Illimité n°281 octobre 2018
Illimité n°281 octobre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de octobre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 113 Mo

  • Dans ce numéro : un grand pas pour le cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 – Focus Par Anouk Féral Photos DR Quién te cantará Sortie le 24 octobre. – Miroir aux alouettes Quién te cantará explore la vie laquée d’une pop star espagnole sous l’angle du drame identitaire et offre l’occasion à son metteur en scène, Carlos Vermut, d’explorer ses deux sujets favoris  : les femmes et les fans. Visiblement, Carlos Vermut les aime passionnément. Et passionnées. Son précédent film, La niña de fuego (2015), mettait déjà en scène une femme vénéneuse, incarnée par Barbara Lennie, qui retournait le cerveau de deux hommes pour mieux les laisser exsangues. Rebelote niveau intensité avec Quién te cantará. Ce drame énigmatique suit le retour dans la lumière de Lila Cassen, une vedette de variété devenue amnésique, sorte de Mylène Farmer ibérique en perruque noir corbeau. Cette fois, l’Espagnol radicalise sa ferveur et expurge le film de toute présence masculine, même le chauffeur de Lila est une femme. Unanimement salué, La niña de fuego désignait Vermut comme le digne héritier de son compatriote PedroAlmodóvar, en termes d’observation clinique de rapports Quand Lila Cassen doit remonter sur scène pour son grand retour, elle fait appel à Violeta, sa fan la plus fervente, imitatrice hors pair qui use sa voix d’or dans un karaoké miteux. Seule Violeta, qui connaît Lila mieux qu’elle-même, pourra lui réapprendre cette gestuelle unique qui a fait sa gloire et que sa mémoire a effacée. Bienvenue, donc, dans le grand vortex de la relation complexe, voire vampirisante, entre l’idole et sa fan. Adorée des cinéastes, elle a fait ses preuves en termes de sentiments ambivalents et d’effet miroir emberlificoté. On pense bien sûr au monument de JosephL. Mankiewicz, All About Eve ou à Opening Night, le chef-d’œuvre de Cassavetes, qui s’ouvrait sur la mort accidentelle d’une fan, percutée par la voiture de son Des femmes… … et des fans humains fiévreux. Quién te cantará entérine cette filiation en l’accentuant. Le film plaque une esthétique glacée – silences ouatés, plans surplombants, récit implacable – sur des personnages féminins envoûtants, ultra stylisés, presque des figures dessinées. Un goût venu sans doute du passif de bédéiste de Vermut. Mais sous ce glacis impeccable, des sentiments ardents, des déchirures, un passé trouble. Pedro, es-tu là ? Oh que oui, la touche baroque et colorée en moins. Le film est porté par un casting féminin hautement désirable avec, en trio de tête, Najwa Nimri, ex-chanteuse devenue idole du petit écran dans Vis a vis (le Orange Is the New Black espagnol), Natalia de Molina (jeune pousse déjà détentrice de deux Goyas) et Eva Llorach, muse attitrée de Vermut. idole. Almodóvar – encore lui – rendait hommage à cette séquence culte en la reprenant comme point de départ de Tout sur ma mère (1998), LE film du dévoilement de la femme cachée derrière chaque mère. Or, de relation mère fille, il est aussi question dans Quién te cantará. Habilement écrit, le film transcende l’archétype de la fan énamourée en lui collant dans les pattes une fille impossible. De la réparation de cette ado il sera aussi question. Lui-même fan d’Almodóvar, Carlos Vermut emprunte donc le labyrinthe des passions de son maître, le repeignant d’une teinte plus froide mais pas moins rutilante qui, en trois films (il a réalisé Diamond Flash en 2011), l’identifie comme un cinéaste clé de la nouvelle génération espagnole.
« Un jour, je me suis retrouvé à table avec François Hollande. » Le Flic de Belleville Sortie le 17 octobre. Par Alex Vandevorst Photos DR Décryptage – 11 – Sy l’Amérique m’était contée... La relecture d’un film culte d’Hollywood par des Français ? C’est possible et ça s’appelle Le Flic de Belleville. Mais il fallait s’appeler Omar Sy pour permettre une telle expérience. Pas besoin de chercher loin pour dénicher des exemples d’emprunts incongrus à la culture française par les Américains. Du Dîner de cons à Un indien dans la ville, on sait que leurs studios ont une tendance au recyclage maison parfaitement décomplexée. Plus rare  : les reprises de pitchs typiquement ricains par l’industrie bien de chez nous. Certes, Le Flic de Belleville n’est pas un remake direct du Flic de Beverly Hills, plutôt un hommage malicieux à la trilogie portée par Eddie Murphy (aka Axel Foley) et son rire tonitruant. Mais, avouons-le, il fallait oser s’attaquer à une telle relique des années 80  : si on ne parle pas d’un monolithe sacralisé par les historiens du cinéma, c’est tout de même un parangon du thriller d’action qui transforma Murphy, acteur comique apprécié à domicile, en superstar internationale dont les vannes filent plus vite que les balles de son Browning. Le cinéma français peut-il s’emparer de ce souvenir sans avoir l’air d’un chien dans un jeu de quilles ? Oui, semble répondre l’audacieux Rachid Bouchareb, apparemment aussi sensible à la question des Harkis dans l’histoire nationale – cf. son Indigènes – qu’aux cabrioles burlesques d’Axel Foley (et pourquoi pas, après tout ?). Il suffit de jouer sur le décalage France- Amérique, et c’est justement le parti pris du film qui envoie Baaba, son héros parigot, à Miami retrouver l’assassin d’un ami. Le tout malgré un évident fossé culturel, source de couacs hilarants. Il suffit de ça, vraiment ? Encore faut-il avoir la bonne personne pour « succéder » à Eddie Murphy. Et on ne voit pas qui d’autre qu’Omar Sy pouvait remplir le contrat. Car c’est bien le seul acteur dont la trajectoire est raccord avec le sentiment d’inadaptation du personnage. Cette trajectoire, c’est celle d’un pur produit du cinéma local parti rejoindre les troupes de l’Oncle Sam en s’invitant dans les X-Men et autres Jurassic World. Fatalement, la barrière langagière et la confidentialité de ses hits français l’ont cantonné au rôle de second couteau, d’intrus désopilant mais forcé de faire à nouveau ses preuves, exactement comme son alter ego Baaba. Le film a donc les airs d’une mise en abyme, faite pour s’amuser de l’éternel chemin de croix réservé aux acteurs français exilés sous les palmiers californiens. Mais l’équation ne fonctionnerait pas aussi bien si le bagout d’Omar n’en faisait pas également un héritier légitime de Murphy – et surtout de sa manière de se gausser avec fracas  : le rire de Sy, qu’on jurerait calqué sur celui de son aïeul, symbolise en soi les compétences du Français pour rendre hommage à l’Américain, tout en rappelant que le premier appartient à une génération biberonnée aux facéties d’Axel Foley – au point de savoir en reproduire les gimmicks à la perfection. Raconter sa propre condition de star frenchie tout en prenant la suite d’une icône de son enfance  : c’est peut-être ça, le rêve américain.



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