Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 – Interview Par Anouk Féral Photos DR & RC – Secousse filmique Il y a quatre ans, la danseuse Andréa Bescond créait la pièce Les Chatouilles (Ou la danse de la colère). Mise en scène par Éric Metayer, elle y racontait les agressions sexuelles qu’elle avait subies enfant. Le public chavirait, la profession les sacrait d’un Molière et le cinéma les repérait. Les Chatouilles est aujourd’hui un film. Unique, bouleversant, incomparable. Rencontre avec les artisans de ce petit miracle. Le film a été sélectionné à Cannes dans la section Un certain regard. Ça vous a fait quoi ? — Andréa Bescond  : On était hallucinés ! On terminait le montage quand Thierry Frémeaux nous a sélectionnés. C’est une caution artistique, on se dit  : « OK, le film est peut-être bon. » On n’a jamais fait d’école de cinéma. On s’est lancés avec notre folie, notre envie. Mais faire sa première projection publique dans la salle Debussy, avec 1 200 personnes… — Éric Metayer  : On a eu une standing ovation de 20 minutes, on était presque gênés. On vient du théâtre. Être acceptés dans cette famille, c’est un rêve de môme. D’ailleurs, dans Les Chatouilles, vous gardez le dispositif de la pièce, des scènes de vie entrecoupées d’intermèdes dansés… — A.B. Tous ceux qui nous ont accompagnés nous ont dit  : « Allez-y, on croit en vous. » Mais parfois ils avaient peur de nos idées loufoques ! — E.M. Plusieurs fois, très gentiment, on nous a proposé de tourner des séquences de façon classique, pour les avoir au cas où. On disait non, parce qu’alors il y aurait eu discussion. Et on risquait de perdre notre identité, cet onirisme présent dans la pièce. — A.B. Plutôt que de se dire « c’est notre premier film, allons-y mollo », on y est allés à fond. On ne sait jamais, c’est peut-être le dernier ! (Rires.) Vous êtes mariés. Le sujet est difficile pour Andréa. Votre amour vous a-t-il aidés ? — A.B. Éric m’a donné la garantie que cette histoire valait le coup d’être racontée. Ça n’a pas toujours été simple, mais s’aimer et se protéger l’un l’autre nous a permis d’en être là aujourd’hui. — E.M. On est tous les deux des bouffeurs de vie. Andréa, c’est une force inouïe. Une plante qui a traversé seule le goudron pour voir la lumière. À deux, on a une audace énorme. Andréa, votre danse est presque brutale. D’où vous vient cette force ? — A.B. Je dansais avant d’avoir subi les viols. C’était une évidence qui est devenue un refuge. Peut-être aussi une manière de ne pas tomber malade. Beaucoup de victimes somatisent si elles n’ont pas d’endroit où déverser leur colère. Elles développent des cancers de l’utérus, des testicules. La danse me permettait de me faire mal autrement que par la drogue, l’alcool ou me battre comme j’ai un peu fait. Il est possible que je sois restée en vie grâce à elle. Les Chatouilles Sortie le 14 novembre. Vous incarnez l’héroïne, Odette. Votre jeu est cash et lui confère une féminité sans coquetterie, rugueuse… — A.B. Il n’y a aucun désir de plaire, oui. Juste une identité livrée de manière frontale. Une solitude et une grande indépendance. On voulait un registre de jeu brut. La sincérité, coûte que coûte. Il fallait que ce soit pur… — E.M. On n’a pas cherché à tout prix la comédie. Si elle venait tant mieux, sinon pas grave. Et s’il y avait trop de pathos, on cassait aussitôt. Odette c’est  : « Tu me prends comme je suis ou tu ne me prends pas. » Jamais elle ne se travestira pour plaire. Elle ne fait pas de cadeau, ni à elle ni à l’autre. Faire ce film a-t-il contribué à vous « réparer » un peu plus ? — A.B. Le chemin de réparation ne se termine jamais, mais au moment du tournage j’avais déjà passé un gros cap. J’abordais le film comme un rôle. Évidemment, des situations ont fait écho, mais il fallait réaliser un film et jouer dedans. Alors que le spectacle, à un moment, m’a fait souffrir. Avec l’épuisement, le ressassement des agressions et du déni familial, ça a été dur. — E.M. Précisons que Les Chatouilles, c’est un cas particulier. On n’a pas réalisé « Comment se sortir d’un trauma en dix leçons ». C’est une vision, un moment. Une œuvre dans laquelle on a mis des points de vue artistiques et sociétaux très personnels. On a traité le trauma et la bombe à fragmentation que représente ce type de drame dans une famille. Et pourtant le film est un étendard lumineux et très universel… — A.B. S’il porte les victimes positivement, tant mieux, mais on n’en a pas la prétention. — E.M. C’est vrai que les parents et les accompagnants de victimes réalisent des choses en le voyant, mais les autres aussi. Les spectateurs ressortent avec une pulsion de vie. Une envie de faire la paix avec eux-mêmes. — AB  : Au fond, le film apprend l’indulgence avec soi-même.
« Éric m’a donné la garantie que cette histoire valait le coup d’être racontée. » 13



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