Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 – Interview Par Alex Vandevorst Photos DR – À bout de Kursk Mais que fait Thomas Vinterberg aux manettes de Kursk ? Contre toute attente, cette production qui retrace le naufrage du K-141, sous-marin russe tristement célèbre, permet à l’auteur de renouer avec la radicalité grinçante de ses débuts. Rencontre en apnée. Kursk est votre premier film basé sur des faits réels. Paradoxalement, c’est aussi ce que vous avez fait de plus spectaculaire et romanesque… — Je ne le définirais pas comme une « histoire vraie ». Plutôt comme une histoire pleine de vérité. C’est raccord avec ce que j’ai fait jusqu’à maintenant  : des drames qui confrontent le spectateur à des faits dérangeants, passés sous silence. C’est d’ailleurs sans doute pour ça que Matthias Schoenaerts, qui joue le lieutenant à la tête de l’équipage, a suggéré à la production de me confier la mise en scène. Mais auparavant, ces vérités dont vous parlez concernaient surtout les familles dysfonctionnelles… Ici, les faits qui dérangent sont liés à une catastrophe militaire. On est plus proche de l’épopée que de Festen. — Oui, mais la vérité est dure à avaler  : le dossier K-141 Koursk est non seulement tragique, mais pavé de zones d’ombre politiques. C’est une épopée, comme vous le dites, mais portée par un héroïsme qui échoue. S’il y a bien un tabou qu’on ne veut pas affronter, c’est que la bravoure, dans certains cas, ne paye pas du tout. Dans la majorité des cas, en fait ! C’est ce qui raccroche le film aux wagons de votre filmo. En effet, vous racontez à nouveau une chute inéluctable… Ce qui doit être un challenge, dans un film à grand spectacle. — Pas tellement… La noirceur de cette affaire n’a posé aucun problème. Certes, le destin de ces marins prisonniers de l’océan est tracé à l’avance. La question n’est pas de savoir  : « Que va-t-il leur arriver ? » Mais plutôt  : « Comment le film va le montrer ? » Et l’intérêt, c’est de contrer les attentes du spectateur à ce niveau. Kursk, lui, joue des tours sans arrêt  : je m’amuse avec ses nerfs. C’est le pouvoir étrange du cinéma  : quand un personnage a plus de chances de s’en sortir, on craint qu’il échoue. Quand il en « Je ne définirais pas Kursk comme une « histoire vraie ». Plutôt comme une histoire pleine de vérité. » THOMAS VINTERBERG Kursk Sortie le 7 novembre. a beaucoup moins, on veut croire qu’il va quand même triompher… Ce n’est pas la première fois qu’un de vos films repose sur la manipulation… — Dans Festen et surtout La Chasse, je piratais les sentiments moraux du public grâce à un sujet hypersensible, la pédophilie. Mais le but est toujours d’exposer une réalité douloureuse et complexe  : l’idée que les gens aimables puissent être coupables aussi, ou bien que les enfants a priori innocents puissent détruire une vie avec une fausse accusation. Là, ce qui fait mal, c’est l’hypocrisie du gouvernement russe qui a rechigné à secourir ses hommes avec l’aide de la marine britannique afin de protéger ses petits secrets militaires. Ce souci de dire la vérité toute nue est la base du Dogme, le mouvement radical que vous fondez en 1995 avec Lars von Trier… — Oui  : il s’agissait de tourner sans artifices et avec le plus grand minimalisme, mais quelque part, Kursk est encore un film issu du Dogme ! (Rires.) Le refus de l’hypocrisie est effectivement ce qui a toujours guidé mon style. Même si, bon, le principe du Dogme était  : sois le plus vrai possible, le plus fidèle à ce que tu es, mais ne t’avise pas pour autant de mettre ton nom au générique ! J’en suis un peu revenu...
– La voie du milieu Le désormais incontournable Alban Ivanov est le négatif barbu d’Agnès Jaoui dans Les Bonnes Intentions  : l’homme de la rue qui détend les débats sociétaux d’un éclat de rire rocailleux. Dans Les Bonnes Intentions, l’héroïne jouée par Agnès Jaoui (une assistante sociale survoltée et surmenée) s’inquiète absolument de tout  : le sort des SDF, celui des migrants, de la fin des idéaux. De tout sauf de ses proches et d’elle-même. Derrière la caméra, Gilles Legrand a lui aussi pensé à tout en matière d’écriture et de casting  : ses personnages reflètent la France contemporaine, qu’ils soient vieux, jeunes, bobos, prolos, immigrés de longue date ou fraîchement arrivés. Il a même inclus un archétype souvent négligé  : le Français moyen, qui ne rentre dans aucune des cases sociologiques dont raffolent les comédies dramatiques françaises. Dans la galère mais pas assez pour être un sujet, défini avant tout par son (ou son absence de) job modeste, ce profil-là ne pouvait pas être mieux incarné que par Alban Ivanov  : brillant par sa discrétion drolatique, Par Alex Vandevorst Photo RC Portrait – 17 Les Bonnes Intentions Sortie le 21 novembre. voire burlesque dans Le Sens de la fête ou Le Grand Bain, Ivanov est toujours ce Gaulois du milieu, râleur et compliqué à mettre « en marche » (ici, il se laisse tout de même convaincre par Jaoui d’ouvrir son auto-école aux sans-papiers). Pas assez ambitieux pour être le héros d’une épopée en milieu entrepreneurial, trop normal pour être celui d’une sérieuse fable naturaliste, Ivanov s’insère pile entre ces deux files pour composer avec subtilité une sorte de version truculente de Vincent Lindon. Ce type commun et un peu dépassé que nous sommes toutes et tous, au fond. Autant dire un personnage indispensable au cinéma français.



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