Illimité n°293 novembre 2019
Illimité n°293 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°293 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : mémoire vive.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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24 La Belle Époque sortie le 6 novembre Le temps de l’amour, le temps des copains... Nostalgique devant l’éternel, Nicolas Bedos ? En s’inventant des histoires désuètes pour qu’un vieux râleur retrouve ses premières amours, son second film La Belle Époque remet les pendules à l’heure. Au début de La Belle Époque, on se dit que le héros Victor, sexagénaire dégoûté par son temps, pourrait être joué par Jean-Pierre Bacri. Puis, quand il accepte d’entrer dans une simulation théâtrale de sa jeunesse, le choix de Daniel Auteuil paraît évident  : lui seul peut faire croire à ce contexte incongru… — À partir du moment où on voulait un acteur ayant eu 25 ans dans les années 70, c’est vrai que le nom de Daniel s’imposait. Parce que le personnage devait se prendre au jeu. Or, il a ce chic pour rendre crédibles les situations improbables. Il a d’ailleurs tenu plus d’un rôle fantastique. Mais il fallait aussi qu’il soit sceptique, au départ, devant ce concept de simulation personnalisée du passé  : Victor est un homme désabusé, sarcastique, et Daniel sait aussi jouer ça. En fait, son scepticisme épouse le mien face à ma propre idée de scénario… C’est donc votre alter ego direct, avec 25 ans de plus ? — Victor, c’est effectivement moi, mais pas seulement  : c’est aussi mon père, c’est le public… Ce sont les gens désemparés par leur époque, dont je fais partie. L’idée, c’est qu’ils retrouvent leur égarement à travers Daniel Auteuil, parce qu’on le suit en tant que personnage-narrateur. S’ils ne l’aiment pas, je l’ai dans l’os. Et que faire de Guillaume Canet, le metteur en scène de la reconstitution ? C’est vous aussi, en tant que cinéaste ? — Oui, c’est un peu moi sur le tournage de Monsieur & Madame Adelman. En fait, c’est aussi un nostalgique  : il embauche son ex pour jouer la version rajeunie de Marianne, l’épouse que Victor a envie d’aimer comme au premier jour… Lui aussi veut retrouver le passé à travers elle. DR Puisque chacun est une part de vous-même, vous n’avez pas peur qu’on vous associe à leur passéisme ? — Oh, si  : j’ai une nostalgie pour les années 70, assez absurde puisque j’ai grandi dans les années 80 ! Mais j’ai voulu la traiter, cette absurdité. J’ai veillé à ce que les deux femmes soient les garde-fous de sa nostalgie  : Victor cherche à revivre sa rencontre avec la vraie Marianne, que joue Fanny Ardant, mais cette dernière vit dans la start-up nation. Elle est obsédée par le progrès, et donc elle incarne le présent. La trentenaire Margaux, qui joue la version rajeunie de Marianne (interprétée par Doria Tillier, nldr), le remet aussi sur le droit chemin  : il n’est jamais aussi heureux que quand il en tombe amoureux « au présent » et se retrouve à prendre le petit-déj chez elle… C’est l’amour qui manque à Victor, plus que les pattes d’eph. De ce point de
vue, il correspond moins à ma personne qu’à celle de mon père, Guy  : quand je l’entends, à 80 ans, dire qu’il regrette ses 40 ans, je comprends surtout qu’il parle de l’amour et du désir au sens large. Le film tire à boulets rouges sur l’ère du tout-technologique, mais n’oublie effectivement pas de montrer que le repli vers le passé n’est pas la solution… — Voilà. Le film ne dit pas que c’était mieux avant  : il dit que c’est normal, parfois, d’avoir le vertige. Et moi, je voulais filmer ce vertige. Mon boulot, c’est de choper ce qui me touche le plus dans l’air du temps. Mais je ne veux pas tenir un discours autoritaire  : je suis le premier à être totalement paumé. Je passe ma vie sur Instagram, je me trouve complètement ridicule à faire des fixettes sur le passé, et en même temps je peux me retrouver complètement enivré par une soirée électro. L’obsession seventies dépasse de loin les sexagénaires  : elle est partout, de la mode aux films de Tarantino en passant par ceux de Paul Thomas Anderson… — Et dans la pub, et dans la passion des vinyles, et dans les boîtes de nuit… Je ne suis pas tout seul ! À l’époque, il y avait le rock, une drôle de guerre des jeunes contre les vieux, on découvrait la came, on roulait vite, on clopait sans s’inquiéter… Pour qui aime un peu trop vivre, c’est tentant de regretter tout ça. Victor n’est pas réac, il aimerait revivre une époque beaucoup plus libre qu’aujourd’hui, faite de teufs, de beuh, de santiags, de femmes fortes, de débats sur le féminisme moins tendus qu’aujourd’hui. Mais encore une fois, on ne peut pas vivre enfermé dans ce fantasme. Moi, il m’est arrivé d’être fasciné par le rétro, surtout le xixe, au point de lire Musset à la bougie… Eh bien, c’était une époque où j’étais particulièrement mal dans mes baskets ! A.V. « J’ai une nostalgie pour les années 70, assez absurde puisque j’ai grandi dans les années 80 ! » 25 Romain Cole



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