Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 ▶ ▶ Parce que leurs styles de jeu, d’humour et de publics sont à l’exact opposé ? — Voilà  : j’avais envie de prouver que ces deux idées très différentes du cinéma français n’étaient en fait pas si différentes que ça. Ils ne s’étaient jamais rencontrés, et quand on est allé voir Luchini au théâtre avec Leïla, en cinq minutes ils étaient devenus copains et partageaient les mêmes vannes. On ne pense pas à réunir ce genre de noms, à cause des clichés  : Fabrice la star intello, Leïla la jeune et jolie comédienne populaire. Mais en réalité, elle tourne plutôt avec des auteurs, et lui n’est pas si intello que ça, il le dit lui-même. Sa comédie préférée de ces dernières années, c’est Five d’Igor Gotesman, cette histoire de colocs qui s’improvisent dealers du dimanche pour payer leur loyer ! Il n’est pas élitiste, malgré sa culture et sa sensibilité. Ce mélange détonnant est pour vous un moyen de sortir de la comédie sociale entre filles, de brasser davantage les registres ? — Ce n’est pas un calcul, c’est l’histoire d’un type et de ses failles qui m’a d’abord attiré. Je n’avais pas non plus conçu mes précédents films comme des comédies sociales  : je te le disais, le ton humoristique s’est précisé après avoir trouvé les pitchs. Mais c’est vrai qu’au fil de l’écriture et du tournage, on a trouvé une note singulière, hors des genres. En France, la notion de comédie est trop codifiée  : en gros, c’est Philippe Lacheau ou rien. J’adore ce genre de comique, mais la comédie est quelque chose de plus large. C’est Mel Brooks, c’est Woody Allen, en passant par Lubitsch ou Capra. C’est un langage plus qu’un genre  : la même scène fait plus ou moins rire suivant que tu la ponctues avec un point ou un point d’exclamation. J’aurais pu traiter Un homme pressé comme une pure tragédie avec le même scénario ! Mais j’ai choisi d’employer une tonalité assez soft. Croyez-le ou non, il y a des gens qui m’ont dit avoir trouvé Tout ce qui brille trop sombre pour eux ! Comme Luchini, Leïla Bekhti a justement cette habileté à moduler  : elle passe très vite du rire aux larmes… C’est cette qualité qui définit votre « troupe » ? — Peut-être, mais je ne raisonne pas forcément en termes de troupe. Si je travaille une nouvelle fois avec Leïla, c’est parce que, en toute objectivité, je la tiens pour une des meilleures actrices de sa génération – je sais, en fait je ne suis pas objectif ! Et puis parce qu’avec un pur-sang comme Fabrice, qu’il faut savoir maîtriser, j’avais besoin de gens familiers à côté. Sans quoi le challenge aurait été impossible. « Un pur-sang qu’il faut savoir maîtriser » ? À ce point ? — (Rires.) Non, c’est juste qu’un grand comédien comme lui te demande un temps d’adaptation. Mais en vérité, c’est très commode de le diriger. Pas besoin de lui dire  : « Ton personnage est né à Montpellier, à 25 ans il a vécu une rupture difficile, etc. » Il va t’arrêter et te dire  : « Ton truc ne m’intéresse pas du tout. La psychanalyse, c’est ton job. Dis-moi juste ce que le personnage ressent dans cette scène et, hop, on y va. » C’est très reposant !
« En France, la notion de comédie est trop codifiée. » PARLEZ-VOUS LUCHINI ? TOUTES LES FOIS OÙ L’ACTEUR A PERDU SON LATIN Les Fables de Jean de La Fontaine (2013) C’est d’abord sur scène qu’on a vu Fabrice chambouler son si bon français, lisant La Fontaine en verlan dans le texte  : « Tre-maî Beaucor, sur un arbre ché-père, tenait en son bec un mage-fro. » Curieux comme on retient tout de suite mieux. Jean-Philippe de Laurent Tuel (2006) Une scène d’ébriété sur la voie publique donne l’occasion à Luchini, ici fan de Johnny, de parler ivre à son voisin avec des paroles de son idole mal chantées (le type qui jouait Perceval le Gallois chez Rohmer fan de Johnny, vraiment ?). Ma Loute de Bruno Dumont (2016) « C’est l’heure de l’apériii ! » Forçant sur l’accent grand bourgeois, Fab va tellement loin qu’il se rend incompréhensible, et abolit le « o » de « apéro ». Le film parle d’une famille cannibale, mais c’est son phrasé dément qui obsède le plus. Un homme pressé d’Hervé Mimran (2018) Un AVC lui fait cette fois perdre sa diction en or, ce qui donne lieu à une délicieuse compilation de ses précédents écarts de langage  : verlan involontaire, baragouinages baroques et mots inventés font du patient un personnage burlesque. Pour rendre drôle la maladie, il n’y a que Luchini. 9



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