Illimité n°281 octobre 2018
Illimité n°281 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 113 Mo

  • Dans ce numéro : un grand pas pour le cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 – Interview Par Alex Vandevorst Photos DR & RC Seize ans après Embrassez qui vous voudrez, Michel Blanc retrouve les personnages imaginés par l’écrivain anglais Joseph Connolly avec Voyez comme on danse. L’occasion de mêler comédie de mœurs et comédie populaire  : une mixture en résonance avec sa carrière. En retrouvant les protagonistes d’Embrassez qui vous voudrez, vous vous confrontez à une question  : qu’est-ce qui a changé dans leurs vies, et donc dans la société française ? — C’était le but du jeu  : non pas faire une vraie suite, mais un récit original où je reprends les personnages de Connolly de manière personnelle. L’action ne se passe plus au Touquet, qui amenait un côté hors du monde, mais à Paris. Elle tourne autour des conflits de générations, de famille et de classes sociales. J’ai donc puisé dans mes propres observations pour inventer ces histoires de parents largués face aux problèmes de leurs enfants, souvent plus responsables que les adultes – à l’image du personnage de Jean-Paul Rouve, pris entre son adultère et son bar à graines bio. Cela soulève la même question au cinéma  : qu’est-ce qui a changé en comédie depuis 2002 ? On rit des mêmes choses ? — Je ne suis pas critique, à vous de me dire ! J’ai l’impression que rien n’a vraiment changé – Ni tout noir, ni tout Blanc depuis 15 ans, ou même 30  : d’un côté il y a Les Tuche – dont j’ai vu le troisième volet, je me suis bien marré –, de l'autre il y a Bacri-Jaoui. Moi, j’essaie de tracer ma propre voie… … qui se situe justement quelque part entre la comédie populaire burlesque, et l’école Bacri-Jaoui  : on a l’impression que Voyez comme on danse est bâti sur la réunion des deux. — C’est vrai, j’ai conscience d’avoir mis mes personnages dans des situations de comédie populaire, mais avec des considérations un peu moins schématiques, plus tragiques. Il y a une nuance entre le héros « de comédie » et le héros « comique »  : le second n’obéit pas à une formule, il est drôle sous un certain angle et pathétique sous un autre. Je reproche à la culture française son côté cartésien  : on a Molière pour rire et Racine pour pleurer. Si vous allez voir une comédie à Broadway, elle sera plus grinçante car Shakespeare a donné aux Anglo-Saxons le sens de l’entredeux. Allez faire marrer les Français avec Voyez comme on danse Sortie le 10 octobre. Je m’amuse à chercher le retournement le plus improbable d’une scène à l’autre. une histoire de cancer de la langue ! Je me sens proche de l’esprit anglo-saxon, même si j’incarne l’éternel franchouillard… Ce désir de mélanger, vous l’avez hérité du temps de votre explosion comme comédien ? — Oh non, à l’époque les choses s’organisaient de la même façon  : il y avait Les Bronzés, puis il y avait les comédies d’Yves Robert. Un éléphant ça trompe énormément, ce n’était pas Les Bronzés. On ne mélangeait pas tout… Je pensais plutôt au fait que vos personnages, que ce soit avec le Splendid ou bien chez Blier, étaient toujours douloureusement drôles. Aujourd’hui, on qualifierait Jean-Claude Dusse de « houellebecquien ». — Haha ! Si on veut, mais en plus… « comique ». C’est un personnage désespéré, et même proche de la psychose puisqu’il ose des choses qui vont au-delà du raisonnable… Dusse avait cette dimension tragicomique, mais je ne pense pas avoir hérité du Splendid dans ma façon de réaliser. Davantage de Tenue de soirée, alors ? — J’ai appris de Bertrand Blier sur l’écriture. Il part d’une idée de première scène, souvent géniale, puis il avance sans savoir où il va. Quand j’ai commencé à écrire, je construisais le scénario à deux, méthodiquement. Aujourd’hui, j’ai adopté la méthode Blier, même quand j’adapte un roman anglais très
architecturé. Pour Voyez comme on danse, je m’amuse à chercher le retournement le plus improbable d’une scène à l’autre. Vous semblez aussi prendre un grand plaisir à mettre des gueules iconiques du cinéma français dans des contextes très quotidiens… — Oui, j’aime ramener Carole Bouquet ou Charlotte Rampling vers des dilemmes qui tranchent avec leur légende glamour. Voir Charlotte former avec Jacques Dutronc un vieux couple qui se retrouve au commissariat, ou à dîner aux chandelles dans une caravane, ça produit une sorte de décalage poétique. Même si la scène colle bien à l’esprit buissonnier de Jacques… Les exceptions sont Karin Viard, coutumière des rôles ancrés dans le réel, et surtout Jean-Paul Rouve. Son cachet « M. Tout-le-monde » en fait votre alter ego… — Exact, c’est parfaitement inconscient mais Jean-Paul a composé un personnage que j’aurais pu jouer plus jeune  : un type tellement ordinaire qu’il attire toutes les mésaventures du quotidien, au point d’être extraordinaire. Je ne l’ai pas dirigé dans ce sens, c’est venu comme ça. Tant mieux, parce que ça ne m’amuserait plus de tenir ce rôle moi-même. J’ai passé l’âge de faire Jean-Claude Dusse. Dans le film, on sent plus que jamais ce désir de vous effacer au profit de vos acteurs. — Je définirais mon personnage comme un type absent mais en fait très présent… C’est sibyllin, mais les spectateurs comprendront après coup ! CLOWNS BLANC(S) RADIOSCOPIE EXPRESS DE LA TROUPE DE VOYEZ COMME ON DANSE Karin Viard, MAMAN EN GALÈRE Comme souvent, voilà Karin ramenée au statut de femme du peuple. Son prénom (Véro), son boulot (serveuse et dame pipi) et sa dépendance aux sous de son fiston font d’elle une prolo parfaite, ainsi qu’une tornade comique. Sa formule  : Viens chez moi, j’habite chez mon grand-fils. Jean-Paul Rouve, BOBO EN BURN-OUT L’habitué des losers attachants est l’alter ego le plus évident de Michel dans cette histoire  : on croit à l’avenir de sa relation volage et à ses délires paranos autant qu’on croyait aux chances de JCD de « conclure » dans les Bronzés. Sa formule  : Grosse (très grosse) fatigue. Jacques Dutronc, JOUISSEUR EN PRÉ-RETRAITE Même les légendes vieillissent, et leur impertinence n’y change rien. Dutronc incarne le troisième âge nostalgique mais quand même soucieux de s’offrir une dernière danse de vieille canaille, avant de se rendre aux bras de son épouse (Rampling). Sa formule  : J’embrasse qui je veux. Carole Bouquet, COCUE EN COLÈRE Trompée par son mari névrosé (Rouve), la bourgeoise mordante que compose Bouquet a de quoi se défendre  : un ton cassant, des vannes bien senties et un regard amusé de femme digne qui sait comment réprimander la lâcheté masculine. Sa formule  : Tenue de soirée (même la journée). 15



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