Illimité n°292 octobre 2019
Illimité n°292 octobre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°292 de octobre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : fini de rire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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20 « Gentil, Vincent, gentil ! » Hors normes, le nouveau Toledano-Nakache, est inspiré par l’histoire vraie de ces hommes qui consacrent leur vie à l’insertion de jeunes autistes. Hors normes, c’est aussi une bonne formule pour définir Vincent Cassel, spécialiste des rôles extrêmes qui brille cette fois dans le registre de la pure bonté. Rencontre. On est un peu surpris de vous voir dans un film de Toledano et Nakache. Ce cinéma-là, à la fois socialement engagé et feel good, semble loin de votre univers. — Je ne me pose pas trop ce genre de questions. Ce qui m’intéresse, quel que soit le projet, c’est la rencontre avec un metteur en scène. Qu’est-ce qu’il a à dire ? Comment il me le communique ? Toledano et Nakache ont tout de suite su me mettre en confiance, me montrer leur engagement, m’impliquer dans leur vision. C’est un film qu’ils portent en eux depuis longtemps, qu’ils avaient viscéralement besoin de réaliser. Pourtant, vous avez longtemps fui ce registre naturaliste. Hors normes sortie le 23 octobre On est habitué à vous voir jouer des personnages bigger than life, souvent monstrueux ou très ambigus, qu’ils soient historiques ou imaginaires. — Je ne considère pas Hors normes comme un film naturaliste. Ça aurait pu être un documentaire sur ces personnes qui viennent en aide aux autistes, mais c’est une vraie fiction, avec de vrais partis pris de mise en scène. Quand j’ai rencontré Stéphane Benhamou, le créateur de l’association Le Silence des Justes, dont s’inspire mon personnage, je lui ai bien expliqué  : « Bruno, ce ne sera pas toi. Ce ne sera pas moi non plus. Il y aura un peu de nous deux. Mais il aura aussi sa propre identité. » Là où je vous rejoins, c’est qu’on n’a pas l’habitude de me voir jouer des personnages positifs et altruistes. Je suis souvent dans la peau du méchant. Alors il a fallu que je m’adapte. Au début, quand on répétait une scène, Olivier et Éric me reprenaient souvent  : « Gentil, Vincent, gentil ! » Alors je descendais d’un cran. J’avais très envie de ça, de cette douceur propre à leur cinéma, cette capacité à donner de l’amour. J’en avais marre de tuer tout le monde. Il y avait quand même un vrai défi d’acteur comme vous les affectionnez  : donner la réplique à des autistes. — J’ai passé pas mal de temps avec eux, parce que j’ignorais tout de cette réalité. Éric et Olivier m’ont emmené faire une interview au Papotin, un journal écrit par DR
DR des autistes, où ce sont eux qui posent les questions. C’était assez vertigineux. Au début, je ne pouvais pas m’empêcher de les plaindre, mais à force, j’ai compris qu’on pouvait faire autre chose. Avancer ensemble, trouver un terrain d’échange. Ces jeunes n’ont pas de filtres, ils sont dans l’énergie brute, c’est difficile à canaliser. Pour y répondre, il faut savoir se mettre à leur diapason. Vous partagez beaucoup de scènes avec Benjamin Lesieur, jeune autiste qui incarne le personnage de Joseph. Et ce sont les plus drôles du film… — Quand Nakache et Toledano m’ont pitché leur film, j’avoue que j’ai un peu flippé  : « Vous êtes sûrs que vous voulez faire une comédie là-dessus ? » Ils essayaient de me rassurer  : « Ne t’inquiète pas, ça ne sera pas vraiment une comédie… » Mais pendant le tournage, je me demandais  : « Estce je suis en train de jouer dans une comédie ? » J’avais l’impression d’être le personnage le plus plombant qui soit, celui qui porte tout sur ses épaules… C’est la grande force de Toledano et Nakache  : chez eux, la comédie n’est pas une fin en soi, c’est ce qui permet de relâcher la pression. On est sans « J’avais très envie de cette douceur, de cette capacité à donner de l’amour. J’en avais marre de tuer tout le monde. » 21 cesse sous tension, dans des situations difficiles, et tout d’un coup, boum, ça arrive… et ça fait un bien fou. On sent que vous avez fait un gros travail sur le corps, pour disparaître physiquement derrière votre personnage. — Déjà, j’avais une sacrée chance, c’est d’avoir le modèle sous la main, Stéphane, qui m’a servi de référence. Et puis il y a Belleville, le quartier où je vis depuis longtemps quand je suis à Paris. Je connais bien les Juifs du quartier, qui ont cette discrétion particulière, cette manière de se mouvoir sans être remarqués. Je les observe souvent de ma fenêtre. Et puis je me suis inspiré des réalisateurs, qui finissent toujours par ressembler à leurs personnages. C’est chez Éric Toledano que j’ai vu Bruno en premier. J’avais déjà appliqué cette méthode pour Mesrine  : quand je ne savais pas quoi faire dans une scène, je regardais Jean-François Richet et je trouvais la solution. Bruno est aussi caractérisé par son absence de vie sexuelle. On lui organise des dates, mais ça ne marche pas. Et là, pour le coup, c’est très décalé par rapport à votre image. — Oh, vous savez, il ne faut pas confondre la fiction et la réalité. J’ai conscience de renvoyer cette image, je ne dis pas que je ne l’ai pas cherchée. Mais dans la vie, je suis plutôt un timide… Disons un timide qui n’a pas trop mal réussi. Ça m’est arrivé de me décomposer en parlant à une fille, de sortir des trucs consternants, hyper maladroits. En vérité, on est tous comme ça, même si on a du mal à l’admettre. C’est bien de voir un mec qui galère, parce que tout le monde peut s’identifier. Michaël Patin



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