Illimité n°287 avril 2019
Illimité n°287 avril 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°287 de avril 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 115 Mo

  • Dans ce numéro : le parc des merveilles ouvre ses portes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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24 L’Adieu à la nuit sortie le 24 avril Lumières divines La folie jihadiste d’un jeune couple, racontée dans un bain de lumière idyllique ? C’est le parti pris contrastéd’André Téchiné avec L’Adieu à la nuit, rendu possible par son chef opérateur Julien Hirsch. Retour sur le CV d’un homme phare du cinéma français. Romain Cole COM M EN TÉE FILMOGRAPHIE Éloge de l’amour de Jean-Luc Godard (2001) Après son rodage comme chef op sur le premier film d’Arnaud des Pallières, Julien se familiarise peu à peu avec un autre monde florissant et insulaire  : celui de Godard. Avec un parti pris très… godardien sur Éloge de l’amour, tourné en 35mm noir et blanc pour une moitié, et en numérique saturé pour l’autre. « À l’origine, Jean-Luc m’avait contacté pour filmer son générique de fin qui devait mettre en scène Bruno Putzulu, mais… sans Bruno Putzulu ! Puis il m’a proposé de travailler sur la seconde moitié du film en vidéo couleur, tandis que Christophe Pollock s’était chargé du 35 mm noir et blanc. Et finalement, j’ai étalonné le film. Éloge a marqué pour moi le début d’une collaboration avec Jean-Luc qui a duré plusieurs années. J’allais régulièrement en Suisse pour travailler sur ses recherches en vidéo pour ses nombreux courts métrages, ainsi que sur Notre musique en 35 mm. C’est un plasticien à part entière, qui travaille en permanence sur tous les supports. Ça a été une phase d’apprentissage et d’expérimentations – techniques mais aussi artistiques – qui m’a énormément servi par la suite. » La Sentinelle d’Arnaud Desplechin (1992) Le premier long métrage d’Arnaud Desplechin ne marque pas seulement l’émergence d’un cinéaste aux narrations conceptuelles. C’est aussi le galop d’essai de Julien Hirsch en tant qu’assistant opérateur, avant de devenir directeur de la photographie. « Après Louis Lumière, j’ai contacté Caroline Champetier, qui éclairait les films de cinéastes avec qui je rêvais de travailler. Je suis devenu son premier assistant, entre autres, sur La Sentinelle de Desplechin. Ou encore sur Hélas pour moi de Godard l’année suivante. Ma carrière d’assistant m’a appris à m’approcher de l’univers des réalisateurs, à comprendre où ils veulent nous emmener et à ne pas arriver comme un tank qui impose sa technique… Ça ne s’apprend pas à l’école. Je me souviens aussi du jour où Caroline m’a proposé de faire la lumière de son court, Marée haute. Ça a été une sacrée expérience d’éclairer le film d’une chef opératrice. Mais, comme à l’époque j’étais encore son premier assistant, je n’étais pas tout à fait chef opérateur dans ma tête ! »
Lady Chatterley de Pascale Ferran (2006) Le décor champêtre de cette romance pastorale évoque le travail de Julien Hirsch pour Téchiné, mais avec une dose supplémentaire de réalisme. « C’est sur ce film que j’ai le plus travaillé le rapport entre fiction et naturalisme. Pascale avait même envisagé de tourner en vidéo. Mais quand elle m’a parlé de l’importance qu’elle désirait donner à la nature, et de son désir de capter l’émotion de Constance jusque dans la coloration de sa peau, je l’ai convaincue de tourner en pellicule car, à l’époque, la vidéo n’était pas assez performante et aurait produit le contraire de ce qu’elle visait. C’est aussi sur ce film que j’ai le plus travaillé la lumière naturelle. Et j’ai été très fier que ce travail ait été récompensé par un César. » 25 La Guerre des boutons de YannSamuell (2011) Tiens, un hit populaire au milieu d’une filmo post-nouvelle vague ? « C’est grâce au travail que j’avais effectué sur Liberté de Tony Gatlif que j’ai été contacté. Ce pas de côté m’a beaucoup intéressé en me permettant de sortir du film dit « d’auteur ». Ce qui change ? Le budget, et le fait que les décisions artistiques dépendent beaucoup plus des producteurs. La volonté artistique ne vient pas d’une seule personne avec qui on dialogue. Du coup, on est moins instinctif. » L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller (2011) Après Versailles, Julien retrouve Pierre Schoeller pour ce portrait chirurgical (et acclamé) des arcanes du pouvoir en France. Le réalisme froid se mélange à l’imagerie onirique amenée par les cauchemars d’Olivier Gourmet. « Pierre est au départ scénariste et il avait inclus précisément cette dualité dans l’écriture du scénario. Ça ne l’empêchait pas de réécrire certaines scènes le jour même du tournage, ce qui fait qu’il y a toujours une part de work in progress dans ses films. Ces réécritures ne sont jamais une mauvaise nouvelle, car elles s’inscrivent toujours dans la continuité de ce qui a déjà été tourné. Il faut avoir les outils nécessaires pour réorienter le style visuel s’il y a lieu. » L’Adieu à la nuit d’André Téchiné (2019) Pour son huitième film avec Téchiné, Hirsch réinvestit un milieu rural qu’il rend paisible et luxuriant… alors qu’il est le théâtre d’un complot jihadiste fomenté par de jeunes amants tragiques. « André a tendance à profiter au maximum des effets ensoleillés, surtout quand l’histoire se passe en province. C’est une caractéristique commune à presque tous ses films. Mais je ne pense pas qu’Adieu à la nuit soit solaire pour contraster avec la noirceur du sujet  : au fond, l’horreur est tout aussi insupportable au soleil que sous la pluie. Je ne crois pas du tout que le tragique d’une situation provienne forcément d’une lumière tragique. Bien que tourné dans les Pyrénées orientales, on est tombé sur une période de mauvaise météo, et c’est l’une des contraintes que j’ai eu à gérer pour que le chemin dramatique tracé par le personnage d’Alex se passe dans un décor idyllique. André sépare complètement le découpage de la lumière. En préparation, ses références sont souvent picturales (Bonnard et Tiepolo reviennent souvent). Comme lui, je pense que l’on peut faire ressentir beaucoup de choses avec la lumière, même naturelle… Mais je me méfie des effets esthétiques trop visibles qui peuvent faire barrage à l’histoire. » A.V.



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