Illimité n°283 décembre 2018
Illimité n°283 décembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°283 de décembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 126 Mo

  • Dans ce numéro : en vert et contre tous.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20 – Décryptage Par Alex Vandevorst Photo DR – L’île au cauchemar Rendre un vibrant hommage aux victimes du terrorisme sous une autre forme que le documentaire, est-ce possible ? Oui, comme le prouve Utoya, 22 juillet et son choix de la fiction sous très haute tension. Ne cherchez pas dans les vieux articles de presse  : Kaja, l’héroïne d’Utoya, 22 juillet, n’a jamais mis les pieds sur l’île maudite où 69 personnes ont trouvé la mort. Tout simplement parce que Kaja n’existe pas. Les attentats de l’été 2011 en Norvège, quant à eux, n’ont que trop existé. Seulement, le réalisateur Erik Poppe a pris le parti de suivre les traces d’un personnage purement fictif pour retracer le cours tragique des événements. Tout commence sur le camping d’Utoya, au camp d’été des jeunes travaillistes  : la jeune fille prend congé de sa sœur, plus soucieuse de faire trempette que de parler politique, puis elle rejoint ses camarades. On discute de tout, de rien, mais surtout de la bombe qui vient d’exploser à Oslo, sans trop s’inquiéter. Puis une détonation retentit. C’est la première d’une très longue série, qui hantera le film jusqu’à la dernière seconde. Kaja prend la fuite dès le deuxième coup de feu, emportée par la panique générale. Planquée dans un sous-bois avec quelques amis, elle se met en tête de retrouver sa sœur. On ne la lâchera pas d’une semelle  : Utoya est composé, quasi intégralement, d’un seul plan-séquence absolument haletant, décrivant le calvaire de l’héroïne et de ses compagnons d’infortune à travers l’île sanglante où le terroriste Anders Breivik, en cet après-midi de juillet, vient de poser le pied. Malgré le suspense dense et les déplacements virtuoses de la caméra, une question fait son chemin  : est-il bien raisonnable de profiter d’un « spectacle » aussi chargé en gravité ? Cette question-là, le Le réalisateur embarque le public dans un tableau purement sensoriel de l’attentat. Utoya, 22 juillet Sortie le 12 décembre. film ne l’ignore pas, bien au contraire. C’est d’ailleurs pour éviter de trahir la mémoire des victimes qu’il invente le personnage de Kaja. Celle-ci servira de témoin, ou plutôt de guide à travers le cauchemar absurde orchestré par les balles d’un monstre invisible, dont la sournoise présence est signalée par les salves sonores crachées par son fusil semi-automatique. Véritable héroïne d’épopée, la nature romanesque de Kaja permet de s’identifier aux innocents visés par les tirs nourris du terroriste comme on s’identifierait à une amazone sortie d’un thriller hollywoodien. Pour autant, le décalage avec la tragédie réelle, documentée par mille journaux, télés et enquêtes de spécialistes de l’extrême droite armée, n’est jamais un problème. D’abord parce que le récit s’inspire de témoignages et de faits attestés  : la trajectoire de Kaja a beau ressembler à celle d’un film d’action, elle ne ment pas sur l’horreur vécue par les cibles de Breivik. Ensuite parce que les sombres montagnes russes proposées par Erik Poppe embarquent le public dans un tableau purement sensoriel de l’attentat. Là où un documentaire pétri d’archives aurait cherché à faire comprendre ce qui demeure fatalement l’incompréhensible – à moins de l’avoir vécu –, les travellings vertigineux d’Utoya, 22 juillet prétendent simplement le faire ressentir. Ce qui semble plus approprié  : si la barbarie du terrorisme nous est racontée quotidiennement par voie médiatique, quel autre film a jamais tenté, jusqu’ici, de nous la faire éprouver dans notre chair ?



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