Illimité n°281 octobre 2018
Illimité n°281 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 113 Mo

  • Dans ce numéro : un grand pas pour le cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 – Décryptage Portrait Par Alex Par Vandevorst Alex Vandevorst Photos DR Photo DR SHANE BLACK – Black est d’équerre Deux légendes des années 80 reviennent grâce à The Predator  : le célèbre alien rastafari, mais aussi le réalisateur Shane Black, cerveau du blockbuster à gros biceps. Va-t-il révolutionner notre époque obsédée par leseighties ? Tel un Père Noël invisible, Shane Black a ravi les enfants des années 80 sans qu’ils soupçonnent son existence. Comme nous sommes tous, plus que jamais, des enfants des années 80 (les spinoff de Star Wars sont là pour nous rappeler notre addiction), il convient de démasquer enfin cette éminence grise, adulée par les fins connaisseurs du grand cirque hollywoodien. Avant de rempiler comme réal dès 2005 avec Kiss Kiss Bang Bang, Black a été le prodige du script musclé au temps où les dinos Schwarzenegger, Mel Gibson ou Bruce Willis régnaient encore sur le monde. À 23 ans, il fourguait le scénario de L’Arme fatale au nabab Joel Silver pour 250 000 dollars. Le carton du film l’adoube illico comme plume en or, expert en buddies movies remplis de pistoleros farfelus. Passant devant la caméra à l’occasion (il est le troufion à lunettes du premier Predator, dont il réarrange les dialogues), il poursuit une fructueuse carrière jusqu’à Au revoir à jamais, dont l’échec précipite sa chute. The Predator Sortie le 17octobre. Ses retrouvailles avec l’illustre chasseur à dreadlocks – mais sans Schwarzie – seraient donc l’occasion de rebooter son propre univers ? « On ne m’a pas attendu pour le faire ! Les années 80 revivent partout grâce aux suites et aux hommages comme Stranger Things, que j’adore. Aucun problème avec ça, tant que les réalisateurs n’oublient pas que le public auquel ils s’adressent n’a pas grandi avec les mêmes films qu’eux… Ce qui arrive souvent, c’est vrai. » Fallait-il qu’un vrai vétéran comme lui s’occupe de redresser la barre ? « Le public contemporain n’attend pas qu’on lui rende son enfance en l’état. Il n’est pas nostalgique de nos scripts deseighties, il est nostalgique tout court  : Tarantino prouve à chaque film que les foules adorent qu’on cite des westerns oubliés des seventies, des films de guerre des sixties… » PREDATOR EN 3 RÉPLIQUES MONSTRES 1/« Ugly motherf***er ! » (« T’as pas une gueule de porte-bonheur ! ») Sens caché  : « Aussi enrichissantes soient-elles, nos différences sont aussi sources d'incompréhension. » 2/« If it bleeds, we can kill it » (« S’il peut saigner, on peut le tuer ») Sens caché  : « Je suis aussi fort en logique qu'en vélo elliptique. » 3/« Get to da choppa ! » (« À l’hélico ! ») Sens caché  : « File, les persos secondaires meurent toujours avant moi ! » « Le Predator est devenu très, voire trop familier. » Il y a bien un point sur lequel Black avoue qu’il faut en finir avec le syndrome de Peter Pan  : l’engouement des masses pour les mythologies vieilles de 30 ans crée une distance ironique. Difficile de regarder le Predator autrement que comme une figurine désarticulée à force qu’on a trop joué avec. « Les gens ont besoin qu’on ranime leurs peurs. Le Predator est devenu très, voire trop familier, au point qu’on le perçoit comme une mascotte du Comic Con ! Ça me rappelle la furia générée par Les Dents de la mer  : les médias étaient saturés de blagues et de cartoons mettant en scène le requin, qui devenait un sujet de gaudriole. Mais, une fois devant le film, le public était brutalement saisi par le danger qu’il représentait. De la même manière, mon travail est de tuer la mascotte enfantine pour redonner sa férocité à l’alien, et donc sa noblesse en tant que monstre de cinéma. » Troquer les clins d’œil parodiques et les imitations nostalgiques contre des peurs inédites, réinventer un spectacle à consommer au premier degré, voilà le défi de Black avec The Predator. L’homme qui nous a fait aimer les années 80 va-t-il nous en guérir une fois pour toutes ?
Par Marc Ponceau Photo DR Décryptage – 29 – Souffrir pour Lars Dans The House that Jack Built, Matt Dillon incarne un tueur en série conçu comme le double de son auteur Lars von Trier, pour un dernier film en forme de (probable) testament. Résumé des principales obsessions du cinéaste danois. L’Amérique En situant The House that Jack Built aux États-Unis, Lars von Trier ne fait que poursuivre une longue relation d’amour-haine avec une Amérique qui le fascine au point de lui avoir inspiré plusieurs films  : Dancer in the Dark, Dogville, Manderlay, sans oublier Dear Wendy, qu’il a écrit et fait réaliser par Thomas Vinterberg et qui traitait de l’importance des armes à feu dans la culture américaine. Une idée qui revient dans son dernier film, à propos duquel le cinéaste a déclaré vouloir commenter l’Amérique de Trump, patrie de la vente libre des armes et des tueurs en série. La forme Les multiples tentatives de Jack, souvent ratées, de construire une maison idéale reflètent les propres expérimentations de Lars von Trier dans sa quête de forme. Au fil de sa filmographie, il aura testé une vaste gamme de styles, entre la chasteté rigoureuse du dogme et l’abstraction conceptuelle (Dogville), sans renoncer à la tentation esthétique, comme en témoignent certaines images somptueuses, disséminées avec parcimonie mais régularité, révélant un grand styliste. Dans The House that Jack Built il recourt au lyrisme pictural pour évoquer La Divine Comédie. Les femmes Même si le scénario prête à Jack une soixantaine de meurtres, le film montre une majorité de victimes féminines au cours d’incidents représentatifs du mode opératoire du tueur. Chacune est martyrisée de façon différente, physiquement et psychologiquement, dans la continuité des précédents longs-métrages du cinéaste, presque systématiquement centrés depuis Breaking the Waves sur des personnages féminins tragiques. Mais, comme le faisait remarquer l’auteur lui-même, répondant aux accusations de misogynie, les personnages masculins ne sont pas mieux traités. L’effet miroir S’il est intransigeant envers le genre humain, Lars von Trier n’est pas plus indulgent avec lui-même. Pas besoin d’aller chercher très loin pour voir des correspondances entre le cinéaste et l’architecte-tueur joué par Matt Dillon  : il exerce son activité comme une discipline artistique, s’imposant des règles strictes, essayant de ne jamais se répéter. Affligé de tocs et en proie à des angoisses continuelles, Jack essaie de trouver l’équilibre en conversant avec un confident invisible appelé Verge, et qui est peut-être la voix de sa conscience rationnelle et morale. Von Trier avoue se sentir proche de son personnage, à la différence près qu’il serait incapable de tuer quiconque, même pas un journaliste. L’héritage Comme Jack, Lars von Trier a toujours considéré qu’il fallait souffrir pour son art, une notion qu’il tient de Strindberg, peut-être l’une de ses influences majeures. Dans le film, il est clair que Jack doit payer le prix de ses actes (ou de son œuvre). Dans la réalité, von Trier semble porter physiquement les traces de son activité  : au dernier Festival de Cannes, il est apparu très diminué et a déclaré qu’il n’aurait probablement plus l’énergie nécessaire pour tourner des longs-métrages. Ce dernier film serait donc son testament. The House that Jack Built Sortie le 17 octobre.



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