Illimité n°293 novembre 2019
Illimité n°293 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°293 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : mémoire vive.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 Adults in the Room sortie le 6 novembre « Être héroïque, ce n’est pas le rôle des hommes politiques. » COSTA-GAVRAS Héros, mais pas trop La crise grecque, un grand argument de cinéma ? Oui, mais pas sans une vraie figure romanesque comme Yánis Varoufákis. C’est en tout cas l’idée du grand Costa-Gavras sur Adults in the Room. Depuis au moins Les Hommes du président, la question revient toujours au sujet des films-dossiers sur la politique  : y a-t-il un pilote dans l’histoire ? Comprenez  : y a-t-il un véritable héros pour mener le récit, au milieu d’un barouf sans nom impliquant un peuple entier ? Bien sûr, les scénaristes se débrouillent toujours pour raconter l’intrigue à travers un personnage clé. Mais un autre problème se pose alors  : la reconstitution ne devient-elle pas de fait partisane, érigeant une figure centrale en sauveuse d’une nation ? À première vue, Adults in the Room ne fait pas exception à la règle en retraçant la crise grecque. De sa nomination comme ministre des Finances jusqu’au bout de son combat contre les instances européennes, décidées à ne pas effacer la dette nationale, le film suit Yánis Varoufákis à la trace. C’est l’homme de poigne qui a su dire non à l’Eurogroupe avec un sourire en coin et une bonne dose de détermination au fond du regard. Le preux chevalier de l’histoire, comme dans les contes ? « Il est certain que sans lui, le récit n’aurait pas la même force, assure Costa-Gavras, rompu à l’exercice du film politique depuis Z. Il est devenu l’incarnation de la résistance de la Grèce au cours de ces cinq mois de bras de fer avec l’Europe. Si bien qu’il a subi ce que les Américains appellent « character assassination »  : le fait de discréditer un individu public, comme on tue un protagoniste dans un scénario. Ce qui montre bien qu’il était devenu un personnage… Littéralement. » Utiliser le charisme bien réel de Varoufákis pour en faire un guerrier solitaire digne d’une épopée hollywoodienne  : un principe de cinéma qui présente le risque d’en faire une intouchable statue du Commandeur, à rebours des valeurs prônées par le gouvernement Tsipras – transférer le pouvoir au peuple, refuser le culte de la personnalité des dirigeants… C’est pourquoi Costa-Gavras a pris le parti de procéder à l’inverse des histoires vraies à l’américaine  : au lieu de romancer le réel à toutva, de gonfler l’héroïsme à bloc, il place volontiers Varoufákis en retrait pour en faire, avant tout, un témoin. « Pour moi, il est la porte d’entrée vers les événements qui se sont déroulés à huis clos à Bruxelles. Ce qu’il m’apporte, c’est un regard. Car je n’aime pas beaucoup le terme d’héroïsme, dans ce cas précis  : être héroïque, ce n’est pas le rôle des hommes politiques. Ils doivent avoir des idées, et insister sur elles pour améliorer la vie de leur peuple. » Un homme fidèle à ses principes, voilà ce que devient Varoufákis sous le regard du cinéaste, qui reconnaît « son exemplarité et sa cohérence sur le plan économique ». Hollywood finira bien par lui offrir un jour son biopic 100% hagiographique. A.V. DR



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