Illimité n°293 novembre 2019
Illimité n°293 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°293 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : mémoire vive.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 Toute ressemblance… sortie le 27 novembre À travers le miroir Après un peu plus de 50 ans de télé, Michel Denisot raconte le monde impitoyable du PAF avec Toute ressemblance… Un premier film qui ausculte l’ascension et la chute d’une superstar du JT interprétée par un Franck Dubosc déchaîné. Toute ressemblance… est une satire évidente du PAF, dont vous avez été l’une des figures clés pendant plusieurs décennies. Vous avez encore de la sympathie pour ce monde-là ? — Oui, c’est un univers que j’aime, que je connais bien et qui m’a procuré une part de souffrance aussi. Mais c’est le prix de la célébrité. J’ai situé cette histoire dans le monde de la télévision parce que j’y ai passé beaucoup de temps, j’y ai occupé beaucoup de postes  : j’ai été dans le management, patron de chaîne, journaliste, animateur, présentateur, directeur de ceci ou de cela… Bref, je crois que j’ai une vision assez globale et précise du milieu ; que je décris dans le film tel qu’il est. En grossissant parfois un peu le trait, mais pas tant que ça finalement… Il fait très peur tout de même ce monde  : zéro loyauté, zéro sentiment, du cynisme partout… C’est dans cette zone-là que vous grossissez un peu le trait ? — Non, l’univers de la télé est comme ça, pas besoin d’exagérer à ce sujet. Il faut juste le savoir, plutôt que d’imaginer qu’il puisse être autrement. Pour moi, tout ce qu’il y a dans le film à ce sujet est vrai. En revanche, j’ai voulu brouiller les cartes, en mixant plusieurs personnages en un seul. Personne n’est Cédric Saint Guérande, CSG, mon héros, interprété par Franck Dubosc, mais c’est un peu tout le monde. Idem pour le personnage interprété par Jérôme Commandeur, qui est une synthèse de plusieurs producteurs célèbres dans le milieu. Le film pointe une contradiction assez fascinante entre le désir d’être aimé du héros et son incapacité à s’intéresser aux autres… — C’est la définition même d’un animateur télé, et je sais de quoi je parle  : on veut être aimé par tout le monde, mais on pense d’abord à soi. Comment composer avec ce paradoxe ? C’est tout le dilemme du métier. Arriver en haut, vous savez, ce n’est pas si difficile… Beaucoup y sont arrivés. La prouesse c’est d’y rester. Pour ça, il faut faire sans arrêt des compromis. Il faut faire attention aux excès aussi, même si les excès permettent de combler cette vie un peu déséquilibrée. DR « Animateur télé, c'est vouloir être aimé par tout le monde et penser d’abord à soi-même. » Toute ressemblance… est donc un film sur un mode de vie, mais c’est aussi un film sur une époque. — Oui, sur la nôtre ! C’est un film contemporain sur le moment où on s’apprête à passer d’un monde à l’autre. La page se tourne, le pouvoir de la télévision est aujourd’hui complètement dilué dans la multiplicité des écrans et des moyens de connexion. La télé reste puissante, mais seulement dans certains cas. L’histoire que j’ai choisi de raconter, c’est-à-dire celle d’un présentateur de JT qui est aussi une superstar, ne pourrait pas se passer dans le futur, c’est certain. Toute ressemblance… est un témoignage sur une époque qui se clôt. La fin du héros, c’est la fin d’une certaine idée de la télé. Un des motifs les plus forts du film, c’est votre désir de faire faire des choses inconséquentes, voire triviales, à des personnages très érudits. C’est une bonne définition de l’art télévisuel ça, non ? — C’est assez juste, oui. Les gens qui font de la télé font attention en tout cas à ne pas trop étaler leur culture. Il faut comprendre quelque chose  : tout le monde y joue un rôle. Personne n’est dans la vie comme à l’antenne. Personne. Quand on fait de la télé, on se crée une sorte de personnage qui nous paraît idéal, un personnage qui définit la manière dont on voudrait être perçu hors des plateaux. Mais ce n’est pas nous.
C’est une forme d’expression artistique, la manière dont on compose à chaque émission avec ce personnage ? — Oui, complètement. Personne ne fait de la télé par hasard. Il y a des raisons très enfouies, très psychanalytiques à ça. Il faut parvenir à s’aimer soi-même. La grande différence avec l’art, c’est que ce que vous faites est jetable, oublié dès le générique de fin. Ça ne laisse pas de trace, c’est infime. Il y a des gens qui ont présenté le vingt heures pendant des années, à l’époque où il n’y avait que trois chaînes. Ils réunissaient 7, 8 ou 9 millions de gens tous les soirs, et puis, paf, on a déjà oublié leur nom. Outre son aspect satirique et très documenté sur les arcanes de la télé, le film est aussi un drame domestique où le héros doit jongler entre sa célébrité et sa vie de père de famille. Comment avez-vous fait pour que ces deux pôles, l’un comique, l’autre plus drama, ne s’annulent pas ? — Ils sont en fait indissociables, donc finalement ils cohabitent très bien. On ne peut pas parler de la célébrité si on ne parle pas de la vie privée des gens célèbres. Je ne voulais pas faire que de la satire, ça aurait été trop facile. Le film serait devenu un film à sketches et surtout, je ne voulais pas jouer au donneur de leçons. Mettre le nez dans la vie domestique de CSG, le voir dans l’incapacité d’offrir du temps et suffisamment d’amour aux siens, c’est amener le spectateur à comprendre sa folie, ses extravagances, mais ses douleurs aussi. Romain Thoral Romain Cole 15 LES 12 VIES (NON-EXHAUSTIVES) DE MICHEL DENISOT 1968 À 23 ans, il rentre à la télé. Son job  : pigiste à la station régionale de l’ORTF à Limoges. 1975 Coprésentateur du 13 heures avec Mourousi et Pierrard. 1982 Coanimateur de Téléfoot. 1984 Rejoint Canal +, y anime La Matinale puis les très cultes Zénith et Mon Zénith à moi. 1991 Président délégué du PSG. Son mandat se clôture en 98. 1993 Directeur artistique du Festival de Cannes. 1998 Directeur des sports sur Canal +. 2002 Président de la Berrichonne de Châteauroux. 2004 Directeur général adjoint du groupe Canal +. 2004 Présentateur du Grand Journal. 2012 Directeur de la rédaction de Vanity Fair. 2019 Réalise son premier film, Toute ressemblance…



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