Illimité n°291 septembre 2019
Illimité n°291 septembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°291 de septembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 103 Mo

  • Dans ce numéro : dans Gemini Man, la star affronte son double des années 90.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 Les Hirondelles de Kaboul sortie le 4 septembre Le parti de l’animation est souvent pris quand il s’agit de représenter les réalités du Moyen-Orient. Peut-être parce que le dessin est un filtre qui rend le tragique plus supportable… C’est aussi le moteur des Hirondelles de Kaboul ? — Zabou Breitman. Il y a plusieurs manières de justifier ce mélange d’animation et de prises de vues réelles, qu’on voit par exemple chez Ari Folman. Ce que vous dites sur le filtre, c’est effectivement l’une d’elles. Mais je ne pense pas que ce soit la seule  : pour moi, Les Hirondelles devait raconter une histoire très lisible et universelle tout en mettant le jeu des acteurs au centre de l’adaptation du roman de Yasmina Khadra. Deux hirondelles font le printemps Pour dépeindre la capitale afghane aux mains des talibans, Les Hirondelles de Kaboul fait le choix de l’animation éthérée. Un pari quasi expérimental de la part de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, coréalisatrices qui s’en expliquent ci-dessous. « C’est notre vision, extérieure et donc forcément un peu fantasmée, de cette société afghane. » L’animation me paraissait donc une bonne idée, à condition que les comédiens puissent d’abord enregistrer leurs voix et qu’on anime ensuite les personnages en fonction de leurs tons, de leurs intentions, de leurs gestuelles… — Eléa Gobbé-Mévellec. C’est exactement le contraire du processus habituel  : normalement, les acteurs jouent leur texte « à la barre », dans le studio, en s’adaptant aux gestes des personnages animés. C’est assez inédit de prendre le contre-pied de cette méthode, même s’il y a eu quelques essais du côté d’Isao Takahata ou de JoannSfar. On pourrait croire que c’est un carcan pour les animateurs. En réalité, cela apporte une véracité qui rend le travail encore plus précis. Il a fallu vous familiariser avec l’univers du film, la société moyenorientale en général et afghane en particulier ? — E. G.-B. Oui, mais on en revient à l’idée du filtre  : le fait de proposer une représentation « dessinée » de Kaboul permet d’assumer que c’est notre vision, DR
extérieure et donc forcément un peu fantasmée, de cette société. On conserve quelque chose de fictif, plutôt que de proposer un tableau naturaliste. — Z. B. Il y a quelque chose de très universel dans le roman, dont on a essayé de rendre compte  : certes, la condition des femmes là-bas est extrêmement critique, plus encore qu’ici. Mais de manière métaphorique, on peut retrouver les mêmes enjeux. Bon, j’ai essayé de rajouter de la complexité dans le scénario  : la frontière manichéenne entre hommes et femmes, très nette dans le livre, est un peu plus floue ici… Vous avez réalisé le film avec ce souci d’universalité, de transformer un roman sur les talibans et la lapidation en fable populaire ? « Je n’ai rien contre l’aspect populaire, et j’aime bien le retrouver au sein des films d’auteur. » — Z. B. Non, c’est un élan naturel chez moi  : je suis très bon public en tant que cinéphile, j’aime tous les genres de cinéma – enfin, je suis quand même exigeante  : quand c’est tout pourri, je pars avant la fin ! Mais d’une façon générale, je n’ai rien contre l’aspect populaire, et j’aime bien le retrouver au sein des films d’auteur. Alors quand j’en réalise un, j’ai envie qu’il embrasse aussi toutes les sensibilités. — E. G.-B. Ce n’était pas un objectif conscient à la fabrication, mais c’est vrai que les techniques utilisées produisent quelque chose d’universel. On dialogue aussi bien avec l’animation japonaise qu’avec nos références plus européennes… La façon dont les personnages se meuvent peut rappeler l’anime, alors que le recours à l’aquarelle est plus proche de ce que j’ai fait sur Ernest et Célestine, par exemple. — Z. B. En plus, sur le plan thématique, on arrive en pleine période de prise de conscience sur la question du droit des femmes – un débat qui devient lui-même très populaire. Mais ce n’était absolument pas volontaire, on a commencé à travailler sur Les Hirondelles en 2012 ! C’est troublant de voir comme le cinéma s’aligne parfois 15 inconsciemment sur le mouvement des planètes… Zabou, vous qui n’êtes pas spécialisée dans l’animation  : est-ce que vous vous lanceriez dans une autre expérience similaire ? — Z. B. Pas rigoureusement similaire  : j’aime renouveler les défis. Mais refaire de l’animation ne me fait pas peur ! Déjà, j’adore l’idée de choisir une manière non conventionnelle de tourner, avant même d’avoir le pitch en tête. C’est d’ailleurs comme ça que j’aborde mon prochain projet. Travailler en dessin aimé m’a donné beaucoup d’idées. Je trouve que, en France, hélas, on est un peu trop sage de ce côté-là. J’aime bien les séries un peu trash  : South Park, Les Simpson bien sûr… Et surtout Les Griffin que je connais tous par cœur. J’adore le chien alcoolique. Je ne dis pas que je pourrais écrire aussi brillamment que Seth MacFarlane, mais ce serait bien de réveiller l’animation française en l’encanaillant un peu. Pourquoi les Américains ont-ils tant d’auteurs aussi tranchants, alors qu’en France, le pays de la satire et de Charlie Hebdo, on en manque aussi cruellement ? A.V. DR



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