Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 – Interview Par Romain Thoral Photos DR & RC – L’âge de raison Accompagné de Ludivine Sagnier et de José Garcia, Jean-Paul Rouve ausculte dans son quatrième film les petits malheurs et les grandes joies d’une fratrie. Tout en charme et en sensibilité, Lola et ses frères affirme surtout une personnalité de cinéaste hors du temps et des modes. Vous avez choisi de cartographier dans Lola et ses frères un type de personnages très précis  : des gens de la classe moyenne supérieure. Une typologie très présente à l’écran dans le cinéma français des années 70, mais un peu moins désormais. Pourquoi ce choix ? — Parce que ce sont des gens que je connais. C’est assez facile au fond d’inventer, de se promener, comme un enfant, dans des mondes que tu ne connais pas, de créer des personnages très loin de toi. D’ailleurs, c’est très amusant à faire, il ne faut pas s’en priver. En revanche, c’est plus délicat de se coltiner à des gens qu’on connaît de près, le trait doit être beaucoup plus précis, tu ne peux pas te mentir. C’était à ça que j’avais envie de me confronter. Cet aspect très revendiqué rend le film singulier dans le paysage de la chronique naturaliste française. — Je tenais à revenir à un cinéma où le métier définit mes personnages. Dans les films de Berri, de Sautet ou de Jean-Charles Tacchella, les métiers passent même avant les relations familiales ou amoureuses. Avec mon coscénariste, David Foenkinos, on passe un temps fou à trouver les métiers. C’est même le point de départ de leur construction psychologique. Quand on tire le fil du métier, on entrevoit beaucoup de la sensibilité du personnage. Ça marche aussi comme ça pour les prénoms. Les prénoms, vraiment ? — Oui, même si c’est plus instinctif comme choix, moins théorique. Mais vous réalisez assez vite qu’il n’y a pas deux prénoms qui peuvent vraiment convenir à votre personnage, il n’y en a qu’un seul. En parlant de prénoms, le film s’intitule Lola et ses frères. Ce qui laisse entendre qu’il sera raconté du point de vue du personnage de Ludivine Sagnier. Or ce n’est pas le cas. C’est un film raconté à trois voix, celle de Lola et de ses deux frères, donc. — Oui, ce n’est pas l’héroïne du film, mais c’est elle le centre de gravité du récit. Elle est au cœur de tout dans cette relation familiale. Elle est à la fois la petite sœur que les deux grands frères doivent protéger, et Lola et ses frères Sortie le 28 novembre. en même temps elle les materne. Comme vous le dites, c’est un film raconté selon plusieurs points de vue avec des passages de flambeau. Et le principe, c’est que, à la fin, ils tiennent le flambeau à trois. C’est le deuxième film que vous écrivez avec David Foenkinos. C’est une association faite pour durer ? — David, c’est peut-être la plus belle rencontre professionnelle de ma vie… Déjà, on a le même humour, ce qui est capital. On aime aussi les non-dits, on a une vision du monde commune, on est très organique dans le travail, ce n’est jamais conflictuel. Qu’est ce que vous pouvez rêver de mieux pour collaborer ?
« Il n’y a pas deux prénoms qui peuvent vraiment convenir à votre personnage, il n’y en a qu’un seul » Il vous a aidé à trouver votre voie en tant que metteur en scène ? — Un peu, oui. Mon premier film, c’était un sacré foutoir. J’y avais mis tout un tas de trucs que j’aimais et à partir de là j’ai dû « écrémer », choisir ce que je préférais dans le cinéma. Ce que j’aimais dans le fond, c’était les non-dits, les petits drames de la vie qu’on glisse sous le tapis. J’ai eu l’impression d’être vraiment cohérent avec moi-même avec mon troisième film, Les Souvenirs, qui est un mélange entre gravité et légèreté et, comme par hasard, c’est aussi notre première collaboration. Ludivine Sagnier est assez stupéfiante dans ce rôle… — Elle a quitté ce rôle de jeune fille évanescente qui attire tous les regards, façon baby doll. Elle est devenue une femme. Sa beauté continue d’irradier, mais il y a quelque chose de plus affirmé désormais. Quelque chose de très ancré en elle, de très concret. C’était essentiel pour le personnage. Ce besoin de « concret » dans le film est aussi affirmé à travers l’utilisation des chansons, principalement de la variété française. Ça va de William Sheller à Jean-Jacques Goldman, et on sent que c’est très conscient comme choix. — Oui, je voulais des chansons d’ici, je voulais que ce soit la musique que les héros écoutent 19 dans leur bagnole. Je voulais aussi que le texte des chansons ait un sens par rapport à ce qu’on voit à l’écran. D’ailleurs, quand le film a été vendu à l’étranger, j’ai insisté pour que le texte de tous les morceaux soit sous-titré. Et puis je n’aime pas les trucs à la mode. C’est ma manière d’affirmer mon côté « à l’ancienne », je fais partie de la France qui écoute Nostalgie. Aujourd’hui, dans les films, on met plutôt des reprises mélancoliques de tubes anglo-saxons. Ça, c’est l’air du temps. Moi, je préfère Goldman. Et mine de rien, c’est tout sauf consensuel comme choix. C’est une vraie manière de s’affirmer. (Rires.)



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