Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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32 – Entretien Par Alex Vandevorst Photos DR & RC ▶ ▶ Lorsque L’Empereur de Paris débute, l’Arc de Triomphe est en construction. À la fin, le monument est terminé et Paris devient subitement une autre ville. L’ambition du film était-elle de raconter le passage d’une époque à une autre ? — Pas tout à fait, non, puisque, au fond, entre le début et la fin du film, ça reste la même époque  : l’Empire. D’ailleurs, pour l’anecdote, l’Arc de Triomphe fut commencé en 1806 et achevé en 1836 sous Louis-Philippe. Mais sous l’Empire, on pouvait le voir en entier car Napoléon avait demandé une toile peinte du monument fini pour voir son effet depuis les Tuileries. Mon idée était plus de raconter une trajectoire individuelle  : le film commence dans les bas-fonds et se conclut en observant la splendeur de l’Empire. Pour moi, ça résume le grand écart qu’a opéré le héros, Vidocq, durant toute sa vie. C’est quelqu’un qui a constamment fait le yoyo entre le pouvoir en place et des milieux, disons, plus souterrains. Le film est conçu comme une origin story. C’est-à-dire que tu racontes la naissance de Vidocq en tant que personnage héroïque  : c’est Vidocq Begins en quelque sorte. — Oui c’est ça, on pose progressivement « Il fallait que ça ressemble à l’époque, jusque dans l’impact des armes à feu… » les pièces sur l’échiquier, on introduit une époque, un contexte, un héros… Et on ouvre des perspectives pour des suites éventuelles… J’aime bien savoir comment naissent les héros. Ça m’intrigue beaucoup. Ce choix de l’origin story pose la question suivante  : faut-il traiter Vidocq comme un personnage historique ou comme un héros de fiction ? — On peut violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants, comme disait Alexandre Dumas. Évidemment, il y a des choses qu’on ne peut pas se permettre. On ne va pas faire de lui le fils caché de Napoléon, par exemple, ou lui faire faire du kung-fu sur les barricades en 1830. Mais on peut imaginer des rencontres inattendues qui ne se sont pas déroulées dans la réalité. C’est une question d’équilibre entre l’efficacité dramaturgique et la véracité historique.
Oui, mais dans ce cas précis, c’est particulier. Vidocq a eu plusieurs vies, bagnard, flic, détective privé, à plusieurs époques très différentes. Et surtout il a été le héros de tout un tas de fictions situées dans des genres assez différents. En 2001, par exemple, Pitof avait de son Vidocqun thriller à twist. Toi, tu en as fait un film d’aventure. C’est plus classique comme démarche… — Je n’ai pas vu ce film. Et je ne me pose pas forcément la question du genre. C’est plus simple que ça  : j’aime ou je n’aime pas. On m’a proposé un script, que j’ai remis à ma main et puis voilà. Il ne faut pas se voiler la face  : le nom de Vidocq a de l’allure. Il a inspiré tout un tas de films, de séries, de bédés, de romans… Mais si tu vas demander à la jeunesse qui est Vidocq, elle n’en sait rien. Donc il faut d’abord expliquer qui est Vidocq, avant de se poser la question du genre, du sous-genre, du commentaire postmoderne… Pour ce qui est de l’action, tu as choisi aussi de jouer la carte de la sobriété  : le réalisme prime. — Oui. Ça ne m’intéresse pas la surenchère pyrotechnique. Il fallait que ça ressemble à l’époque, jusque dans l’impact des armes à feu… Tu t’amuses quand même un peu à la toute fin avec un pistolet à quadruple canon… — Ah mais ce n’est pas une fantaisie, cette arme. Elle existait vraiment à l’époque. Il y en avait même au moment de la Révolution, des armes comme ça. Et puis, mine de rien, elle caractérise le personnage de Denis Ménochet, qui joue un policier très préparé. Tes producteurs, les frères Altmayer, sont les vrais instigateurs du projet. Ça fait une vingtaine d’années qu’ils ont ce Vidocq dans leurs cartons. Tu considères le film comme une pure commande ? — C’est une commande dans le sens où des 33 producteurs sont venus me chercher avec un script écrit par un autre. Mais j’ai pu remettre ce script à ma main et, aujourd’hui, je trouve que L’Empereur de Paris est un de mes films les plus personnels. C’est compliqué de te répondre catégoriquement… Qu’est-ce qu’il contient de si personnel, ce projet ? — C’est un film sur la liberté et son prix. Sur la possibilité de dire « non ». Qu’estce qu’une liberté sans force ? Cela me parle énormément, ce genre de thématiques. Et puis c’est un film sur les mécaniques de l’État observé à travers une période qui me passionne… J’ai essayé d’interroger notre présent en parlant du passé. Savoir d’où l’on vient ne peut que nous aider à savoir où l’on veut aller. Mais je n’ai pas voulu faire un film à slogans, attention. Je fais un film populaire, donc je m’adresse à tout le monde. Je préfère qu’une idée infuse, plutôt que de devenir un slogan qui fragilise la dramaturgie.



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