Illimité n°291 septembre 2019
Illimité n°291 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°291 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 103 Mo

  • Dans ce numéro : dans Gemini Man, la star affronte son double des années 90.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 Gemini Man sortie le 2 octobre our saisir l’ampleur de Gemini Man, il faut revenir une vingtaine d’années en arrière. Un projet fou circule dans la grande tuyauterie hollywoodienne  : un vétéran de la guerre de Corée devenu tueur à gages, joué par Clint Eastwood, parvient à générer un clone plus jeune afin de rester dans le métier… Le vieux briscard de Million Dollar Baby aurait ainsi donné la réplique à l’escogriffe à rouflaquettes de L’Inspecteur Harry. Le hic  : la faisabilité technique du projet. Clint maquillé ou flanqué d’un partenaire ressemblant, ça aurait un peu atténué le miracle visé. Passé de mains en mains, le scénario est réécrit pour diverses stars âgées (dont Harrison Ford, Jon Voight et Sean Connery), avant de sombrer aux oubliettes. Jusqu’à ce que les avancées technologiques ne relancent les discussions, et que l’éclectique Ang Lee ne s’en empare. Aujourd’hui, il regarde la problématique de la tête d’affiche avec un détachement amusé, comme si la solution coulait de source. « Eastwood aurait été formidable  : nous connaissons tous le Clint trentenaire aussi bien que celui d’aujourd’hui. Mais en plus des contraintes d’effets spéciaux, il y avait un pépin. Comment faire un film d’action avec un acteur âgé ? Comment l’aîné peut-il être aussi agile que son cadet ? Même pour Harrison Ford, le problème se posait  : tous les grands acteurs dont le visage juvénile est resté familier sont désormais trop vieux pour l’action intense. Toutes, sauf Will Smith… Quel autre acteur épique, et encore en forme, a une version « junior » dont on se souvient si bien qu’elle coexiste avec son image présente ? » De fait, Gemini Man nous arrive enfin avec une puissance spectaculaire et poétique qui tient à cette vision  : le jeune loup fringant du Prince de Bel-Air Le jeune loup fringant du Prince de Bel-Air lancé dans un bras de fer avec son « lui » plus mature. lancé dans un bras de fer avec son « lui » plus mature – tueur professionnel lui aussi, et à même de prédire chacun de ses gestes (logique  : ils ne font qu’un). Un choc physique, puisque les grosses pétoires sont de sortie, mais aussi une sorte d’hallucination sans précédent. Car le faciès de Smith n’est pas simplement rajeuni digitalement, mais entièrement recréé en pixels d’après le modèle des années 90. Le Will de 50 ans ne prête que sa gestuelle et sa voix à ce double factice, pourtant fichu de coiffer son modèle au poteau. Vertige total, partagé par Lee en personne. « Le défi le plus irréel était de diriger Will en restant fidèle au débutant qu’il a été, en retrouvant la sensibilité artistique de ses 20 ans. Quand il jouait son jeune clone en motion-capture, je lui disais  : « Will, tu joues un peu trop bien… Ton langage corporel est trop assuré, trop chevronné. Sois plus fragile, deviens moins bon acteur ! » (Rires.) » DR
Ce n’est pas la moindre des prouesses  : faire s’entrechoquer deux Smith et marquer leurs différences, alors qu’on parle de la star la mieux conservée d’Hollywood. Son éternelle jeunesse est bien pratique pour les traques et les fusillades chorégraphiées. Mais ne risquait-elle pas, ironiquement, d’amoindrir le grand écart entre l’homme et son double ? « À l’extérieur, Will ressemble en effet encore au jeune homme qu’il fut, concède Lee. Mais j’ai voulu tirer de cette similitude un sentiment troublant  : puisque les deux Will se ressemblent tant, qui est le vrai ? Qui a la place de héros ? Cela ne marcherait pas avec Eastwood, qui est devenu plus doux que dans sa jeunesse. Mais le rappeur des vieux clips est aussi lumineux que la star des blockbusters contemporains… Cela pousse à s’interroger sur Will, sur ce que nous aimons en lui qui nous le rend héroïque et bienveillant. » Un poème philosophique sur Will Smith, drapé dans un thriller pétaradant à la pointe du raffinement technique ? Les films aussi ont le droit de se dédoubler. Alex Vandevorst DR DR DR L’odyssée de Lee En plus de toucher à tous les registres, Ang Lee ne recule devant aucun pari  : retour sur ses plus beaux coups d’éclat. Hulk (2003) Le film le moins aimé des mordus de Marvel ? Peut-être, mais une vraie expérimentation pour Ang Lee, qui s’adapte à la grammaire du film de super-héros à lourds effets numériques. « Si les fans les plus scrupuleux ont été déçus par Hulk, j’en suis responsable. En revanche, on ne peut pas dire que j’ai manqué d’aborder le film de façon personnelle. C’est l’inverse  : à trop me l’approprier, j’ai oublié les contraintes d’universalité ! » Un jour dans la vie Billy Lynn(2016) Le retour au bercail d’un marine après l’Irak  : avec la technique du HFR (qui augmente le nombre d’images par seconde), l’intrigue évoque tout sauf un énième mélo sur les vétérans ricains. « Le HFR produit une sensation vertigineuse, mais le film n’est pas un prototype. Au contraire, la technique est justifiée par le trauma du personnage, qui voit le monde à travers un filtre étrange… Comme le public. » 7 L’Odyssée de Pi (2012) L’époque où Ang réalise L’Odyssée de Pi, conte marin ayant un ado et un tigre pour héros, évoque celle de Tigre et Dragon. « J’avais pris un risque en m’essayant au récit d’arts martiaux, et j’ai voulu en prendre un autre en tentant de renouveler le rapport du public à la 3D  : m’en servir non pas pour le chaos et la destruction, mais pour un portrait bien plus simple des forces naturelles. » Gemini Man (2019) Non seulement Gemini Man bat un record d’innovation avec son rajeunissement intégral – si réaliste qu’on oublie vite le facteur numérique –, mais il cumule toutes les prouesses d’Ang Lee en matière de pyrotechnie complexe. « Avant Gemini Man, j’ai beaucoup utilisé la technique à des fins expérimentales, voire parfois déroutantes. Cette fois, j’ai voulu prouver que je pouvais aussi utiliser les nouveaux outils au service d’une noble cause  : le spectacle ! » DR DR



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