Illimité n°292 octobre 2019
Illimité n°292 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°292 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : fini de rire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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24 Mon chien Stupide sortie le 30 octobre « Je m’appelle Henri Mohen, il y a 25 ans j’ai écrit un best-seller. Mon roman avait pulvérisé tous les records de ventes et remporté presque tous les prix littéraires. Depuis ce jour, je n’ai écrit que des merdes… » Lorsque Mon chien Stupide commence, le personnage campé par Yvan Attal rentre chez lui à Biarritz, d’un énième rendez-vous décevant avec son agent parisien. Devant sa maison, caché dans un bosquet, il tombe sur un chien aussi énorme qu’amorphe. Il va se prendre d’affection pour ce molosse bavant, au grand dam de sa femme et de ses quatre enfants. Le nouveau film d’Yvan Attal, dont il partage l’affiche avec Charlotte Gainsbourg et leur fils Ben, est adapté d’un livre de John Fante, écrivain et scénariste américain qui remâchait ses échecs dans des romans magistraux (alors qu’il était également un des script doctors les mieux payés d’Hollywood). Dans ce roman autofictionnel Chienne de vie Avec Mon chien Stupide, Yvan Attal adapte John Fante, se penche sur la crise de la cinquantaine et démontre qu’un molosse qui pue peut aussi être très cinégénique. avant la lettre, Fante raconte comment, avec l’aide de ce molosse, il retrouve sa confiance en lui. Avec son aide, le héros va se débrouiller pour que ses enfants quittent un à un la maison familiale. « J’ai découvert John Fante il y a très longtemps, en même temps que je dévorais Jim Harrison ou Charles Bukowski, explique Yvan Attal. J’ai lu Demande à la poussière, Bandini, c’était tout ce que j’aimais… Et puis, il y a 20 ans, Claude Berri m’a proposé d’adapter Mon chien Stupide, mais j’avoue qu’à l’époque, je suis complètement passé à côté. Peut-être que je n’étais pas encore un « vieux con », pas marié depuis 28 ans à la même femme, que je n’avais pas trois enfants… » Le film est à la fois une adaptation fidèle de Fante et une réinvention de son univers. La Californie devient la Côte basque, mais la vieille Porsche est bien là, tout comme l’ambiance océanique  : « J’avais regardé beaucoup de photos de la maison de John Fante, et quand j’ai vu cette DR villa à Arcangues, près de Biarritz, elle m’y a fait penser avec sa vue sur la mer, sa lumière naturelle, la chaleur du bois… » Ce qui change, c’est la caractérisation des enfants. Par exemple, chez Fante, un garçon voulait partir au Vietnam. Ici, c’est la fille dont le petit ami revient d’Afghanistan. Mais surtout la femme du héros, Cécile, interprétée par Charlotte Gainsbourg, a pris du relief. Le livre, paru en 1985, se déroule dans les années 70 et « le personnage de la femme n’était pas vraiment développé. On savait juste qu’elle n’aimait pas que son fils sorte avec une Noire. Et lorsqu’ils fument un pétard tous les deux, elle vomit et ça se termine en viol conjugal alors qu’elle est à moitié inconsciente. Ce n’est pas pour être politiquement correct que je ne voulais pas raconter tout ça. Mais parce qu’un livre et un film, c’est différent. Le livre on le pose, on le reprend, alors que dans un film, ce genre d’image reste jusqu’à la fin. » Attal a donc réécrit les relations du couple, développé le personnage pour en
faire une femme qui s’ennuie jusqu’aux confins de la dépression. Il a imaginé qu’elle s’émancipe à la suite du départ des enfants, un parcours psychologique plus en phase avec l’époque. Il y a mis des choses sur la lassitude du couple qui font suite à ce qu’il avait déjà montré dans ses deux premiers films, Ma femme est une actrice (2001) et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (2004). Reformant son duo parfaitement efficace avec Charlotte Gainsbourg, qui compose ici un personnage lucide et désabusé aux antipodes de l’agacement permanent de son mari. « Je sais bien qu’en interprétant ce couple marié depuis 25 ans avec plein d’enfants, nous jouons avec notre passé cinématographique, avec ce que les spectateurs ont lu dans la presse people, ce qu’ils croient savoir… », assume Attal. Au final, ça devient un drôle de film d’auteur sur la crise de la cinquantaine. « À un moment du film, mon personnage parle de toutes les femmes qu’il n’aura plus, des voitures qu’il ne conduira pas. Sa vie est derrière lui et il a du mal à s’y faire. » On pense alors au très bon Kennedy et moi (Sam Karmann, 1999) avec Jean-Pierre Bacri (autre grand bougon du cinéma français), adapté d’un roman de Jean-Paul Dubois, grand admirateur de John Fante. Et on se dit que ça ne doit pas être une coïncidence. Attal confirme  : « J’entendais Dubois, pour qui j’ai beaucoup d’admiration, l’autre jour à la radio. Comme mon personnage, il a choisi de quitter Paris. Ça lui donne une grande liberté, mais pour un écrivain, je crois que c’est aussi une forme de renoncement. » Ce renoncement, cet agacement face à la vie qui passe, cet énervement irrépressible mélangé de vague à l’âme et teinté d’un humour cynique, c’est le sujet pile de Mon chien Stupide, un film qui s’ébroue avec pas mal d’élégance et éclabousse tout sur son passage. Jacques Braunstein « Je sais bien qu’en interprétant ce couple marié depuis 25 ans avec plein d’enfants, nous jouons avec notre passé. » 25 Romain Cole



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