Illimité n°285 février 2019
Illimité n°285 février 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°285 de février 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : bienvenue dans leur famille...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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30 Vice,sortie le 13 février Si Batman est devenu une tête de Turc avec les Dark Knight (plus de 40 ans après la version génialement kitsch d’Adam West), c’est parce que Christian Bale vampirisait le filmentier. Le timbre rocailleux, le jeu torturé, les mines encore plus gothiques que le costume  : une telle grandiloquence était évidemment due à un talent immense, mais elle éclipsait forcément la complexité du personnage, au point qu’on ne retenait qu’elle – d’où les imitations goguenardes des marmonnements du justicier, sur le Net ou dans la franchise Lego. C’est le paradoxe du brio de Bale  : la performance Actors Studio mise au service d’un protagoniste devient plus grosse que ce dernier. On admire une transfiguration physique et mentale au moins autant qu’on croit à une personnalité. Sa métamorphose ahurissante dans The Machinist avait posé les bases du principe  : pour cadrer avec l’atmosphère kafkaïenne du L’homme qui n’était pas là Pamphlet grinçant sur les manœuvres obscures de Dick Cheney, Vice marque un aboutissement pour Christian Bale  : sous les traits du vieux briscard, le voilà qui pousse la performance transformiste jusqu’à l’effacement. texte  : Alex Vandevorst – photo  : DR thriller, il atteignait une maigreur digne du Guinness Book et livrait une prestation aussi schizo que l’antihéros, scellant ainsi son destin transformiste. En tournant un premier film-dossier avec Adam McKay, The Big Short, la star n’avait pas dérogé à sa règle. Dans le rôle d’un boursicoteur prescient, Bale livrait une prestation autistique assez sonnante pour faire oublier celles des autres membres du (prestigieux) casting. En le voyant retrouver McKay pour retracer l’ascension de Dick Cheney dans Vice, on pouvait s’attendre à un exploit du même tonneau. Les biopics sont toujours l’occasion d’une fusion spectaculaire entre une figure historique et un acteur, surtout au rayon politique  : l’autre expert des performances grandioses, Daniel Day Lewis, l’avait prouvé en portant la barbe présidentielle dans Lincoln (et là aussi, les petits malins n’avaient pas manqué de railler ses mimiques). C’est le génie du mal qui dévore le champ et non l’acteur, méconnaissable. Seulement voilà, Vice a d’autres ambitions que l’épate mélodramatique. La grande attraction, ici, c’est l’esprit machiavélique de ce vice-président taiseux, premier responsable de l’enlisement américain au Moyen-Orient. Bien que lancé dans un nouveau travestissement (une calvitie et 25 kilos en plus, cette fois-ci), Bale se fait paradoxalement oublier. Pour la première fois, c’est le génie du mal qui dévore le champ et non l’acteur, méconnaissable – voire invisible, tandis que SteveCarell et Sam Rockwell passent difficilement incognito. Il ne suffirait pas de féliciter la team maquillage  : la disparition du monstre derrière un personnage n’est pas due aux postiches mais à une mutation terminale, à un art de s’effacer humblement et sans grands effets superflus (ni grognements ni regards qui tuent), prouvant que ce génie-là n’avait pas encore tout à fait atteint son point d’incandescence.



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