Illimité n°293 novembre 2019
Illimité n°293 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°293 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : mémoire vive.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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30 Tout est fini entre nounou Lucie Borleteau, la réalisatrice, dit que l’empathie qu’on peut ressentir pour Louise, votre personnage dans le film, vient du fait que vous êtes « une star populaire et sympathique aux yeux du public ». Comment expliquez-vous qu’on vous perçoive encore comme ça, alors que vous avez à peu près tout joué ? — Pour répondre à cette question, il faudrait que je pense sans arrêt à l’effet que je produis sur les autres, ce qui n’est pas du tout mon cas. Ce que je peux dire, c’est que je suis assez naturelle. Je ne suis pas drapée dans une fonction. Tout ce qui m’intéresse dans la vie, ce sont les gens. Pas ce qu’ils représentent, pas le fric qu’ils gagnent, mais qui ils sont. Cette franchise participe peut-être à mon image, mais je n’irai pas plus loin que ça. En plus, je pense que ça peut changer. J’ai eu des rôles très rigolos. Là, je vais vers des choses différentes… Justement, après Jalouse (2017), vous n’hésitez pas à aller vers des personnages monstrueux. — Ça ne me fait pas peur. Ce qui compte, ce n’est pas tant ce que les gens pensent de moi que mon inclination à investir Chanson douce sortie le 27 novembre Adapté du prix Goncourt 2016, Chanson douce offre à la très attachante Karin Viard l’un des rôles les plus intenses de sa carrière  : celui d’une nourrice qui bascule dans la folie pas vraiment douce, elle. Rencontre avec une actrice qui vous veut du bien. DR des terrains que je n’ai jamais investis, et continuer de m’éprouver dans des rôles qui suscitent ma curiosité. Je n’aborde pas mon travail en termes de moralité. Je ne me dis pas  : « C’est un rôle indéfendable, je ne veux pas qu’on me voie comme ça, je ne voudrais pas qu’on pense que je suis comme ça. » Mon désir de jouer balaie toutes les craintes que je pourrais avoir. Même pour un rôle aussi extrême que celui de Louise ? — La facilité serait de la ranger dans la catégorie des dingues  : « Ils ont toujours existé, ils sont comme ça, ils font des choses irrationnelles »... Moi, ce qui m’intéresse, c’est de placer Louise dans un contexte, celui d’une société où il y a beaucoup de solitude et d’anonymat. La pression sociale engendre une humiliation sociale. Ce personnage permet de raconter l’état de notre monde. Je ne joue pas une folle, je joue un symptôme. Oui, mais en tant qu’actrice, il faut bien trouver une forme d’identification plus immédiate. — Je n’ai pas d’empathie pour elle, je ne peux pas m’identifier à une tueuse d’enfants. Par contre, je la comprends. Je comprends les multitudes de violences qui mènent à ça. C’est un peu comme un labyrinthe  : au début, c’est très nébuleux et, peu à peu, je découvre sa logique. Je tire un fil, puis un autre. La pelote se déroule et tout un pan de sa personnalité m’apparaît alors clairement. Mais je ne me demande pas ce que je ferais à sa place. Je me projette en elle, je fais corps avec elle. On a tendance à penser que l’acteur risque de se faire du mal avec un rôle pareil. Alors que vous, vous semblez carburer au plaisir. — Ah oui, c’est une grande excitation de jouer ça ! Ce qui me donne du plaisir, c’est la créativité, le fait d’avoir accès à un personnage fort et complexe. C’est comme une chorégraphie a priori très difficile, mais qui, à force d’en répéter les mouvements, finit par m’appartenir. Je ressens une fierté, une satisfaction énorme à réussir cette chorégraphie. Je ne fais pas partie des acteurs qui disent  : « Je suis le rôle, le rôle c’est moi. » Est-ce qu’il vous arrive encore de vous surprendre lorsque vous explorez un nouveau territoire de jeu ? — C’est rare de se sentir très libre pendant une scène. Quand ça arrive, c’est miraculeux. Ce n’est pas le cas à chaque scène ni à chaque film. Loin de là. Ce sont de rares moments de plénitude et d’accomplissement au travail. Parce que c’est un travail, vous savez. Depuis 25 ans, j’aiguise mon instrument, j’en prends un autre, je le polis différemment… Michaël Patin
« Dans le film, je ne joue pas une folle, je joue un symptôme. » 31 Romain Cole



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