Illimité n°289 juin 2019
Illimité n°289 juin 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°289 de juin 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : que serait un monde sans les Beatles ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
30 Parasite sortie le 5 juin Okja, votre précédent film, était encore plus gros, en termes d’échelle, de budget, de stars anglo-saxonnes que Snowpiercer. Avec Parasite, c’est comme si vous mettiez un coup de frein à main à ce principe inflationniste  : un quasi huis clos avec rien que des acteurs coréens. Vous en avez eu marre, subitement, de voir les choses en grand ? — Pas du tout ! Je ne suis pas du genre à penser une carrière en termes d’échelle. Seule l’envie préside. Parasite est un film que j’ai commencé à écrire juste au moment de la postproduction de Snowpiercer et je m’étais promis de le faire juste après Okja qui, lui, entrait en préproduction. Alors, oui, c’est un film plus « petit », mais ça ne reflète pas spécialement un désir de ma part. J’ai juste pris pas mal de plaisir à pouvoir me concentrer sur les acteurs, mais bon… C’est amusant que l’idée de Parasite vous soit venue au moment de Snowpiercer. Les deux films sont Quand notre cœur fait Bong ! Une famille sans le sou et survivant dans un sordide appart en sous-sol va petit à petit prendre possession d’une sublime demeure appartenant à des notables. Parasite, le nouveau Bong Joon-ho, est un brûlot politique camouflé dans un somptueux costume de thriller post-hitchcockien. Rencontre. très jumeaux. Le premier racontait la lutte des classes à l’intérieur d’un train. Celui-ci l’évoque dans le cadre d’une sublime villa… — Oui. Snowpiercer racontait une lutte horizontale, celui-là une lutte plus verticale  : les pauvres vivent dans un sous-sol. Le titre, Parasite, est au singulier en français. Ça peut paraître étrange parce qu’il désigne forcément un groupe d’individus dans le film. C’est aussi le cas en coréen ? — Tout à fait, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de singulier ou pluriel dans notre langue ! Parasite désigne donc une entité, ou un concept. Évidemment tout le principe du film c’est de deviner qui sont les parasites et même de deviner s’il y a vraiment des parasites dans cette histoire. On aurait pu appeler cela « Parasite (?) », mais ce n’était pas très subtil. (Rires) Le film est très offensif DR politiquement, peut être encore plus que Snowpiercer. Ça vous amuse de le montrer à un parterre de notables cannois ? — Je ne savais pas que Cannes était une ville aussi bling-bling ! Je croyais qu’il y avait des champs tout autour de la ville, que c’était la campagne et qu’il y avait des agriculteurs partout ! (Il éclate de rire.) On m’avait dit que Deauville était une ville bourgeoise, mais je ne savais pas pour Cannes, je vous jure. On m’oblige à mettre un smoking dès que je mets le nez dehors. Attendez, vous n’aviez pas remarqué ça quand vous étiez venu présenter Okja ? — J’étais resté très peu de temps. Et j’étais beaucoup plus fatigué ! Et donc ça vous amuse de présenter Parasite dans une ville aussi bling-bling. — Ah oui, je pense que tout le monde ne verra pas le film du même œil selon la classe d’où il provient !
« Je ne jure que par ce cinéma-là, celui qui fédère d’abord et se débrouille ensuite pour faire passer un petit message. » Parasite est un grand film politique parce qu’il se soucie aussi d’être un vrai film populaire, c’est-à-dire haletant, prenant, divertissant. C’est une typologie de cinéma qui est en voie de disparition, non ? — Oui, ça existe de moins en moins. Parasite prend un peu pour modèles les Chabrol des années 70 qui étaient à la fois très engagés et très populaires. Depuis que je suis petit, je ne jure que par ce cinéma-là, celui qui fédère d’abord et se débrouille ensuite pour faire passer un petit message en sous-texte. Je serais incapable de faire un autre type de film. Dans Parasite la maison où se déroule 80% du film est un personnage à part entière. Elle est immense et constituée de tout un tas de chausse-trappes essentielles à l’intrigue. Comment gère-t-on ça en termes d’écriture ? On dessine le plan de la maison avant même de commencer le scénario ? — Oui, il faut l’imaginer assez rapidement dans l’écriture. Ça m’a pris du Romain Cole temps pour écrire ce scénario. Quatre mois, et évidemment plusieurs scènes ne pouvaient pas fonctionner sans que je connaisse parfaitement la structure de la maison, qui a été conçue par mon directeur artistique. Je ne lui ai pas facilité le boulot d’ailleurs. Je lui demandais sans cesse de petits ajustements d’architecture pour amplifier le suspens d’une scène ou d’une autre. Dans la réalité, cette maison n’existerait jamais  : elle n’a aucun sens. C’est une vraie maison de cinéma ! On commence à regarder Parasite comme une satire politique, 31 puis comme un thriller et, à la toute fin, on réalise que c’est un film extrêmement sentimental. C’est une constante de votre œuvre, ça, l’émotion comme véritable horizon de cinéma. Oui, c’est toujours l’émotion qui prime sur tout le reste. Vous savez, j’ai perdu mon père il y a trois ans et je crois que ça m’a rendu encore plus sentimental. Il ne verra jamais Okja et Parasite, mais quelque part sa présence hante ces deux films-là. Ce sentiment très douloureux d’éloignement entre père et fils est en tout cas la clé de voûte de Parasite… R.T.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :