In Vivo n°18 sep à déc 2019
In Vivo n°18 sep à déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de sep à déc 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

  • Format : (170 x 230) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,7 Mo

  • Dans ce numéro : plongée au coeur d'un essai clinique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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2 S’ATTAQUER FOCUS ESSAI CLINIQUE AU MÉLANOME Pierre et Robert font partie des quelque 2’700 personnes diagnostiquées chaque année en Suisse avec un mélanome. La Confédération est d’ailleurs l’un des pays d’Europe les plus touchés par ce cancer cutané  : une personne sur 50 présente le risque, cumulé sur toute une vie, de le développer. Le premier a découvert sa maladie en 2001, le second en 2015. « Je bossais torse nu sur un chantier de l’hôpital de Berne, une docteure a vu par hasard mon grain de beauté dans le dos et m’a conseillé d’aller faire un contrôle. Le diagnostic ? Mélanome agressif de type 5, c’était une gifle », raconte Robert, entrepreneur dans la maçonnerie. Quant à Pierre, responsable dans une prison, c’est en rentrant un jour du travail, à la veille de ses 50 ans, qu’il a senti une masse anormale en prenant sa douche. D’abord discret, le mélanome a pris ses aises, puis s’est disséminé un peu partout. Dans le cas où la tumeur s’est métastasée, comme pour Pierre et Robert, l’immunothérapie est en passe de devenir le traitement de première ligne. « Le mélanome est l’un des cancers qui présente le plus grand nombre d’altérations. Or, plus les cellules sont endommagées, plus elles sont visibles par le système immunitaire », explique le Prof. Olivier Michielin, chef de la division d’oncologie personnalisée 2analytique du CHUV. Le principe est de lutter contre la tumeur, non pas avec des molécules chimiques, mais en stimulant le système immunitaire du patient. « Il est désormais possible de stabiliser près de 40% des patients à long terme – du jamais vu pour ce type de maladie », souligne Olivier Michielin. Mais le risque d’effets secondaires avec des conséquences potentiellement fatales, notamment des réactions auto-immunes, reste bien présent. « Avec les TILs, nous voulons ajouter une corde à notre arc et augmenter l’arsenal des immunothérapies, précise le spécialiste. Le programme de transfert adoptif se concentre sur les lymphocytes LE PRÉLÈVEMENT Pour savoir si la thérapie cellulaire a des chances de succès, une partie du mélanome est prélevée par un chirurgien, qui l’envoie au laboratoire pour analyse. 22 infiltrés dans la tumeur, qui semblent ainsi moins enclins à attaquer d’autres organes sains. » Pierre croit fermement à ce traitement expérimental. C’est son médecin des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qui lui a proposé de participer à l’essai mené au CHUV, alors qu’il se préparait mentalement à entrer aux soins palliatifs. Pour se donner du courage, il a décidé de prendre un chien  : « Je suis allé le chercher à Bordeaux avec ma fille et mon beau-fils. C’est un chien d’exposition qui a déjà 5 ans, un schnauzer de petite taille. Je ne pouvais pas prendre un chiot parce que je n’aurais pas pu m’occuper de son éducation. » « Nous n’allons de l’avant que si le bénéfice attendu pour les patients supplante le risque. » 3 EXAMENS EN SÉRIE Dès lors qu’ils ont signé le formulaire de consentement, les patients subissent plusieurs tests qui vont déterminer s’ils sont aptes à recevoir le traitement. « Il faut voir si le cœur va tenir, les poumons, les plaquettes du sang, résume Pierre. À chaque étape, les professionnels vous donnent les résultats de l’examen précédent, et si c’est bon, vous avez le rendez-vous pour le prochain. Mais l’angoisse qu’ils vous disent non est toujours là. » Car au final, ce sont les cellules qui mènent le bal. LES EXAMENS Le patient subit une série de tests qui confirmera s’il remplit bien les conditions pour participer à l’essai.
DR FOCUS ESSAI CLINIQUE Dans le corps du patient, les globules blancs à l’affût des cellules cancéreuses survivent dans un environnement hostile. Ils tentent de lutter – en vain – contre un cancer particulièrement agressif. Ils sont tout simplement à bout de force. À leur arrivée au laboratoire du Centre des thérapies expérimentales (CTE) du CHUV, les techniciens vont les placer dans un environnement bien plus favorable. Baignés dans de l’interleukine 2, une substance de signalisation cellulaire qui permet leur expansion, les lymphocytes reprennent des forces durant une première phase qui peut durer jusqu’à 35 jours. Après cette cure de jouvence, ils entament la deuxième phase de la culture, sur quatorze jours. « Nous prenons entre 25 et 40 millions de lymphocytes produits lors de la première phase et nous leur réservons à nouveau un traitement de faveur », explique Philippe Gannon, responsable de la production. Le but, cette fois, est non seulement de les faire proliférer, mais aussi d’activer très fortement les récepteurs placés à leur surface. « Ceux-ci joueront un rôle crucial une fois les lymphocytes réinjectés dans le corps du patient, car ils seront en première ligne pour intercepter les cellules cancéreuses », précise-t-il. À l’issue de ces quatorze jours de manipulations consciencieuses, les lymphocytes « reboostés » ne se comptent plus en millions, mais en milliards  : 50 à 75 milliards d’entre eux sont récoltés avec d’infimes précautions afin d’être administrés au patient. LA CULTURE Au laboratoire, les lymphocytes présents dans la tumeur, dits lymphocytes T, sont isolés. Ils ont quatorze jours pour se multiplier par milliards. 23 DES CELLULES PLEIN LA POCHE L’essai clinique ATATIL se distingue par la production au CHUV des lymphocytes destinés à détruire la tumeur. Une dizaine de personnes s’activent ainsi en laboratoire pour les faire proliférer. « Lorsqu’on observe leur travail, ça a l’air simple, mais il faut comprendre qu’il y a des années de recherche derrière. C’est un véritable exploit de maintenir des cellules en vie en dehors du corps aussi longtemps », souligne Lionel Trueb, l’un des médecins qui s’occupent des patients inclus dans l’essai. L’ensemble des manipulations s’effectue en « salle blanche ». Chaque technicien d’analyses biomédicales est vêtu d’une blouse, de gants, d’un masque et d’une charlotte. « Dans cet environnement où la concentration est de mise, on parle très peu et on évite tout geste inutile », souligne Philippe Gannon. Avant de retrouver le corps du patient, les globules blancs subissent encore une phase de lavage et reçoivent une dernière dose d’interleukine 2, afin d’être au meilleur de leur forme et de rester dans un état dit « activé ». Vient alors l’étape des tests qualité. Sur les 300 ml que contient la poche de perfusion, 3 ml sont prélevés pour passer une batterie d’examens, selon un horaire très précis. Entre 9h30 et 12h, c’est l’équipe du contrôle qualité du laboratoire qui opère. Elle vérifie notamment l’absence d’endotoxines et le phénotype, puis effectue un comptage du nombre de cellules. Par la suite, toute la documentation et les résultats des tests passent entre les mains de la Dre Emanuela Marina Iancu, responsable de l’assurance qualité, qui vérifie que le processus a été respecté et que le produit correspond aux normes de Swissmedic. Lorsqu’elle donne son feu vert, la poche peut partir en « réinfusion ». Les équipes du laboratoire suivent l’évolution des patients avec intérêt. « Les conditions de travail sont difficiles en labo et les équipes aiment recevoir des résultats concrets », explique Philippe Gannon. « Quand je reviens des colloques sur le suivi des patients et que j’annonce une diminution des métastases, il y a une énergie folle. »/L’HOSPITALISATION Pendant une semaine, le patient reçoit une chimiothérapie. Le but ? Mettre à plat ses défenses immunitaires et préparer le terrain pour l’arrivée des lymphocytes T.



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