Illimité n°290 jui/aoû 2019
Illimité n°290 jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°290 de jui/aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 100 Mo

  • Dans ce numéro : un film de wouf !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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12 L'Œuvre sans auteur sortie le 17 juillet Ils font peur, les films sur la peinture. Comment filmer l’inspiration ? Quelle est sa nature ? Pourquoi surgit-elle ? Une fois racontés les rebondissements biographiques de l’artiste – ses amis, ses amours, ses emmerdes, son enfance, suffisamment bien ficelés pour faire sens –, on montre quoi ? L’inspiration, comme la foi, naît dans le silence. Si le croyant a le décorum religieux pour pallier, à l’image, ce mutisme nécessaire, l’artiste n’a quasi rien. Un atelier, une toile blanche, quelques pinceaux, basta. Tandis que le peintre attend, cherche, gomme et recommence, le spectateur bâille aux corneilles. Après l’oscarisé La Vie des autres et un passage par Hollywood, le réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck rempile pourtant pour le meilleur grâce à son Œuvre sans auteur. S’inspirant du peintre Gerhard Richter pour créer son héros, Kurt Barnert, il déroule sa vie en une fresque intime et historique. Inspire ! Film fleuve qui décortique l’infilmable inspiration artistique, L’Œuvre sans auteur en a bel et bien un  : son acteur principal, Tom Schilling. Tandis qu’il cherche l’inspiration, l’acteur inspire le réalisateur. Barnert est enfant quand il voit l’exposition sur « l’art dégénéré », qui dénigre l’art moderne au profit de l’officiel plébiscité par le régime. Nous sommes en 1937, les nazis guettent. De ce point de départ pensé comme le choc artistique originel de Barnert, le réalisateur enclenche un film en deux volets romanesques et d’une intelligente amplitude. Il balaie son apprentissage de la peinture dans l’Allemagne d’après-guerre, avec le réalisme socialiste comme seul horizon artistique, son passage à l’Ouest et la découverte de l’art moderne. Sans oublier une histoire d’amour et un affrontement sourd et violent avec son beau-père, un DR ancien nazi qui, sans le savoir, y est pour beaucoup dans la vocation d’artiste de ce beau-fils qu’il méprise. Henckel von Donnersmarck a compris que l’art, c’est du temps et du labeur. Il donne trois heures à son héros. Quant à l’incarnation du labeur, il la confie à Tom Schilling. Le comédien de 37 ans découvert dans Oh Boy (Jan-Ole Gerster, 2013) métamorphose la phase d’incubation artistique, de désenfouissement d’un trauma de l’enfance qui fera œuvre, en pur moment de cinéma. Ce tour de force, celui qui a voulu être peintre avant d’être acteur l’opère grâce à la maîtrise de sa physionomie. Son visage sans cesse renouvelé, son regard insondable et toujours mobile, la fausse fixité de ses silences font qu’on jubile à le regarder penser. Tandis qu’il cherche l’inspiration, l’acteur inspire le réalisateur. La boucle est bouclée, le sujet traité et le spectateur précipité au cœur de ce vortex invisible, appelé création. Anouk Féral



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