Illimité n°285 février 2019
Illimité n°285 février 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°285 de février 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (197 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 111 Mo

  • Dans ce numéro : bienvenue dans leur famille...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 Grâce à Dieu, sortie le 20 février La bonne parole À rebours de ses partis pris habituels, François Ozon s’empare des affaires de pédophilie au sein de l’Église avec Grâce à Dieu. L’occasion de signer un intense mélodrame. texte  : Alex Vandevorst – photos  : DR & Romain Cole Au départ, Grâce à Dieu devait être un documentaire. Comment est venue l’idée d’en faire un récit fictionnalisé ? — J’ai enquêté longuement en m’entretenant avec les victimes adultes du Père Preynat et leurs entourages. J’ai eu accès à leurs courriers, leurs mails, aux rapports de police, mais surtout j’ai récolté des propos très intimes qu’ils ne répéteraient pas face à une caméra. J’ai donc très vite abandonné l’idée du documentaire pour aller vers la fiction. Ce qui n’a pas été pour déplaire à Alexandre, François, Emmanuel et les autres protagonistes, car ils avaient l’impression d’avoir déjà beaucoup parlé et rêvaient d’une fiction sur leur combat. Ce choix supposait d’aller vers le genre du film-dossier à la Spotlight… — Spotlight est un film sur le journalisme. Les affaires de pédophilie au sein de l’Église ne sont que secondaires dans le scénario. Donc mon projet était très différent, il s’agissait de mettre le dossier au cœur du récit pour en tirer un film sur la libération de la parole. C’est le sujet qui m’intéressait, et c’est vrai que la matière sur laquelle il repose – la souffrance des trois victimes mises au centre du script – est attrayante, car en plein dans l’actualité, et en même temps très sombre. Cela vous amène à inventer des images inédites  : la scène du début voyant Preynat face à Alexandre, le personnage de Melvil Poupaud, paraît surréaliste, car les médias n’ont jamais montré de tels aveux livrés par un prêtre coupable… — Pour cette scène, j’ai travaillé à partir du témoignage d’Alexandre  : il m’a raconté cet entretien et j’en ai tiré une séquence que je lui ai fait lire. Là, il s’est souvenu d’autres détails troublants qui sont venus nourrir ce que j’avais déjà agencé. Par exemple  : le fait qu’il ait ensuite prié avec son agresseur en lui tenant la main… Il est toujours compliqué de prêter ses traits à des personnes devenues des ennemis publics.
C’est vraiment arrivé et c’est très riche dramatiquement. Une fois que j’ai fidèlement retranscrit le vécu des victimes, j’ai assumé que Grâce à Dieu devienne du cinéma, avec sa part d’imaginaire. Quel élément de leurs histoires vous a paru le plus délicat à représenter – artistiquement et moralement ? — Je dirais que ce sont les flashbacks situés dans leur enfance. Pas qu’on représente les événements en soi, mais c’est déjà très dur de voir ces enfants à la merci de criminels. Cela dit, il m’a semblé important de les filmer. Parce que, quand on regarde Melvil Poupaud ou Denis Ménochet, on voit des hommes de 40 ans. Le fait qu’on les perçoive aussi comme des enfants aide le public à réaliser, cela va dans le sens de leur lutte. Plutôt que par Spotlight, on vous sent marqué par les virtuoses des films sur la parole, comme David Fincher ou Aaron Sorkin. 13 — Oui, avoir vu The Social Network, ou 120 battements par minute côté français, m’a beaucoup rassuré. Dans le film de Robin Campillo, j’ai beaucoup aimé les scènes d’amphi, qui bâtissent une scène aux personnages et prouvent qu’on peut faire un film haletant reposant sur le langage. J’ai contacté la chef opératrice de 120 battements par minute, Jeanne Lapoirie, qui m’a expliqué que toutes les scènes de dialogue ont été filmées à deux caméras. Et j’ai repris cette méthode. D’autant que vous êtes plutôt habitué à tourner des films reposant sur un concept de mise en scène  : film d’époque, comédie musicale, film de genre… — Oui, ici la mise en scène est au service des acteurs. Il y avait tellement d’informations à donner… Ma priorité a été de donner la possibilité aux protagonistes de se faire entendre. C’est effectivement le contraire d’un film comme L’Amant double, qui est beaucoup plus visuel. Après, la forme évolue en fonction des personnages  : la partie d’Alexandre, qui est resté très fervent, est un chemin de croix. Avec François, que joue Denis Ménochet, on est presque dans un film d’action mû par l’indignation. Et avec Emmanuel, incarné par SwannArlaud, on va vers quelque chose de mélodramatique. Grâce à Dieu offre un grand défi d’interprétation à ces acteurs, mais aussi à ceux qui jouent Preynat et Monseigneur Barbarin… — C’est sûr qu’il est toujours compliqué de prêter ses traits à des personnes devenues, au moins aux yeux de certains, des ennemis publics. Mais les acteurs, en général, prennent du plaisir à jouer des salauds ! Et puis ils restent tout de même secondaires, car les vrais héros sont pour moi les membres de l’association La Parole libérée. Il ne s’agit pas de condamner, mais de montrer à quel point ces gens sont englués dans un système. Et d’attirer l’attention, je l’espère, sur des crimes tolérés au sein de l’Église, mais aussi d’autres institutions.



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