Illimité n°292 octobre 2019
Illimité n°292 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°292 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : fini de rire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 Joker sortie le 9 octobre n connaît tous la phrase d’Hitchcock devenue désormais un énorme poncif critique. Rappelons-la sans trop rougir pour les deux, trois du fond et les plus jeunes d’entre vous  : « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film. » De Dark Vador à Hannibal Lecter en passant par Alien, le dicton hitchcockien a donc été mille fois vérifié  : les méchants sont la clé de voûte d’un grand spectacle hollywoodien. Mais que vaut précisément Hannibal Lecter sans Clarice Sterling ? Et Dark Vador sans Luke Skywalker ? Ou un alien sans Ellen Ripley ? Pas grandchose, comme l’ont prouvé plus ou moins récemment la prélogie Star Wars (la jeunesse de Dark Vador), Hannibal Lecter  : Les Origines du mal (comme son nom l’indique, la jeunesse du cannibale) en passant par Alien Convenant (la jeunesse des xénomorphes). C’est élémentaire, pas de yin sans son yang et avant de se trouver un bon vilain, vaut-il encore mieux s’assurer de posséder un bon gentil dans sa manche. Dans ce contexte comment envisager un film comme Joker de Todd Phillips, dont la raison d’être est de raconter précisément la naissance d’un des vilains les plus iconiques de la pop culture en excluant Batman de l’équation. Si l’on hume l’air du temps, on pourrait vite ranger le film dans une tendance actuelle, visiblement très lucrative, et qui consiste à imaginer des blockbusters centrés sur des Ses modèles revendiqués, notamment par la présence de De Niro au générique, sont ainsi le diptyque Taxi Driver/La Valse des pantins. méchants particulièrement iconiques – qu’ils proviennent de la culture comics ou non. Le grand public s’est dernièrement rué sur Maléfique (dont le second volet sort ce mois-ci), Suicide Squad (dont le spin-off sur Harley Quinnest prévu pour 2020) ou encore Venom (dont la suite est en tournage). L’angle de ces films-là, purs produits de consommation imaginés par les studios  : ces vilains que vous adorez sont au fond des gens plutôt sympas. Autrement dit l’industrie transforme ses renégats les plus glamours en héros vertueux (et se débrouille comme elle peut pour leur trouver des antagonistes). Un contresens total ? Oui, mais tout le monde semble aimer ça. L’axe choisi par Todd Phillips est aux antipodes. Avec Joker, le réalisateur et sa star, Joaquin Phoenix, regardent patiemment le mal dans le blanc des yeux jusqu’à ce qu’il contamine tout ce qui l’entoure (ça arrivera au sein d’un climax d’ores et déjà anthologique). Quelle est la frontière entre la folie douce
et la démence ? Entre le pauvre type qui rumine son mal être et le sociopathe ? Entre le sociopathe et le criminel ? Ce sont les questions traitées dans le film. En cela, Joker est beaucoup plus qu’un film de studio franchisé  : c’est clairement un film d’auteur, c’est-à-dire une œuvre habitée par une vision. Celle de Phillips ne s’accommode ni de « gentils » ni de « méchants », ni de yin ni de yang, pas Cesar Romero dans Batman (1966) Dans la série (et le film) des 60’s il est le seul à jouer son rôle avec un esprit de sérieux total, quasi shakespearien. Un génie totalement à côté de la plaque. Taux de démence  : par snobisme, simplement parce qu’elle se moque des carcans du classicisme hollywoodien. Ses modèles revendiqués, notamment par la présence de De Niro au générique, sont ainsi le diptyque Taxi Driver/La Valse des pantins. Deux variations sur le thème de la solitude urbaine signées Martin Scorsese et deux films dont l’identification au personnage principal est aussi problématique Joker  : les bonnes pioches Jack Nicholson dans Batman (1989) Volant sans remords la vedette à un Batman désemparé, il incarne la facette la plus arty et la plus extravagante du personnage. Ses costards multicolores sont ignobles mais son déhanché sur la batdance est inoubliable. Taux de démence  : Mark Hamill dans Batman  : The Animated Series (1992-1995) Le gentil Luke Skywalker prête sa voix à l’un des méchants les plus célèbres de la pop culture. Les fans ont adoré. La série, phénoménale, vient de sortir en Blu-ray. Taux de démence  : Le banc d’essai des meilleurs bouffons. 7 qu’inévitable. Joker joue dans cette catégorie-là, où tout ne se joue que dans les nuances de gris et où le rire se coince au milieu de la gorge pour se transformer en cri de désespoir. Non, vraiment, rien de super-héroïque ni de super-maléfique dans cette histoire où l’humanité lessivée du Joker éclabousse à chaque coin du cadre. Heath Ledger dans The Dark Knight, Le Chevalier noir (2008) Nolan repeignait la mythologie de Batman à la lueur de l’Amérique post 9/11 et son Joker devint soudainement un emblème politique. La prestation de Ledger appartient désormais à la légende. Taux de démence  : R.T. Jared Leto dans Suicide Squad (2016) La baudruche a vite explosé  : alors que Leto rêve d’une performance à Oscar, façon Ledger ou Nicholson, il se retrouve propulsé dans un sous-produit considéré comme nul et non avenu même par les fans. Pas de quoi se marrer. Taux de démence  : Joaquin Phoenix dans Joker (2019) Tout le film repose sur sa prestation sidérante, sa gestuelle élastique et ses éclats de rire qui foutent les chocottes. On en reparle aux prochains Oscars. Taux de démence  :



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