Illimité n°282 novembre 2018
Illimité n°282 novembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de novembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 154 Mo

  • Dans ce numéro : langue vivante.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 – Rencontre Par Alex Vandevorst Photos RC &DR – Émois, émois et moi En plus d’être une ode au courage féminin sur fond de drame familial, Un amour impossible relève un défi inédit  : c’est la première véritable adaptation ciné de Christine Angot à ce jour. Quel est donc le secret de Catherine Corsini, première cinéaste à transformer l’essai ? En 2004, Pourquoi le Brésil ?, le dixième roman de Christine Angot, fut presque porté à l’écran. Presque, car le film de Laetitia Masson s’appelait Pourquoi (pas) le Brésil ? et racontait en fait les déboires d’une réalisatrice chargée de tirer un script du fameux roman, malgré sa conviction d’avoir affaire à un texte inadaptable. On la comprenait  : avec son écriture du Moi fondée sur les digressions mentales, et sa musicalité aussi dissonante que du free jazz, l’œuvre d’Angot paraissait un Graal imprenable pour le cinéma. Surtout, sa matière première – les faits réels, plus ou moins traumatiques – échappe a priori aux règles de la dramaturgie filmique. Un amour Un amour impossible Sortie le 7 novembre. impossible est donc la première adaptation « angotienne » à proprement parler  : l’enfance de l’auteure est retracée, sur fond d’une lutte entre sa mère Rachel (Virginie Efira) et son père Pierre, séducteur aussi pervers que magnétique. Par quel versant Catherine Corsini a-telle donc attaqué cette montagne ? De quel élément intraduisible en images a-t-elle dû se délester ? « Au départ, ce qui m’a semblé intraduisible, c’est le roman lui-même !, raconte la cinéaste. Le seul atout audiovisuel qui me « Au départ, le roman m’a semblé intraduisible. » permettait de restituer sa langue littéraire, c’est la voix off de la narratrice, Chantal. Christine Angot m’a laissée libre dans mes choix de transformation du récit, alors j’ai pu me lancer en sachant que je risquais de me casser les dents… Et c’est justement ce qui me paraissait excitant  : ne pas contourner les difficultés ni les grandes scènes dramatiques du livre. » Cette liberté a donné lieu à des partis pris qu’on jugerait plutôt étrangers à l’univers d’Angot. Comme le fait de caster Virginie Efira dans le rôle d’une mère battante  : pimpante et naïve dans les années 60, elle s’assombrit à mesure que les années passent et que croît l’emprise monstrueuse de Pierre (Niels Schneider). « Comme elle est plutôt drôle et rayonnante, je n’aurais pas imaginé proposer le rôle à Virginie. Puis en la rencontrant, j’ai été frappée  : après tout, c’est l’histoire d’une femme digne qui se sent pourtant rejetée par rapport à son milieu, persuadée qu’elle n’a pas le droit de faire ce qu’elle fait, à l’image de Virginie, qui n’aurait pas cru avoir sa place dans un drame tiré d’un tel roman. » Un contrepied produisant une adéquation inattendue, et faisant d’Un amour impossible le portrait d’un être cher à Angot, plutôt qu’un film sur l’auteure elle-même – une autre paire de manches, sans doute. Mais pour Corsini, la vie de cette mère courage (pas forcément irréprochable) portait en soi la possibilité d’un film. « Ce qui m’a passionnée, c’est que le roman décrit des réalités tragiques en allant plus loin qu’un scénariste ne pourrait jamais l’oser. Une fille du peuple a une histoire avec un intellectuel brillant, paf ! elle tombe enceinte, puis paf ! elle se fait lâcher, et ainsi de suite jusqu’à l’horreur… Racontée ainsi, cette vie a une trame extrêmement dramatisée. » La manière dont Angot pétrit le réel est peut-être la clé  : et si ses destins décrits dans leur cruelle nudité, loin de brider la puissance spectaculaire du film, éclataient les limites ?



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