Illimité n°293 novembre 2019
Illimité n°293 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°293 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : mémoire vive.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 Les Misérables sortie le 20 novembre L’émoi de la cité Auréolés de leur prix cannois et traçant la route vers Hollywood et les Oscars, Ladj Ly et ses Misérables déboulent ce mois-ci en salles avec une question en tête  : un grand film social peut-il aussi être un grand film populaire ? Vous choisissez dans votre film d’adopter le point de vue de trois policiers de la BAC plutôt que celui des habitants du quartier dans lequel ils opèrent, et dans lequel vous avez grandi. Quelque part, vous choisissez donc de parler pour « l’autre camp ». C’est parce que c’était plus efficace du point de vue de la dramaturgie ? — Depuis le début, je voulais faire un film sur les policiers. Le film ne parle pas que d’eux, mais je désirais adopter leur point de vue. Parce que j’ai fait du « copwatch » pendant plus de dix ans, parce que j’ai réalisé plusieurs documentaires sur les policiers et leurs méthodes musclées, parce que j’ai eu des rapports très compliqués avec eux  : ils ont déposé une quarantaine de plaintes à mon encontre, tout de même… Alors les gens qui s’intéressent à mon travail pensaient que j’allais faire un film « anti-police ». Sauf que mon regard sur le sujet a beaucoup évolué. Je tenais aujourd’hui à aborder leur métier dans toute sa complexité, une complexité que j’ai mis du temps à comprendre. J’estime désormais mieux connaître ce métier que jamais. Les Misérables ne fait pas référence qu’aux habitants de banlieue, il renvoie aussi à ces policiers qui y patrouillent chaque jour et qui ont aussi des salaires très bas, vivent aussi à crédit et dans des logements sociaux. Eux aussi connaissent la misère. Le film suit donc le quotidien de trois policiers, mais se focalise surtout sur le regard du petit nouveau, qui arrive de province, et dont c’est le premier jour du côté de Montfermeil. C’est très efficace « J’ai appris en fabriquant des objets, pas en regardant ceux des autres. » Romain Cole
parce que cette sensation de découverte sera celle de la plupart des spectateurs. — Oui, c’est son rôle dans la narration  : offrir un point d’identification immédiat au public, qui majoritairement ne connaît la banlieue qu’à travers les chaînes infos. À Montfermeil, tous les deux trois ans, les équipes de policiers changent. Il y a beaucoup de roulement, parce que les conditions sont épuisantes, il y a toujours des nouveaux, un peu flippés, qui s’aguerrissent petit à petit et finissent parfois par se prendre pour des cow-boys. J’ai grandi en banlieue et je connais ce cycle par cœur. L’autre avantage de voir à travers les yeux de la police, c’est que cela donne une intensité et une cinégénie proche du cinéma d’action. — Totalement. D’autant plus quand c’est la BAC, qui est une section très orientée « action », comme on le sait… C’est une idée qui va contre certains dogmes du cinéma français. Ici, les films sociaux sont imprégnés d’une esthétique beaucoup moins énergique que celle de votre film... — Peut-être, mais ce n’est pas conscient… Le cinéma français, je le connais mal. Je ne suis pas du tout cinéphile. J’ai appris à filmer sur le tas avec mes amis du collectif Kourtrajmé. Du coup, j’ai appris en fabriquant des objets, pas en regardant ceux des autres. De fait, je suis incapable de me positionner vis-à-vis d’un quelconque courant… Ceci dit, vous êtes conscient d’avoir fait un film populaire. — Tout à fait ! Donc vous vous êtes posé des questions de rythme, de compréhension, de structure… — C’était super instinctif. J’avais ce film en tête depuis longtemps et quand j’ai pu le faire, j’ai foncé direct. Je suis arrivé sur le tournage sans scénario, mais avec tous mes plans en tête. La question du rythme est surtout apparue au montage. Je tenais à faire un film qui ne dépasse pas trop les 90 minutes. Au final, Les Misérables en fait 100 ! Ce qui semble prémédité depuis le début, c’est d’accoucher d’un film en deux parties  : la première très immersive et composée de tranches de vie. Et une deuxième, plus guidée par la narration et l’action. — Oui, ça a toujours été le concept. On rentre à Montfermeil petit à petit, on découvre les habitants, le boulot des flics, les petites histoires du quotidien 29 et à la moitié du film, paf, il se passe un truc très grave et le récit va monter crescendo jusqu’au climax. C’est un procédé un peu inhabituel dans le sens où l’élément déclencheur, qui arrive généralement dans les 10 premières minutes d’un film, a lieu ici au bout de 45 minutes. Mais pour que cette histoire fonctionne il fallait que les spectateurs comprennent ce qu’est vraiment le quotidien d’une cité. Cette première partie est vraiment saisissante. J’ai l’impression que ces seules tranches de vie auraient pu composer un filmentier, même. — J’avais les rushes pour le faire en tout cas ! J’aurais pu faire tenir le film sur 1h40 sans que ça pète à aucun moment. On est dans le quartier, on se balade avec les mecs de la BAC, il ne se passe pas grand-chose, mais en fait il se passe plein de choses... J’avais les scènes, elles sont restées sur le banc de montage. Ce n’était pas mon désir de faire uniquement ce film composé d’effets de réel. Je voulais que ça se resserre en termes de narration à un moment. Et que ce soit un film court aussi, comme vous nous l’avez dit. Ce qui est inhabituel. — 1h40 c’est la durée classique d’un film, non ? Il y a quinze ans, oui. Aujourd’hui c’est deux heures, beaucoup plus même pour un « film cannois » comme le vôtre... — Ah ah, je ne savais pas. C’est marrant parce que j’ai montré une première version de 2h40 au distributeur et au vendeur du film, et à la fin ils m’ont dit  : « Super ! On adore ! On le prend tel quel. » Je me suis affolé  : « Surtout pas ! Je veux couper encore une bonne heure là-dedans ! » 1h40, c’est bien pour du cinéma populaire ! Faut pas plus ! R.T.



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