Illimité n°289 juin 2019
Illimité n°289 juin 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°289 de juin 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : que serait un monde sans les Beatles ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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DR 6 Le film se passe dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé et où Ed Sheeran est la plus grande pop star, c’est un peu déprimant non ? — Non, c’est surréaliste. Et puis Ed est un artiste très intéressant. Vous avez déjà vu l’un de ses shows ? Non, jamais. — Nous oui, il faisait une tournée en Angleterre quand on écrivait le film et j’ai vu cinq concerts incroyables. En live, il est beaucoup plus… rugueux. Évidemment, il fait ses chansons mignonnes, mais il a tout un répertoire de chansons pas piquées des hannetons  : Bloodstream, You Need Me, I Don’t Need You, Castle on a Hill… Ce sont des titres hyper vicieux. Et aussi il a ce gimmick génial sur scène de se sampler lui-même, de jouer la boucle et de chanter par-dessus. Ce qui aboutit à la construction d’une polyphonie phénoménale pour un seul homme. Il joue tous les soirs devant 80 000 personnes pendant deux heures quand même. Revenons à Yesterday qui, implicitement, dit qu’aucun artiste n’arrivera jamais à la cheville des Beatles. — Il ne faut jamais dire jamais, mais ça me semble très difficile. Ils ont été protégés aussi… Normalement, ce qui Yesterday sortie le 3 juillet arrive – surtout à notre époque –, c’est qu’un tel phénomène musical se ferait attaquer aussitôt, surtout avec les réseaux sociaux. Mais les Beatles étaient vraiment sanctifiés. Individuellement, ils ont été critiqués, mais ensemble, ils avaient un statut presque sacré. Et puis, ils ont bouleversé en profondeur la société, ça aussi, je ne vois pas comment un groupe de musique pourrait y arriver aujourd’hui. Même des gosses de 20 ans connaissent leur travail. — C’est fascinant de voir les chemins qu’emprunte leur musique, par le sample, les playlists, la publicité, un bon prof de musique… Mes enfants connaissent leurs chansons alors qu’elles ont été écrites 40 ans avant leur naissance. Ma théorie, c’est qu’elles contiennent un ADN culturel dont certains points sont inaltérables. Vous DR entendez l’une de leur chanson et elle vous appartient immédiatement, elle fait désormais partie de votre héritage. En France, on a l’équivalent de Jack Malick, le héros de votre film. Le groupe s’appelle PNL. Au début de leur carrière, c’était des rappeurs sans grand intérêt, et soudain, sans qu’on comprenne comment, ils ont commencé à aligner les tubes imparables et à remplir les stades. Ma question est donc  : vit-on dans une réalité alternative où PNL a trouvé le répertoire du meilleur groupe de rap au monde ? — Ahaha. Je ne sais pas pour PNL, mais Ed Sheeran est un peu dans ce cas de figure aussi. Il est devenu l’une des plus grandes stars mondiales du jour au lendemain, en une chanson. Et depuis, il enchaîne les tubes. La vraie question serait de savoir si Ed Sheeran et PNL « La vraie question serait de savoir si Ed Sheeran et PNL viennent de la même réalité alternative. Et qui sont les groupes dont ils ont piqué le répertoire. » Romain Cole
7 viennent de la même réalité alternative. Et qui sont les groupes dont ils ont piqué le répertoire. Votre film tient un discours très critique sur la gloire et l’argent, préférant valoriser une existence simple, où l’amour et la modestie tiennent lieu d’absolu… — On comprend tous intuitivement qu’il y a quelque chose de merveilleux dans la simplicité et la modestie… En regardant ça, j’ai repensé à vos films des années 90 qui étaient beaucoup plus caustiques et qui raillaient la petite existence routinière des gens lambda. — Les années 90 étaient très différentes, spécialement en Angleterre. Il y avait une forme d’arrogance générale chez les artistes  : Damian Hirst, Madonna… Tous étaient dans une posture de bravade qui s’est épuisée elle-même. On était un peu pris là-dedans… Trainspotting, par exemple, a été un peu influencé par tout ça, même si ce n’était pas son propos. Dans le film, vous dépeignez la boss de l’industrie musicale comme une femme parfaitement cynique, avec laquelle n’importe quel deal est un pacte faustien. J’imagine que c’est un personnage que vous connaissez d’expérience… — C’est plutôt un commentaire sur l’industrie en général et la télévision en particulier. Je pense qu’on n’a pas encore vu les crocs de la télévision. Ils vendent ça comme un âge d’or, et de fait c’est une industrie en pleine expansion qui laisse croire à chacun qu’il a sa chance, mais elle va se contracter quand on apercevra ses dents… Et vous verrez les gens et les histoires se faire jeter. Et vous verrez ses ingénieurs, car c’est une industrie basée sur les datas personnelles et les algorithmes, qui vont cibler vos goûts. Ce sera absolument cynique. Donc oui, ce personnage représente cela. Romain Cole



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