Illimité n°292 octobre 2019
Illimité n°292 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°292 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : fini de rire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 Liberté, égalité, Demoustier Tenir tête à Fabrice Luchini pour faire prendre un virage neuf à sa carrière  : défi relevé par Anaïs Demoustier avec Alice et le maire. Le rôle de la transition ? Alice et le maire a fait événement à Cannes, alors que son intrigue située à la mairie de Lyon ne promettait pas de séduire le public international… Pour vous, c’est une fable universelle ? — Je n’ai pas consciemment interprété l’histoire comme une fable, mais je pense qu’il y a de ça  : en le présentant à la Quinzaine des réalisateurs, j’ai entendu beaucoup de gens me dire que le film faisait écho au monde du travail dans l’ensemble, pas seulement à la politique française. Et puis, cet engouement n’est pas si étonnant  : par sa forme assez classique, Alice et le maire s’est fait remarquer. À Cannes, ça devient singulier de ne pas arriver avec un film coup de poing et tape à l’œil, plein de personnages hystériques ! Du coup, la rigueur, la subtilité et le profil bas sont parfois récompensés. Si c’est bien une fable, alors elle enseigne que la sagesse peut venir de la jeunesse, et que les aînés incarnent la fougue et l’énergie ? — C’est vrai qu’il y a une sorte de deal entre le maire joué par Fabrice et sa conseillère, mon personnage. Il a la forme, elle a le fond. Lui est déterminé mais il manque d’inspiration, elle a plein d’idées mais elle manque d’ambition. Finalement, c’est un échange de bons procédés  : ils vont se faire grandir. J’adore l’idée qu’Alice est un électron libre parmi tous ces gens du milieu politique dont les dents rayent le parquet. Mais au Alice et le maire sortie le 2 octobre Romain Cole départ, j’étais hyper impressionnée par le caractère intello du rôle  : comment être crédible comme « philosophe » quand on n’a pas fait Normale ? Le spectateur n’est pas dupe ! Le défi était de le captiver avec ces dialogues intelligents, de lui donner à voir la beauté de gens en train de réfléchir ensemble… D’autant que l’alliance indue des deux personnages est à l’image de votre collaboration en tant que comédiens  : Luchini et vous, en matière de méthode de jeu, ce n’est pas un peu l’alliance de la carpe et du lapin ? — Ça dépend qui est la carpe… Je peux être le lapin ? (Rires.) Même si nos univers de cinéma respectifs ne sont pas si différents, les façons de jouer n’ont effectivement rien à voir. Fabrice est évidemment un monstre sacré du verbe, il ne jure que par le texte. Alors que moi, pas du tout… C’était le choc des cultures. Il a été déstabilisé au début par ma manière de faire, et puis les choses se sont très bien passées. On m’avait dit  : « Attention, il pulvérise ses partenaires »,
« Ma frustration dans ce métier, c’est d’être trop soumise, de voir que l’action ne vient pas de moi. » mais en réalité, il est gouverné par l’enthousiasme  : si tu partages son envie de jouer, tout se passe dans la confiance et le respect. J’ai pris le parti d’assumer ma manière de faire, parce que j’avais déjà commis l’erreur de m’adapter à la méthode d’acteurs plus chevronnés. En fait, on finit par devenir leur élève… Voilà une chose qui me rapproche d’Alice  : comme elle, je n’ai pas cédé face aux aînés. On dit que Luchini fonctionne quand même à l’énergie physique et aux impulsions… — Oui, il reste proche du texte mais ce n’est pas du tout un intellectuel  : il a quelque chose d’américain dans son sens du rythme, sa manière de s’investir physiquement. C’est parfait, parce que je vois beaucoup de tension sexuelle dans Alice et le maire. Même si ce n’est pas une romance, on sent une tension sexuelle… Les idées s’échangent comme des mots doux, et le discours qu’elle lui prépare arrive presque comme une scène d’amour ! Cette manière de tenir tête à votre partenaire plus âgé et à votre environnement, c’est le signe que vous passez à un registre neuf ? — C’est vrai que, pendant des années, j’ai joué beaucoup de filles timides et mystérieuses, parfois au bout du rouleau voire dépressives… Alors que dans la vie, j’ai une personnalisé plutôt forte, je ne suis pas réservée du tout. Pourtant, on a vu cette timidité chez moi ! Sans doute une affaire de morphologie… Là, c’est très plaisant de pouvoir jouer quelqu’un de plus proche de moi, qui s’affirme. Et qui a mon âge, aussi  : en général, mes personnages sont plus jeunes. Dans le prochain Robert Guédiguian, j’ai un personnage très dur, très énervé contre le père de sa fille. Ce que c’est bon, d’exprimer enfin de la colère ! Finalement, Alice et le maire est votre bilan de compétences pour la suite... — Ah ah, en un sens, oui… Tout en étant à nouveau la jeune novice comme je sais le faire, je m’entraine à être moteur. Ma frustration dans ce métier, c’est d’être trop soumise, de voir que l’action ne vient pas de moi. Donc j’espère avoir davantage de rôles comme celui-ci… Espérons que le bilan soit positif ! DR Alex Vandevorst 1987 Naissance à Lille. 29 LA VIE D’ANAÏS DEMOUSTIER EN 5 DATES 2003 Éclosion de l’actrice ado dans Le Temps du loup, de Michael Haneke. L’étiquette « cinéma d’auteur » se fixe. 2008 Une fois majeure et vaccinée, confirmation de son talent chez Christophe Honoré avec La Belle Personne. 2014 Consécration avec cinq films dans l’année dont Bird People, la rom com Situation amoureuse  : C’est compliqué et Au fil d’Ariane, du pygmalion Robert Guédiguian. 2019 Entrée dans la cour des grands sujets politiques et des héroïnes un peu plus chevronnées, avec Alice et le maire.



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