Illimité n°281 octobre 2018
Illimité n°281 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 113 Mo

  • Dans ce numéro : un grand pas pour le cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
24 – Décryptage Interview Par Alex Par Alex Vandevorst Photos Photo DR DR GILLES LELLOUCHE – Viens voir les comédiens Quand un acteur populaire filme une bande d’illustres confrères, cela donne Le Grand Bain de Gilles Lellouche  : une parabole douce-amère sur le métier de comédien, et sur la condition masculine au sens large. Explications avec son auteur-star. Film choral par excellence, Le Grand Bain a plus d’un héros. Mais on découvre ce groupe de nageurs amateurs à travers les yeux de Mathieu Amalric  : pourquoi lui, dont la filmo est assez loin de la vôtre ? — Il fallait partir d’un personnage qui imprime le problème global de ces hommes, même si chacun a ses pathologies propres  : un type affrontant la dépression, l’incapacité de travailler, et pour qui le « grand bain » va être le lieu d’une sorte de thérapie de groupe. Ce principe d’entraide m’a touché quand j’ai été aux Alcooliques anonymes préparer Un singe sur le dos  : l’histoire m’est venue avant même celle de la natation synchronisée. Et Amalric convenait parce qu’il a souvent joué des psys, ou des gens qui en consultent ? — C’est surtout qu’il a naturellement une curiosité pour les gens, dénuée de tout préjugé. Et puis, comme vous le dites, on l’a vu dans des films très différents des miens et j’avais envie d’éclater les chapelles du cinéma français. Les familles d’acteurs, c’est très bien – j’en ai une et j’en suis ravi – mais, passé un moment, c’est aussi inhibant. J’ai donc voulu mélanger  : Poelvoorde, Canet, Anglade ou Félix Moati, c’est un brassage de styles et de générations. Les réalisateurs plus connus devant la caméra que derrière font souvent la part belle aux acteurs, mais il est rare que leur expérience de comédien infuse autant le film… — C’est vrai que c’est devenu un peu le sujet, de façon inconsciente ou presque  : le personnage d’Anglade, musicien frustré qui espère encore percer à 50 ans, est une métaphore des espoirs déçus d’amis que j’ai croisés, dans le théâtre amateur par exemple. Je pensais aussi à la natation synchronisée  : l’entourage des nageurs leur reproche de pratiquer un sport féminin, de montrer leurs corps… Comme si vous vouliez briser le cliché avec lequel vous êtes censé cadrer en tant que comédien. « Les familles d’acteurs, c’est très bien mais, passé un moment, c’est aussi inhibant. » Le Grand Bain Sortie le 24 octobre — Il y a de ça, parce que j’appartiens à ce genre d’acteurs à qui on a collé une étiquette ultravirile – ce dont je ne me plains pas, mais je ne me limite pas à ça, ce serait trop triste. Ce métier possède une part de féminité que je revendique ici. Mais je crois que le film traite de la condition des hommes au sens large  : qu’est-ce que c’est qu’être un homme hors des critères fixés par la société ? Qu’est-ce que c’est qu’être un type qui « n’a pas de Rolex à 50 ans » ? On s’est beaucoup moqué de cette phrase, mais elle est restée. Ce qui me fascine, c’est comment ceux qui n’ont rien pour eux composent avec ce genre de diktat. Et curieusement, le casting incarne ces questions, alors qu’il aurait pu produire l’inverse  : difficile de regarder Canet ou Philippe Katerine comme des hommes ordinaires… — Parce qu’aucun n’a envisagé son personnage avec la condescendance de l’acteur qui a réussi. Ils sont tous entrés dans l’état d’esprit d’hommes simples, rivés à une discipline qui ne leur apportera pas de gloire sociale, mais une sorte de victoire personnelle face à la dépression. Une discipline qui suppose de se révéler – comme le cinéma, en effet. Et d’être littéralement à poil. Enfin, en slip de bain, quoi.
– Chacun son « feel good » Sur le papier c’est évident  : Chacun pour tous, le petit feel good sympa du mois, va se faire manger tout cru par Le Grand Bain, le feel good mastodonte d’octobre. Mais comme dans tout bon feel good, David pourrait bien en faire voir de belles à Goliath. Les paris sont ouverts. Les films de notre époque vous veulent du bien ! Le moment est difficile à dater précisément (disons qu’en France, le carton de La Famille Bélier en 2014 a complètement changé la donne) mais désormais le cinéma mainstream ne semble jurer que par les notes entêtantes du feel good. L’objectif de ce nouveau genre est en fait vieux comme le monde  : vous donner envie de faire des claquettes en sortant de la salle. Quoi de neuf de ce point de vue depuis la sortie de La Vie est belle (1946) ou de Chantons sous la pluie (1952) ? Une industrialisation massive du genre, notamment sur le territoire européen (les Anglais avaient lancé une grosse offensive en 2000 via le hit Billy Elliott) où le feel good est devenu petit à petit une formule, avec ses codes, ses acteurs, ses figures imposées et son savoir-faire marketing, laissant entrevoir aux producteurs une possibilité de petit carton sans devoir nécessairement faire appel à une mégastar et à son mégacachet. Ce mois-ci, deux feel good à la mode de chez nous s’affrontent sur le terrain de l’exception culturelle. Dans les deux cas, il est question, comme souvent, d’un concours (remember la Famille Bélier, Billy Elliott, Le Brio…) pour rapprocher les corps, les cœurs, les âmes et faire couler des larmes de joie sur nos joues le temps du générique de fin. Et tous deux s’inspirent de faits réels, ce qui a l’avantage de garantir quelques bons reportages télé au moment de la sortie. À notre gauche, il y a donc Le Grand Bain (voir ci-contre) avec son championnat de natation synchronisée, son Gilles Lellouche derrière Le film sait exactement où il veut aller  : droit dans le cœur des ados. Par Romain Thoral Photo DR Décryptage – 25 Chacun pour tous Sortie le 31 octobre. la caméra, son casting all-star peu bedonnant, sa sélection cannoise, ses 120 minutes, ses vignettes clippesques, ses tubes signés Tears for Fears et McCartney et son budget qu’on imagine costaud. À notre droite, Chacun pour tous, son tournoi paralympique, ses joueurs valides qui intègrent une équipe de basket composée de déficients mentaux, son AhmedSylla en pleine forme, son Jean-Pierre Darroussin moustachu, son euh… et, mince, quoi d’autre au juste ? Sur le papier, le troisième long de Vianney Lebasque est l’évident outsider du match, celui qui va se faire manger tout cru par Gilou – avec ou sans p’tit accordéon. Mais, comme dans un bon feel good, rien n’est joué d’avance et l’« underdog » pourra vraisemblablement refaire son retard avant la fin du climax. Si Chacun pour tous n’a pas la force de frappe à la fois « prime time » et « arty » du Grand Bain, il a le mérite, lui, de savoir exactement où il veut aller  : droit dans le cœur des ados (AhmedSylla, sa vélocité et ses yeux humides sont là pour ça) et de leurs parents (le territoire de Darroussin, excellent en papa-coach) et se donne les moyens d’y parvenir (le film est concis, sans bout de gras, appliquant à la lettre la charte du genre et impeccable dans sa manière de traiter le sujet de la déficience mentale). Le pitch a déjà donné un feel good espagnol (Champions, sorti en juin chez nous) qui a secoué le box-office local et, exaltant des valeurs d’entraide sur fond de tricherie rigolote, semble capable de fédérer très fort partout où il passe. Plus qu’un concours de natation synchroavec Amalric et Poelvoorde ? Les lois du feel good sont impénétrables.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :