demande, son catalogue illustré. " `ERTICAL COSMOS " C



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