Illimité n°288 mai 2019
Illimité n°288 mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°288 de mai 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 104 Mo

  • Dans ce numéro : parle avec lui...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 Les Plus Belles Années d'une vie sortie le 22 mai pages spéciales Festival de Cannes — Les Plus Belles Années d’une vie est un peu plus qu’un film. Je boucle un chapitre de ma vie, là. Un homme et une femme a changé mon existence. Et lui donner une suite 52 ans plus tard, ça tient du miracle. C’est un miracle qui a pu se produire parce que, au moment où l’on célébrait les 50 ans d’Un homme et une femme, toute l’équipe s’est revue et j’ai observé que Jean-Louis et Anouk s’amusaient ensemble comme des enfants. Je ne pouvais pas rater ça, je voulais faire un film de ces retrouvailles. Par ailleurs, j’ai toujours pensé que les grandes histoires d’amour sont immortelles. Donc il fallait faire ce film… C’est toujours risqué de « réveiller » soudainement des personnages aussi importants que ceux d’Un homme et une femme. Il ne faudrait surtout pas gâcher le pouvoir de fascination du film original… — Oui et j’ai eu très peur à ce sujet. Jusqu’au bout. C’était le film de tous les dangers, celui où j’aurai pu passer pour un opportuniste qui tire sur la ficelle, un type sans inspiration. Mais j’en avais trop envie et je fais plus confiance à La chanson des vieux amants Plus d’un demi-siècle après Un homme et une femme, Lelouch, Trintignant et Aimée renouent le temps d’une dernière romance. Le réalisateur, toujours aussi enthousiaste, nous raconte le pourquoi du comment. Dabadabim ! l’intuition qu’à l’intelligence – qui a trop le sens des affaires. Si on avait réfléchi, on ne faisait pas le film, ce n’était pas raisonnable de le faire. Personne n’a voulu nous assurer, par exemple, sur ce film. À la fin de ses journées de tournage, j’allais voir Jean-Louis, qui comme vous le savez est malade, pour lui exprimer ma joie de faire le film, ma joie de le voir faire un aussi bon travail. Et il me répondait  : « Merci Claude pour ces compliments, mais je ne sais pas si je serai encore vivant demain matin. » Mais ça a fonctionné. Parce qu’on était dans l’action. C’est ce qui explique que le jeu de Trintignant reste malgré tout empreint de vitalité ? — On a essayé de tirer le meilleur de tout le monde, oui. Jean-Louis a beaucoup de mal à se déplacer, il ne voit plus très bien, mais son cerveau reste pétillant. Il a reporté tout son talent sur sa voix, qui est intacte. Et comme vous le savez, il a une des plus belles voix du cinéma mondial. Et elle n’a peut-être jamais été aussi incroyable qu’aujourd’hui parce que toutes ses forces sont concentrées DR dessus. C’est pour ça que je lui fais lire des poèmes dans le film, d’ailleurs  : quel pied de l’entendre déclamer de grands textes. Anouk, avec elle, ce qu’il faut montrer, c’est cette image de la « femme éternelle », elle n’a pas bougé, d’une élégance bouleversante. Elle, c’est le mouvement qu’il faut mettre en avant quand on la filme, et puis ce regard, cette sensibilité… C’est fou, ils ont presque le même âge tous les deux. Une des choses que je préfère chez vous, c’est votre manière de tout assumer. Là, vous ne vous gênez pas pour mettre des chansons de Nicole Croisille ou de Calogero et tant pis pour ceux qui n’aiment pas ça ou trouve que ça sonne « ringard ». — Oui, tant pis pour ceux-là. Moi, je les trouve sublimes ces chansons. Néanmoins il y a quelque chose que vous semblez ne pas assumer  : la première suite d’Un Homme et une femme, réalisée en 1986, et à laquelle vous ne faites jamais référence dans Les Plus Belles Années d’une vie.
— Ce n’est pas que je n’assume pas le film, non, c’est un joli film, mais j’en ai trop fait à ce moment-là. Je me suis trompé, je n’ai pas compris qu’il fallait juste filmer Jean- Louis et Anouk qui déjeunent ensemble, que ça suffisait. Les Plus Belles Années d’une vie m’a permis de rectifier cette erreur, de viser quelque chose de plus dépouillé. On réussit dans celui-là tout ce qu’on a raté dans le précédent. Mais ça effrayait un peu Jean-Louis, tout ça  : « Claude, on s’est planté avec le deuxième, tu es sûr qu’on en fait un troisième ? » « Si le film ne nous plaît pas, on ne le sort pas, Jean-Louis ! » C’était du bluff ? — Non, vous savez, c’est un « petit » film, tourné en une dizaine de jours. Mais c’était aussi une grande aventure. Vous disiez que Les Plus Belles Années… était plus qu’un film pour vous. C’est un peu le cas pour le spectateur aussi. Il y a quelque chose de renversant, de presque magique dans l’idée de revoir ce couple et ces deux acteurs géniaux cinq décennies plus tard. On observe les images du passé et du présent qui se télescopent. Il y a ce qui a changé, ce qui reste intact. Il n’y a que le cinéma qui peut offrir ce genre de spectacle et je crois que c’est la première fois qu’on voit ça au cinéma… J’ai toujours pensé que les grandes histoires d’amour sont immortelles. 17 — Oui, je crois que c’est la première fois… (Sourire.) J’ai eu le droit de finir cette histoire. C’est très curieux parce que j’ai dans ma carrière quatre, cinq films comme ça, qui ont fait le tour du monde et aujourd’hui, j’ai envie de les finir eux aussi. Enfin, « finir » n’est pas le bon mot  : leur offrir un épilogue, disons. Le personnage de Belmondo dans Itinéraire d’un enfant gâté mérite son épilogue. On mérite tous un épilogue. Aujourd’hui, j’ai 81 ans et je ne me suis jamais autant amusé. Bon j’ai un peu d’arthrose, je cours moins vite qu’avant, mais je n’ai jamais autant dégusté le présent. Et ça me donne envie d’aller inspecter celui de certains de mes personnages. Romain Thoral Romain Cole



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